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«Les entreprises marocaines ont besoin de soutien financier plus général en ces temps de crise»

«Les entreprises marocaines ont besoin de soutien financier plus général en ces temps de crise»

Ayant une stratégie au Maroc se focalisant sur le soutien financier en faveur des projets innovants et «green business», la Banque européenne pour la reconstruction et le développement élargit son champ d’intervention et réadapte sa stratégie sur un horizon court et moyen terme, afin de soutenir les PME et PMI face aux difficultés de trésorerie.

Entretien avec Francis Malige, directeur des institutions financières de la BERD.

 

Propos recueillis par B. Chaou 

 

Finances News Hebdo : Vous nous aviez indiqué lors d'un entretien que la BERD continuerait en 2020 au Maroc sur sa même stratégie. Suite à la crise actuelle, comptez-vous revoir ladite stratégie et la réadapter aux nouveaux enjeux économiques ?

Francis Malige : Je pense qu’il y a actuellement une crise économique plus que sanitaire, car si l’on se penche sur le nombre de victimes de la pandémie, qui est bien entendu tragique, il reste très limité au Maroc. Par contre, la fermeture de l’économie suite au confinement a eu un impact considérable sur les différents secteurs d’activités, chose qui a conduit à une crise économique. Concrètement, aujourd’hui les besoins fondamentaux de l’économie marocaine n’ont pas énormément changé entre la période d’avant et durant la pandémie. Il y a plutôt une accentuation de la fragilité d’un certain nombre d’acteurs économiques, parce que forcément avec la fermeture de l’économie, ces derniers ont perdu de l’argent. Ils ont moins de capital et, autant, sinon davantage de dettes : leur bilan est donc moins solide qu’en période pré-crise. Le besoin de financement des PME reste important et parfaitement identifié. Nous n’avons donc pas une remise en cause de notre stratégie, nous avons seulement des réponses de financement sur un horizon court terme avec des moyens adaptés à la situation actuelle.

 

F.N.H. : De quels types de moyens s’agit-il ?

F. M. : Premièrement, nous avons mis en place ce qu’on appelle un «paquet résilience» qui comporte des lignes de financement destinées à fournir de la liquidité à l’économie marocaine à court et moyen terme, alors que d’habitude, nous sommes focalisés sur des financements d’investissement de long terme. Nous jugeons que dans une situation de crise, c’est le maintien des lignes de financement du besoin en fonds de roulement, et les différents types de financement à court terme qui sont importants. C’est ce que nous avons mis en place et ça durera le temps qu’il faudra, car nous avons décidé de ne pas être limités en termes de montants ou de durée, mais de nous inscrire dans une optique d’accompagnement des besoins du marché en liquidité. Nous comptons évidemment retourner sur la stratégie «long-termiste» quand les circonstances le permettront, car elle revêt une meilleure valeur ajoutée aux yeux de la BERD. Deuxièmement, nous avons augmenté assez nettement notre financement du commerce international. Parce qu’on voit que le volume des échanges commerciaux a baissé, mais que leur financement a connu une baisse encore plus prononcée. Or, il est important de continuer à financer pour maintenir ces chaînes de valeurs viables, afin qu’elles puissent continuer à être opérationnelles dès que les économies rouvrent. Malheureusement, l’offre des banques commerciales a baissé pour le commerce international, d’où une plus forte demande pour notre intervention. D’ailleurs, les mois de mars et avril ont été les les plus élevés de l’activité du financement du commerce international, et ce depuis la création de la BERD. Troisièmement, nous avons écouté nos clients qui nous demandaient des rééchelonnements de dettes ou des restructurations, et lorsque cela nous semblait justifié, nous les avons accompagnés. Enfin, nous avons aussi mis en place un plan d’accompagnement pour l’infrastructure.

 

F.N.H. : Concrètement, comment cela se traduit au Maroc ?

F. M. : Dans tous les pays d’intervention de la BERD, la première opération du paquet résilience que nous avons signé, c’était avec la BMCE. C’est donc au Maroc que nous avons signé notre premier partenariat pour ce type de financement et nous sommes contents et fiers de l’avoir fait avec la BMCE.

 

F.N.H. : Comptez-vous élargir votre champ d’intervention vers des entreprises qui ne relèvent pas du secteur écologique ?

F. M. : Nous intervenons depuis longtemps dans des secteurs très variés de l’économie du Royaume. Notre réponse immédiate en termes de résilience est très ouverte, car nous avons estimé que les entreprises marocaines avaient besoin de soutien financier plus général en ce moment, bien au-delà du financement d’investissements «green» et innovants uniquement. Nous sommes bien entendu convaincus que la reprise sera une opportunité pour renforcer les investissements dans la transition énergétique.

 

F.N.H. : Elargir le champ d’attribution supposerait que les montants prévus pour le financement seront rehaussés ?

F. M. : On verra bien ! Nous sommes dans une optique d’observation et d’adaptation constante et nous répondons à la demande du marché. Nous ne décidons pas en début d’année d’une enveloppe à consacrer à l’économie marocaine, car nous ne sommes pas dans une logique budgétaire. C’est davantage la qualité des projets que nous identifions qui détermine nos interventions au Maroc.

 

F.N.H. : Il vous arrive d’investir directement dans des entreprises ? Seriezvous toujours ouverts à ce genre d’intervention ?

F. M. : Oui, tout à fait, cela fait partie du mode d’intervention classique de la BERD, et que nous mettons en œuvre au Maroc comme dans d’autres pays. Nous travaillons beaucoup par prêts, mais aussi par investissement en capital, que ce soit dans les secteurs financiers ou dans des secteurs «corporate», par exemple en tourisme, en immobilier, en production industrielle, en retail, etc. Tous nos modes d’intervention resteront les mêmes; ce qui va concrètement changer avec cette crise, c’est le niveau d’incertitude, et de ce fait les conversations que nous serons amenés à avoir avec nos clients concernant leurs perspectives de croissance, leurs stratégies etc. Ce sera des échanges forcément différents, car l’environnement est différent, mais les modes d’interventions opérationnels de la Banque seront les mêmes, car ils sont approuvés dans 38 économies à ce jour. La BERD a une forte adaptabilité aux tendances des marchés, ce qui nous sert pour déployer rapidement notre expérience en faveur des entreprises, principalement du secteur privé, dans nos pays d’opération. 

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