Finances News HebdoFinances News Hebdo
Editoriaux

Ces fonctionnaires qui saignent les contribuables !

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 12 Décembre 2013 à 10:13
Partager


Sous l’argutie de finances publiques structurellement déficitaires qu’il est impératif de redresser, le gouvernement accable les citoyens d’impôts et taxes, le plus souvent en titillant maladroitement leur fibre patriotique. A force, couve insidieusement un sentiment légitime d’injustice. Le sentiment d’être les dindons de la farce qui payent au prix fort le manque de courage des politiques et, surtout, la gestion controversée de la chose publique. Les politiques peuvent-ils continuer à demander aux contribuables de faire des efforts quand eux-mêmes sont exonèrés d’une de leur mission première : être au service de la collectivité à travers la bonne gestion des deniers publics ? A l’évidence non. Pourtant, ils l’ont fait, car l’action prioritaire que le gouvernement actuel et ceux qui l’ont procédé auraient dû initier, c’était de s’attaquer au problème lancinant et endémique des fonctionnaires fantômes.

La bonne gestion des deniers publics commence, en effet, par priver de salaire toutes ces personnes qui ont le courage d’être payées pour ne rien faire. Cela fait plus d’une décennie que l’on parle de ces fonctionnaires qui perçoivent indûment un salaire, mais rien de bien concret n’a été fait à ce niveau, hormis quelques petites actions sporadiques. Combien coûtent-ils à l’Etat exactement ? Combien sont-ils ? Nul ne le sait. Mais certains estiment qu’ils seraient entre 80.000 et 90.000 à percevoir des émoluments qu’ils ne méritent point. Pourtant, dans le contexte actuel où les finances publiques sont sous tension, la logique voudrait que ce soit la première piste d’économie à explorer au lieu de continuer à traire les pauvres contribuables. Le «nettoyage» de la fonction publique pourrait au moins permettre de réduire la masse salariale qui a atteint 96,3 milliards de dirhams en 2012, soit 11,6% du PIB. En cela, le poids de la masse salariale demeure très élevé comparativement à des pays similaires. Dans le rapport économique et financier accompagnant le projet de Loi de Finances 2014, on peut ainsi lire que «le ratio de la masse salariale s’est établi ces dernières années à 9,8% du PIB en moyenne au sein de la région MENA, 7,7% dans les pays asiatiques, 6,7% en Afrique hors Maghreb, 4,9% en Amérique latine, 4,5% dans les pays de l’OCDE et 3,8% en Europe Centrale et Orientales». Et en 2014, la masse salariale devrait encore progresser pour s’établir à 103,7 milliards de dirhams.

Cette absence de rigueur et de contrôle coûte cher aux honnêtes contribuables et profite à tous ces fonctionnaires qui s’assoient sur la conscience professionnelle pour profiter des failles du système.

Et pour frauder le système, certaines personnes ont l’esprit assez aiguisé. Vous souvenez-vous de l’opération départs volontaires initiée par le gouvernement marocain en janvier 2005 ? Figurez-vous que 9 ans plus tard, cette opération fait toujours parler d’elle. Elle aura coûté la bagatelle de 11 Mds de DH et saigné l’Administration de ses meilleurs cadres, dont plusieurs ont intégré le privé pour être plus tard des prestataires de services de l’Etat. Mais là n’est pas le plus grave. En effet, certaines personnes sont sorties par la porte et sont rentrées en catimini par la fenêtre : elles ont réussi à réintégrer la fonction publique tout en continuant à percevoir leur pension de retraite de la Caisse marocaine de retraite (CMR). Récemment, la CMR, qui devrait connaître son premier déficit en 2014 et enregistrer un épuisement de ses réserves en 2021, a d’ailleurs épinglé un fraudeur et l’a contraint à rembourser les pensions de retraite indûment encaissées. Actuellement, cette personne occupe un poste de haut cadre dans un établissement public. Mais combien sont-ils à être et salariés et retraités de la fonction publique ?

Bref, cette incongruité et certains choix économiques controversés, poussent à remettre profondément en cause la pertinence de l’action politique face à des citoyens qui donnent toujours, mais qui reçoivent peu au regard de leurs nombreuses attentes.


Par David William



Articles similaires