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Editoriaux

Etat social : De l'assistance à l'émancipation économique

Le Projet de Loi de Finances 2027 et le programme gouvernemental 2027-2031 ouvrent une nouvelle étape dans la transformation économique et sociale du Maroc. Avec une croissance annuelle ciblée à 5%, l’Exécutif entend concilier rigueur budgétaire, consolidation de l’Etat social et dynamisation de l’investissement privé.

FOPar F.Z Ouriaghli
|Publié le 22 Octobre 2026 à 20:00
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aides sociales directe

Le gouvernement a annoncé la revalorisation des aides sociales directes dans le cadre des orientations du Projet de Loi de Finances 2027. Il faut rappeler que depuis le lancement du programme d'aide sociale directe, fin 2023, le Royaume a franchi une étape importante dans la construction de son Etat social. Adossé au Registre social unifié, ce dispositif ambitionne de rationaliser les mécanismes de soutien aux populations vulnérables et de substituer progressivement à la dispersion des aides une approche plus cohérente et mieux ciblée. Avec près de quatre millions de familles bénéficiaires, il représente désormais un instrument majeur de redistribution et un engagement financier durable pour les pouvoirs publics.

La revalorisation annoncée s'inscrit donc dans la continuité d'une réforme structurelle. Elle répond aussi à une réalité que les indicateurs macroéconomiques ne reflètent pas pleinement. Car si les perspectives de croissance sont encourageantes, leur traduction dans le quotidien des ménages demeure inégale. Entre le coût de l'alimentation, les dépenses de logement, de transport, de santé ou de scolarité, les budgets familiaux restent soumis à de fortes tensions. Pour les catégories les plus fragiles, quelques centaines de dirhams supplémentaires peuvent faire une différence immédiate.

Il serait donc injuste de réduire cette politique à une simple distribution d'allocations. Elle participe à la préservation de la cohésion sociale et contribue à amortir les effets des vulnérabilités économiques.

Pour autant, si près de quatre millions de familles ont besoin d'un accompagnement financier régulier, c'est aussi parce qu'une partie significative de la population ne dispose pas de revenus suffisants pour couvrir durablement ses besoins essentiels. Autrement dit, le programme corrige certaines conséquences de la précarité sans pouvoir, à lui seul, en supprimer les causes.

Certes, le Maroc est en pleine transformation, avec, au demeurant, de bons indicateurs macroéconomiques, notamment une croissance attendue de 4,7% en 2026, une inflation limitée à 0,7% et un déficit budgétaire ramené à 3% du PIB. Toutefois, une économie peut afficher de bonnes performances sans que tous les ménages en ressentent les bénéfices. C'est précisément ce décalage qui nourrit les frustrations sociales et entretient le sentiment d'une prospérité à plusieurs vitesses.

L'aide directe ne doit donc pas devenir le correctif permanent d'une croissance insuffisamment inclusive. Elle doit s'inscrire dans une stratégie plus large, articulant protection sociale, formation, insertion professionnelle, soutien à l'entrepreneuriat et développement territorial. L'objectif n'est évidemment pas de réduire artificiellement le nombre de bénéficiaires, mais de permettre à ceux qui le peuvent d'accéder progressivement à une autonomie économique réelle, tout en maintenant une protection durable pour les personnes qui en ont besoin.

Cette ambition suppose également de porter une attention particulière aux effets de seuil. Un système qui retire brutalement une allocation dès qu'un ménage améliore légèrement ses revenus risque de pénaliser l'effort et de décourager l'entrée dans l'emploi formel.

Reste enfin la question du financement. Dans un contexte de multiplication des engagements publics, chaque nouvelle dépense récurrente appelle une réflexion sur sa soutenabilité. La solidarité nationale a un coût, parfaitement légitime. Mais sa pérennité repose sur une économie capable de générer suffisamment de ressources fiscales, une maîtrise des dépenses et une évaluation rigoureuse de l'efficacité des dispositifs.

La revalorisation annoncée devra donc être appréciée à l'aune de ses modalités concrètes: montants, calendrier, ciblage, impact sur le pouvoir d'achat et articulation avec les autres politiques sociales. Autant d'éléments qui permettront de distinguer l'ambition affichée des résultats effectivement obtenus.

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