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Tourisme marocain face au Coronavirus: «Ce qui ne tue pas, rend plus fort !»

Tourisme marocain face au Coronavirus: «Ce qui ne tue pas, rend plus fort !»
Dimanche 10 Mai 2020 - Par admin

Le Covid-19 poursuit son expansion dans le monde entier engendrant des conséquences dramatiques non seulement sur la vie humaine mais aussi sur l’économie. Le tourisme mondial, frappé de plein fouet, évalue déjà ses pertes qui se chiffrent à des milliards de dollars. Ayant fait preuve de Présilience face à de nombreuses crises dans le passé, le secteur touristique marocain se trouve aujourd’hui dans l’incapacité de répondre efficacement à ce choc inédit. Un plan de sauvetage est à mettre en place dans l’urgence pour limiter les pertes et éviter l’effondrement d’un secteur touristique sinistré. 
 

Par Zineb El Andaloussi, Enseignante-Chercheure à l’ENCG de Tanger


Tourisme mondial : La fin de l’euphorie

Avec une contribution de 10,3% au PIB mondial et une création d’emplois estimée à 330 millions en 2019, le secteur de tourisme et voyage s'affirme comme l’un des piliers de l’économie mondiale. Le secteur a vécu durant cette dernière décade au rythme des bonnes performances qui ont animé les pronostics de l’Organisation Mondiale de Tourisme (OMT) qui tablait sur une croissance oscillant entre 3% à 4% pour l’année 2020. 

Toutefois, cette euphorie a été brusquement et sévèrement interrompue suite au déclenchement de la crise pandémique du Covid-19 qui a chamboulé le secteur et obligé l’OMT à revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année en cours. Ainsi, une croissance négative située entre 1% et 3% se profile désormais à l’horizon. 

Dans sa dernière infographie, le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) estime que l’impact du Coronavirus sur le secteur serait 5 fois plus grave que celui de la crise financière, mettant en péril plus d’un million d’emplois par jour dans le secteur au niveau mondial.

Santé d’abord, économie ensuite

Au Maroc, la gestion proactive de la crise pandémique dont l’écho a résonné à travers le globe, a permis d’atténuer l’impact du Covid-19 sur les vies humaines et de faire gagner au pays trois semaines d’avance sur la maladie, selon Mohamed Lyoubi, directeur de l’épidémiologie au ministère de la Santé. En effet,  avec 181 cas de décès (en date de 5 mai), le Maroc se situe bien loin derrière de nombreux pays où le virus fait des ravages. 

Toutefois, l’impact de la crise sanitaire sur l’économie est important, en témoignent les chiffres dévoilés par l’étude du HCP et qui montrent que 57% des entreprises du tissu économique (principalement des TPME) ont déclaré l’arrêt de leurs activités. Une situation ayant provoqué une baisse alarmante de la production et des réductions de la main d’œuvre ayant dépassé les 20% dans les entreprises organisées. L’impact du Covid-19 sur l’économie marocaine est si grave que la banque mondiale prévoit un taux de croissance négatif du PIB réel de 1,7 %, du jamais vu au Royaume en plus de vingt ans.

Le tourisme marocain frappé de plein fouet

Contributeur actif à la création des richesses (11% du PIB) et grand pourvoyeur d’emploi, le secteur de tourisme est considéré comme accélérateur de développement et réducteur des inégalités entre les différentes régions du Maroc. Le secteur a clôturé l’année écoulée avec des indicateurs tous en vert: hausse des arrivées touristiques, hausse des nuitées dans les établissements d’hébergement classés et augmentation des recettes voyages en devises (78,65 milliards de dirhams MMDH en hausse de +7,7% par rapport à 2018). 

Toutefois, l’évolution de la pandémie à l’échelle mondiale conjuguée aux mesures drastiques prises par les autorités publiques (fermeture des frontières maritimes et terrestres, suspension des vols de passagers, fermetures des lieux de distraction, etc.) ont mis le secteur en quarantaine. Les professionnels, contraints de suspendre toutes leurs activités depuis la mi-mars, se sont vite trouvés face à des trésoreries déficitaires, incapables d’honorer leurs engagements même ceux de court terme (salaires, échéances bancaires et d’assurance, etc.). 

En termes de chiffres, ce sont 3.500 entreprises d’hébergement touristique, 500 entreprises de restauration touristique, 1.450 agences de voyages, 1.500 sociétés de transport touristique et 1.500 sociétés de location de voitures qui vivent aujourd’hui sous le choc. Face à cette situation inédite, la Confédération nationale du tourisme a tiré la sonnette d’alarme, estimant que le secteur pourrait subir des pertes évaluées à 138 milliards de dirhams entre 2020 et 2022.

Des propositions pour éviter le chaos

Tous les opérateurs s’accordent aujourd’hui sur la nécessité pour l’Etat de mettre en place des mesures pour empêcher l’effondrement du secteur. Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière (FNIH), Présidents des conseils régionaux du tourisme (CRT), Fédération nationale des transporteurs touristiques (FNTT), Confédération Nationale de Tourisme (CNT), Fédération nationale des associations régionales des agences de voyages du Maroc (FNAAVM), ont tous formulé des  propositions pour l’accompagnement des entreprises touristiques durant cette crise sanitaire. Ces propositions divergent sur certains points, mais convergent toutes vers l’urgence des mesures permettant le maintien de l’appareil productif, le maintien de l’emploi et la sauvegarde de la compétitivité des opérateurs du secteur. Selon la CNT, un plan de relance de 1,7 milliard de dirhams est nécessaire pour limiter les pertes à 46 milliards de dirhams (au lieu de 138 milliards de dirhams).

Une riposte qui ne doit pas tarder

Pour accompagner les entreprises en cette période de crise, le Conseil de Veille Economique (CVE) avait préconisé une panoplie de mesures. Néanmoins, ces dernières sont jugées insuffisantes et inadaptées aux spécificités du secteur touristique. «Le CVE nous propose un report de 3 mois des échéances de crédit, cela ne nous permettra pas de tenir le coup, car la reprise du secteur va sûrement tarder et nos recettes avec» indique Mohamed Bouhdid, patron d’une entreprise de transport touristique à Dakhla.

Pour répondre aux doléances des professionnels du secteur, Nadia Fettah El Alaoui, ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport Aérien et de l’Economie Sociale a déclaré que des mesures de soutien complémentaires destinées aux opérateurs du secteur sont en train d’être examinées et seront mises en place incessamment. 

L'annonce du plan de sauvetage ne doit pas tarder davantage au risque de voir des milliers d’opérateurs contraints de mettre la clé sous la porte. «Nous sommes très nombreux à être au bout du gouffre, l’action du gouvernement doit être immédiate pour empêcher l’effondrement du secteur, sinon ce sera trop tard», alertele patron d’une maison d’Hôtes à Marrakech

Le coronavirus c’est aussi une opportunité 

Bien que la crise sanitaire actuelle ait sérieusement affecté le secteur touristique, elle représente aussi une occasion en or pour assurer une refonte complète de l’industrie. En effet, la crise a réussi à dévoiler les failles d’un secteur considéré comme vital pour l’économie marocaine mais qui se trouve handicapé par de multiples contraintes structurelles qui freinent son développement (problèmes de gouvernance, sous-capitalisation des entreprises,  poids de la fiscalité, prédominance de l’informel, etc.). 

L'après-Covid doit être l’occasion pour repenser le modèle actuel du tourisme pour en faire une locomotive du développement du pays. Des efforts doivent être déployés dans le sens d’assurer une meilleure gouvernance de l’industrie, d’améliorer sa compétitivité, d’accélérer sa transformation digitale et d’accroître sa résilience face aux futures crises.

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