Gouvernement: un calendrier législatif et politique ?

Gouvernement: un calendrier législatif et politique ?

Cela fait donc sept mois - soit 200 jours - que le cabinet Akhannouch a été investi par le Parlement. De quoi donner des éléments pour appréhender aussi et mettre en perspective ce qu'il doit entreprendre pardelà ses postures et ses annonces. C'est le secrétaire général du gouvernement, Mohamed Hajoui, qui a lancé un gros pavé dans la mare, lors d'une audition par une commission parlementaire voici deux semaines. Interrogé sur le travail de son département, il a déclaré que «le gouvernement n'a pas d'agenda législatif» ni pour 2022 ni pour les années ultérieures. Il répliquait ainsi à certaines mises en cause, faciles et peu sérieuses, mettant en cause le «retard», voire les «résistances» - bureaucratiques et autres ... - de ce département. Voilà qui est bien utile pour une mise au net des politiques publiques devant décliner les axes et les priorités du programme gouvernemental. Il y a tant à faire ! Dans tous les domaines ! Et pourtant, la machine ne paraît pas - encore ? - embrayer et trouver le rythme approprié.

 

Impréparation ?

A quoi tient pareille situation ? L'hypothèse d'une impréparation aux responsabilités gouvernementales n'est sans doute pas à écarter : tant s'en faut. Les partis de la nouvelle majorité - surtout le RNI et le PAMs'étaient en effet surtout mobilisés dans la perspective des résultats des élections du 8 septembre dernier. Objectif : battre la formation islamiste du PJD, coûte que coûte. Tout le monde sait les moyens financiers mobilisés par le parti de la colombe, durant deux années, pour arriver en tête. La pratique démocratique a-t-elle avancé à cette occasion ? Que le RNI obtienne 2,1 millions de voix, soit le quadruple de son score de 2016 (514.000) nourrit bien des interrogations... En tout cas, ceci : un surdimensionnement des chiffres électoraux au détriment d'une réflexion sur de nouvelles politiques publiques et de leur traduction opératoire en réformes et en mesures.

Autre facteur : le choix d'une partie des membres de ce cabinet. Aziz Akhannouch n'a pas résisté à une pente naturelle : celle de la cooptation de ministres dans son périmètre de businessman de premier rang. Aucune ouverture vers des profils RNI - pur suc - au parcours politique légitime dans cette formation. Cette inclination s'est retrouvée aussi au PAM - à deux exceptions près sur les sept ministres, à savoir Younès Sekkouri et Mohamed Mehdi Bensaid. Même le parti de l'Istiqlal n'a pas pu échapper à cette tendance en se voyant imposer des ministres estimables, mais ayant des attaches bien molles avec cette formation : à preuve, aucun des vingt cinq membres du comité exécutif qui ne manquent pourtant pas de compétences n'a été retenu. Ce qui a prévalu dans le choix d'une bonne quinzaine de ministres c'est, aux yeux du chef du gouvernement, des «compétences» validées par des CV.

Un fait distinct, par bien des traits, avec des «technocrates» dont une bonne partie ne manque pas d'une expérience probante dans des secteurs où ils ont fait leur preuve. D'une autre manière, des CV avec des profils bardés de diplômes, souvent dans des secteurs pointus, font-ils l'affaire pour entreprendre des réformes dans des secteurs relevant d'un programme gouvernemental ? Comme me l'a confié tel ancien ministre dont le parti est membre de la cette majorité, «un rat de laboratoire peut-il être à Jamaa El Fna», près du peuple ? Voire.

 

Méthodologie Akhannouch

Par ailleurs, la méthodologie pratiquée par Aziz Akhannouch n'échappe pas à certaines interrogations. Comment dirige-t-il? Dans un grand groupe comme le sien, le pouvoir de décision est vertical. Un état d'esprit qui ne peut avoir cours à la tête d'un cabinet. La majorité est-elle assurée et confortée dans des conditions satisfaisantes ? Pas vraiment. Il est connu que les ministres istiqlaliens - avec Nizar Baraka, secrétaire général de ce parti - ont plus que des «états d'âme». L'inconfort paraît prévaloir. Ce parti n'a pu obtenir que quatre ministères. Une place jugée sous-représentative, minorée, alors qu'il estime, à bon droit, qu'il apporte à cette majorité une légitimité historique valorisante - pratiquement un «blanchiment» politique de la qualité de «partis administratifs» du RNI et encore plus du PAM.

Voici un mois, l'on se souvient que des quotidiens arabophones -réputés proches de Akhannouch - avaient avancé l'idée d'un remaniement sanctionnant un ministre régalien (Abdellatif Ouahbi, Justice) et cinq autres jugés en-deçà de leur charge actuelle. Ballon d'essai ? Il paraît difficile d'envisager un tel scénario, un semestre après l'investiture de ce gouvernement. Pour autant, à terme, rien n'est à écarter. Ce cabinet restera-t-il en fonction jusqu'à la fin de sa mandature en 2026 ? D'une autre manière, aura-t-il la capacité de «tenir» ?

Rien n'est moins sûr. Si Aziz Akhannouch peut sans doute escompter un mandat normal, le Souverain étant toujours attaché au respect du calendrier institutionnel, comme facteur de consolidation de la construction démocratique. Mais le cahier de charges pesant sur les politiques publiques et l'application du programme du gouvernement n'exclut point des réaménagements. Que faire ? Comment faire ? Et quand ? Un cap, une feuille de route, des réformes à porter et à incarner : c'est l'exigence d'un calendrier législatif et politique !

 

 

Par Mustapha SEHIMI

Professeur de droit, Politologue

 

 

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