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Le fonds d’investissement Kara s’appuiera sur le Maroc

Le fonds d’investissement Kara s’appuiera sur le Maroc

Armand Guy Zounguere-Sokambi, président du fonds Kara


 

- Le Maroc jouera un rôle majeur dans le déploiement du fonds d’investissement Kara, doté de 10 millions d’euros et destiné à financer le secteur privé du continent.

- Le point avec Armand Guy Zounguere-Sokambi, président du fonds d’investissement lors de sa visite au Maroc.

 

Finances News Hebdo: Dans quel cadre s’inscrit votre visite au Maroc ?

Armand Guy Zounguere Sokambi: Notre visite s’inscrit dans le cadre du déploiement du fonds d’investissement Kara, basé au Luxembourg. Ce véhicule financier doté d’un capital de 10 millions d’euros, mobilisés grâce à plusieurs actionnaires s’intéressera à plusieurs secteurs sur le continent pour ne citer que l’agriculture, les infrastructures et les énergies renouvelables. Le choix du lieu d’implantation n’est pas fortuit puisque le Luxembourg est la deuxième place financière au niveau mondial. Le Maroc constituera tout de même un lieu important pour le déploiement du fonds d’investissement Kara. D’ailleurs, le Royaume abritera des bureaux de ce véhicule financier panafricain.

Compte tenu de mon expérience professionnelle, notamment en tant que vice-président de banque et diplomate à Bruxelles, j’estime que le Royaume est un partenaire stratégique pouvant aider à la mobilisation de ressources financières, notamment au niveau du monde arabe. Nos différentes rencontres avec les autorités marocaines et les investisseurs potentiels du monde installés dans le pays permettent d’affirmer que les choses vont dans le bon sens quant au succès du fonds, dont l’objectif est de contribuer au développement du continent.

Par ailleurs, en plus des bureaux du Maroc, à Casablanca Finance City, les suggestions de plusieurs partenaires vont dans le sens d’en faire de même au Sénégal et au Gabon. Ces deux implantions seront des ramifications des bureaux du Maroc.

 

F.N.H : Le Maroc est entré en juin dernier dans le tour de la BDEAC. Quelle est la portée de cet actionnariat ?

A.G.Z.S: Je dois rappeler qu’avec l’actuel gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) qui était à l’époque le président de la BDEAC et moi le vice-président de la banque, nous avions entamé une négociation avec le Maroc qui a abouti à la signature de la convention de l’entrée du Royaume dans le capital de la banque de développement en juin 2017. Au-delà de ce rappel, l’heure est à la mise en œuvre de cette convention car il faut bien mettre à profit l’entrée du Royaume dans le tour de la BDEAC. Mohamed Boussaïd, ministre de l’Economie et des Finances du Royaume, met l’accent sur le soutien et l’accompagnent des PME. Une vision que nous partageons pour le développement du tissu entrepreneurial africain. Ceci dit, la prise de participation marocaine au sein de la BDEAC est un signal fort, envoyé aux acteurs non régionaux. Cette initiative façonne favorablement l’image de la banque et permet l’échange de bonnes pratiques.

 

F.N.H: Le développement du secteur privé africain semble être au cœur des priorités du fonds Kara. Pourquoi ce parti pris ?

A.G.Z.S: Nous pensons que ce fonds pourra contribuer à la redynamisation du secteur privé africain. Ce qui constitue un gage de croissance des recettes publiques grâce à l’élargissement de l’assiette fiscale. Les Etats ne peuvent pas décréter le dynamisme économique qui provient à mon sens du secteur privé. D’où l’intérêt de l’appuyer.

 

F.N.H : Quel est votre regard sur la demande d’adhésion du Maroc à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’implication de celle-ci sur l’Afrique centrale ?

A.G.Z.S: Au  niveau commercial, les régions d’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale sont très liées. En prenant en compte la configuration actuelle de la CEDEAO, la dévaluation de la monnaie nigériane est ressentie immédiatement par le Cameroun qui est la locomotive économique de l’Afrique centrale. Tout cela pour vous dire que l’Adhésion du Maroc à la CEDEAO aura des implications au niveau de notre région. D’ailleurs, l’intégration du Royaume à l’organisation sous-régionale pourrait régler certaines difficultés inhérentes aux Accords de partenariat économique (APE), qui concernent l’Union européenne et les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Le Maroc a pu signer les APE et d’autres pays du continent n’ont pas encore réussi à faire de même. Au regard de cette donne, faire le pont entre le Royaume et les Etats africains est nécessaire pour booster les échanges commerciaux qui restent  faibles. La vocation de notre fonds est aussi de jouer le rôle de facilitateur entre le Maroc et les Etats subsahariens. Le pays est disposé à contribuer au renforcement des capacités des cadres du continent dans plusieurs domaines.

 

F.N.H: Selon vous, l’émergence de l’Afrique centrale passe prioritairement par quels domaines ?

A.G.Z.S: Au niveau de l’Afrique centrale, je pense que le développement du commerce doit être au centre des politiques publiques. Les difficultés liées aux conflits peuvent être réduites en donnant au commerce de services et marchandises davantage de place au sein des politiques publiques des Etats de la région. L’Afrique centrale offre plusieurs opportunités dans les domaines de l’économie verte, le digital, la valorisation des déchets et la chaîne de valeur agricole.

 

 

Propos recueillis par M. Diao

 

 

 

 

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