Retraite
En vue d'assurer la pérennité du système des retraites, les différentes caisses se sont engagées dans de multiples réformes. Toutefois, dans un contexte caractérisé par la lutte contre la pauvreté, il est désormais vital d'organiser le système actuel et faire adhérer une population qui n'a pas épargné pour ses vieux jours. Tour d’horizon avec Khalid Cheddadi, président directeur général de la CIMR.
Finances News Hebdo: Quelle appréciation faites-vous de l'état actuel du système national des retraites ?
Khalid Cheddadi : Le système des retraites ne peut être appréhendé en tant qu'unité parce qu'il est diversifié. Aujourd'hui, le système des retraites est scindé en deux parties : la retraite adressée aux organismes publics et celle destinée au secteur privé. Concernant le premier secteur, on retrouve la CMR et le RCAR. Dans le secteur privé, il y a la CNSS et la CIMR. Je me contenterai de parler du secteur privé et du rôle de chacune de ses deux caisses : la CNSS et la CIMR. La CNSS offre une retraite de base à l'ensemble des salariés du secteur privé et bénéficie d'une obligation d'adhésion. Parmi les critiques que l’on peut avancer à l’égard de cette Caisse, c'est qu’il s’agit d’un système qui comporte un plafond à hauteur de 6.000 DH/ mois. Ce qui veut dire qu'il est pénalisant pour tous les salariés dont les gains mensuels dépassent les 6.000 DH. En effet, plus le salaire est élevé, plus le taux de remplacement est faible; d'où l'intérêt de la CIMR qui constitue à ce titre une retraite complémentaire par rapport à la retraite de base de la CNSS. Toutefois, les systèmes de la CIMR et ceux de la CNSS ne sont actuellement pas coordonnés. Dans les deux, le calcul des contributions se fait à partir du premier dirham. Je m’explique : pour le cas d’une personne qui touche 10.000 DH, si elle adhère à la CNSS et à la CIMR, elle va cotiser à la CNSS jusqu'à 6.000 DH et à la CIMR sur les 10.000 DH. Ce qui veut dire qu'en fin de carrière, elle a les deux pensions qui vont se cumuler et un taux de remplacement relativement élevé. Là, ce n'est pas productif parce que l'objectif d'un système de retraite n'est pas de donner un taux de remplacement supérieur à 100%. Une réflexion est aujourd'hui en cours pour les systèmes de retraite au Maroc.
F. N. H. : En décembre 2003, le colloque sur les retraites a donné naissance à deux commissions qui ont pour objectif de réfléchir sur la retraite au Maroc. Où en est-on aujourd'hui ?
K. C. : Bien entendu, les caisses ont réagi chacune à sa manière. Pour la CIMR, la Commission a commencé assez tôt parce que la CIMR connaissait quelques problèmes concernant son équilibre financier. Donc, la réforme de 2003 a permis de régler les différents problèmes de la CIMR et nous avons aujourd'hui un avenir qui s'annonce prometteur. En fait, nous avons des critères pour mesurer la pérennité du système qui sont respectés depuis la mise en œuvre de la réforme. A travers les bilans actuariels que nous avons faits en 2003 et 2004 au moment de la communication des résultats, nous nous sommes aperçus de la viabilité du système et de sa pérennité.
F. N. H. : Est-ce que, parallèlement à la réforme, vous n'entamez pas des actions afin de tester chaque fois l'équilibre financier ?
K. C. : Vous avez parfaitement raison parce qu'aujourd'hui, dans les caisses de retraite, nous nous apercevons de plus en plus que l'équilibre est toujours instable et qu'il n'est jamais définitif; d'où la nécessité d'être tout le temps en train d'examiner les paramètres techniques et financiers du système pour le piloter. Ce pilotage se fait à travers l'élaboration des bilans actuariels. Il s'agit d'une projection des données démographiques et financières du régime sur une très longue période, voire sur sa capacité à faire face à tous les engagements sur les 60 années à venir et même au-delà.
F. N. H. : Quelles sont aujourd'hui les contraintes qui alourdissent le système des retraites ?
K. C. : Il y a des contraintes d'équilibre financier parce qu'il y a un petit déphasage qui s'est peut-être accentué dans le temps à cause de l'évolution démographique. C'était le cas de la CIMR et nous avons essayé de le corriger par un certain nombre de mesures. C'est le cas également de la CNSS qui a des taux de rendement assez élevés. C'est peut-être le cas pour la CMR. C'est une contrainte qui pèse encore et qui devra être rectifiée par les réformes en cours de préparation.
F. N. H. : Hormis le déséquilibre financier, comment jugez-vous la fiscalité appliquée ?
K. C. : La fiscalité sur les contrats de retraite est assez raisonnable aujourd'hui, mais elle reste toujours perfectible. Les contributions sont exonérées d'impôts aussi bien à l'IGR qu'à l'IS pour les employés et employeurs. A la sortie, au moment de la rente, la pension bénéficie d'une exonération de 40%. Bien entendu, les allocataires ne peuvent accueillir que favorablement l’amélioration des conditions fiscales. Mais, ceci dépend de la capacité du gouvernement à dégager un surplus d'allégement surtout pour les allocataires.
F. N. H. : Suite au discours du Souverain relatif au développement humanitaire, comment comptez-vous contribuer à cette cause sociale ?
K. C. : La retraite est un élément important pour lutter contre la paupérisation de la population. Nous nous intéressons particulièrement aux personnes âgées après leur période d'activité. Donc, une personne qui ne bénéficie pas d'un système de retraite et qui n'a pas épargné durant sa période d'activité, se retrouve sans revenu lorsqu'elle cesse de travailler. L’un des éléments essentiels pour lutter contre la paupérisation est donc d'organiser des systèmes de retraite. Il s’agit là d’un élément important. Aujourd'hui, il y a une prise de conscience générale pour l'élargissement de la population qui bénéficie de ce système. C'est particulièrement valable pour la CNSS parce que c'est à son niveau que va jouer de manière la plus large cette couverture. Aujourd'hui, il y a des populations qui ne bénéficient pas de la retraite comme les artisans, les agriculteurs, les indépendants, les professions libérales… Toutes ces populations sont menacées par la paupérisation après cessation de leur activité. Une des manières de lutter contre cela est de les faire bénéficier d’un système de retraite.
F. N. H. : Quelles sont vos prévisions ?
K. C. : Nos prévisions sont bonnes parce que nous avons entamé un plan de développement important à tous les niveaux aussi bien sur le plan commercial que sur celui de la gestion. Sur le plan commercial, nous pensons réaliser une progression de notre chiffre d'affaires en 2005 de 5% et atteindre 8 à 9% en 2006. Nous avons un plan de développement triennal qui va jusqu'à 2007. Ce développement va s'appuyer sur une campagne de communication que nous allons lancer à partir du début du mois d'octobre et dont nous dévoilerons les éléments fin septembre ou bien au lendemain de notre Assemblée Générale qui se tiendra le 29 septembre.
Propos recueillis par S. E.
Du 07-07-2005





