Mon «ami» Rahhou :
Pour ce premier entretien avec le PDG du CIH, j’étais évidemment sur mon 31. Le costume-cravate était de rigueur. Il fallait bien respecter le code des banquiers. Cet accoutrement est leur marque de fabrique. Un banquier sans costume-cravate, c’est comme un ftour sans harira. Quoique j’ai toujours dit que la cravate du banquier peut gravement lui desservir… en étant une arme redoutable pour un client en colère.
A 9 h 50, j’étais donc à la réception… accompagné de la boss. Que voulez-vous, elle s’est incrustée (sic) ! La réceptionniste nous annonce, et nous voilà devant l’assistante de Rahhou. Agréable et avenante, elle nous demande de patienter. Les PDG ont toujours une petite signature à faire, un petit coup de fil de dernière minute à donner… Certains (pas mon «ami» Rahhou, j’en suis sûr), en revanche, te feront attendre au moins un quart d’heure, histoire de faire croire qu’ils sont très occupés.
Au bout de quelques minutes, elle nous introduit dans un luxueux bureau. Ou plutôt dans ce qui peut accueillir un joli F1… haut standing. Spacieux ! Courtois comme à son habitude, Rahhou nous accueillit à l’entrée et nous installa. Tombe alors la question inévitable :
- Thé ou café ?
- Un café pour moi, répondis-je.
Un café que je n’ai jamais bu, quand bien même j’en mourais d’envie. Et avec le recul, je me rends compte que j’ai fait perdre un peu d’argent au CIH (Dieu sait qu’il ne doit pas en perdre, surtout en ce moment) au cours des nombreux entretiens que j’ai eus avec mon «ami» Rahhou par la suite : j’accepte le café par courtoisie, mais je ne le bois pas par respect. Car, je me vois mal, pendant que mon hôte s’applique à répondre à mes questions, m’affairer autour d’une tasse de café alors que je dois rester attentif à ses réponses. C’est juste par principe. Et, bien évidemment, à la fin de l’interview, le café est imbuvable tellement il est froid. Je ne crois pas être le seul journaliste dans ce cas.
Cette histoire de café me rappelle ma toute première interview (je travaillais dans un quotidien) avec un ex-DG d’une grande société de gestion de la place. Entretien que j’ai complètement foiré d’ailleurs, d’autant que le magnéto acheté au fameux marché Derb Ghallef (comme tout bon journaliste débutant sans le sou) a tout simplement bouffé la bande magnétique de la cassette. Je m’en suis rendu compte de retour au bureau. Pour cette faute de débutant, j’ai eu droit à un savon dans les règles, tant de la part de mon réd’ chef que de l’interviewé. Qui a été assez sympa quand même, puisqu’il a daigné me recevoir une seconde fois dans la même journée (il faut dire aussi qu’il aimait bien voir sa photo dans un journal)…, et j’ai eu droit à un second café. Que je ne pus boire. Pour la même raison.
Pour cette seconde entrevue, nous avions mieux travaillé. Car, la première fois, c’était beaucoup plus détendu. Petit extrait de la discussion :
- Vous êtes de quel pays ?
- Du Sénégal.
- Ah ! J’adore ce pays. Les gens sont très accueillants. Le fils de la tante du meilleur ami à mon petit frère, qui a fait ses études de médecine à Dakar, m’a néanmoins dit qu’il y a beaucoup de moustiques en été à cause de la pluie».
Je me suis rendu compte, en fait, qu’il n’y a jamais mis les pieds, même s’il «adore» mon pays. J’ai compris que c’était une manière de me mettre à l’aise. Une approche qui n’a pas été sans me rappeler celle des taximen :
- Ah !, Sinigalais ? Moussa Ndaw (ancien célèbre joueur de football sénégalais du WAC) ? Maroc-Sinigal kif kif…
Bref, revenons-en à mon «ami» Rahhou ! A suivre…
Par David William





