Législatives 2026: Le citoyen reprend la main
À trois semaines des élections législatives, le Maroc entre dans cette étrange période où les partis redécouvrent soudain que les citoyens existent. Les poignées de main se multiplient, les permanences s'animent, les réseaux sociaux chauffent, les candidats ressortent des placards électoraux et les promesses dithyrambiques commencent à fleurir.

Le 23 septembre prochain, les Marocains seront ainsi appelés à renouveler les 395 membres de la Chambre des représentants. Vingt-sept partis doivent participer au scrutin, et l'administration a activé le dispositif destiné à en garantir l'intégrité. Mais cette élection pose une question autrement plus profonde : les Marocains croient-ils encore suffisamment à la politique pour croire en ceux qui leur demandent leur voix ?
En 2021, les électeurs avaient provoqué un séisme. Le RNI remportait 102 sièges, tandis que le PJD, après une décennie à la tête du gouvernement, s'effondrait à 13 députés. Cinq ans plus tard, les rôles ont changé. La majorité gouvernementale (RNI, PAM et Istiqlal) ne peut plus seulement promettre. Elle doit répondre.
C'est la loi élémentaire de la démocratie : on entre au gouvernement avec un programme, on retourne devant les électeurs avec un bilan. Ces trois partis ont gouverné ensemble pendant un quinquennat. Mais le 23 septembre, ils devront expliquer pourquoi l'électeur doit voter pour l'un plutôt que pour les deux autres.
Exercice délicat. Comment revendiquer collectivement les réussites et individualiser les mérites ? Comment assumer solidairement les échecs tout en essayant de les déposer discrètement dans la valise du voisin ? Bienvenue dans les joies de la coalition gouvernementale en période électorale. Pendant cinq ans : «nous». Pendant la campagne : «moi». Et le lendemain des élections, probablement «nous» à nouveau.
C'est toute l'ambiguïté du scrutin. La majorité pourra mettre sur la table la généralisation de la protection sociale, les aides directes, les investissements industriels, les infrastructures, les performances touristiques, les grands chantiers ferroviaires, autoroutiers, portuaires et aéroportuaires, la préparation de la Coupe du monde 2030 et cette spectaculaire accélération de la transformation physique du Royaume. Ce bilan existe. Le nier serait intellectuellement malhonnête.
Mais une élection ne se gagne pas seulement à coups de kilomètres de LGV, d’usines inaugurées, de stades flambant neufs ou de records touristiques. Elle se joue surtout dans le quotidien des citoyens, notamment sur l’addition au marché, dans la quête parfois interminable d’un emploi, dans les couloirs d’un hôpital, face aux difficultés de l’école et, surtout, dans cette redoutable équation qui revient comme un leitmotiv : comment arriver à boucler ses fins de mois.
C'est précisément là que commence le danger pour toute majorité sortante. Car il existe deux Maroc. Celui des indicateurs macroéconomiques, des investissements record, des infrastructures et des ambitions internationales. Et celui du portefeuille. Or, dans l'isoloir, le second peut aisément prendre sa revanche sur le premier.
Pour autant, le grand adversaire du RNI ne s'appelle peut-être ni Istiqlal, ni PAM, ni PJD. Celui de l'Istiqlal n'est peut-être pas le RNI. Celui du PJD n'est pas nécessairement la majorité sortante. Le concurrent de tout le monde s'appelle la défiance.
C'est là que se situe peut-être l'élection véritable. On dissertera pendant des semaines sur les chances du RNI, la poussée de l'Istiqlal, la résistance du PAM, le retour du PJD ou encore sur les ambitions de l'USFP, du PPS, du Mouvement populaire ou de l'Union constitutionnelle. On comptera les candidats, les ralliements ou encore les transfuges.
Mais le personnage central de cette histoire pourrait bien être celui qui ne figure sur aucune affiche : l'électeur qui ne vote plus. Parce qu'une démocratie ne souffre pas seulement lorsque les citoyens contestent le pouvoir. Elle souffre davantage lorsqu'ils cessent de considérer que leur choix peut changer quelque chose. Car la colère peut encore nourrir le débat démocratique, mais le désintérêt, lui, finit par le tuer.
F. Ouriaghli





