Gouverner
«Contenter le peuple et ménager les grands, voilà la maxime de ceux qui savent gouverner». C’est ce que disait Nicolas Machiavel, homme politique et philosophe italien.
Benkirane souscrit-il à cette assertion ? En tout cas, la seule certitude est qu’il découvre, au fur et à mesure qu’il s’habitue à son fauteuil douillet de la Primature, toutes les difficultés à gérer une équipe plurielle, mais surtout à gouverner dans un pays qui traverse une phase cruciale de son histoire et où les attentes sont pour le moins nombreuses.
En cela, au quotidien, il doit trouver la bonne formule pour faire face à la cupidité de ceux qui ont tout et contenir la convoitise de ceux qui n’ont rien… ou presque. Il doit gérer toutes ces frustrations accumulées par certains citoyens depuis de nombreuses années, la multitude de réformes à initier, mais également l’épineuse question des diplômés chômeurs, lesquels assimilent leur embauche dans la fonction publique au paradis sur terre. Il doit en permanence gérer les frondes d’une opposition qui peut s’avérer bruyante pour se faire entendre.
Il doit aussi gérer les sorties tonitruantes et parfois hasardeuses de certains de ses ministres. Et la liste est longue.
C’est clair, pour pouvoir bien gouverner, Benkirane doit gérer les autres… et s’oublier. Alors, est-ce agréable d’être Premier ministre ? Pas sûr.
Néanmoins, quoi qu’on dise, Benkirane et son équipe s’essayent, pour l’instant, à gérer au mieux les clés du Royaume. En posant des actes forts et parfois impopulaires, comme la publication de la liste des bénéficiaires des agréments de transport interurbain, ou encore en redéfinissant les cahiers des charges de la SNRT et de 2M. Son parti avait promis la transparence et la lutte contre la corruption, il s’y attelle. Un exercice difficile dans un pays où certaines pratiques sont profondément ancrées dans la conscience collective et où les privilèges indus tendent à s’inscrire dans la normalité.
Mais en osant ce qu’aucun autre gouvernement n’a osé faire jusque-là, Benkirane et son équipe séduisent, certes une bonne frange de la population, mais s’attirent certaines inimitiés. Parmi les privilégiés. Les grands. Ceux-là qu’il faut, comme l’affirme Machiavel, «ménager».
Par Fatima Ouriaghli





