Chaud devant !
Le Chef de gouvernement a pu mesurer l’ampleur de la grogne sociale à l’occasion de la Fête du travail. Ce premier Mai, il faut le dire, avait une saveur bien particulière, contexte de crise oblige. La parade des syndiqués à travers les avenues des grandes villes du Royaume a ainsi permis au gouvernement de mesurer, un tant soit peu, sa cote de popularité. Pour ne pas dire son impopularité. Car, en mettant bout à bout les différentes revendications des syndicats, la désillusion des jeunes pris dans le cercle infernal du chômage, la fronde des économistes face aux incohérences de la politique économique initiée, les réserves à peine voilées affichées par le patronat devant certaines décisions…, la majorité gouvernementale donne davantage l’impression d’avoir déçu. Une déception à la mesure des attentes sociales grandissantes.
Pour autant, le gouvernement ne doit-il pas bénéficier de circonstances atténuantes ? Certains diront certainement «oui», d’autant que la majorité a pris les rênes du pays à un moment où l’économie nationale subissait de plein fouet les effets de la crise internationale, laquelle n’a point épargné l’Europe, premier partenaire économique et commercial du Royaume.
D’autres, moins conciliants, diront «non», car, malgré la crise, ce sont surtout les choix économiques du gouvernement qui sont contestés. Il faut dire, à ce titre, qu’il a multiplié les mesures impopulaires (www.financenews.press.ma), dont la dernière en date, qui fait toujours débat, est la coupe de 15 Mds de DH dans le budget d’investissement 2013. Quand on ajoute à cela toutes les promesses électorales non tenues, l’on comprend mieux que les citoyens soient passablement agacés devant un gouvernement qui semble avouer son impuissance face à des finances publiques qui ne cessent de se dégrader. Jacques Mailhot, animateur radio et journaliste français, disait d’ailleurs à ce titre que «lutte, réduction et amélioration sont les trois termes clefs du langage politique. Ils ont l'avantage de pouvoir être accolés indifféremment à inflation, déficit, finances publiques... Et toutes les combinaisons sont possibles».
C’est vrai, sauf que Benkirane et son équipe n’ont pas encore trouvé la formule idoine pour réduire le déficit public tout en tirant la croissance vers le haut. Mais ils peuvent tout de même se consoler en se disant : «Nous ne sommes pas les seuls dans le pétrin». Partout en Europe, en effet, la crise fait vaciller les gouvernements, si elle ne les a pas déjà fait sauter.
En tout cas, l’éventail des revendications durant ce premier Mai a montré l’ampleur des attentes de la collectivité. Reste à savoir si le gouvernement voudra y répondre. Si oui, pourra-t-il surtout y répondre, compte tenu de l’étroitesse de sa marge de manoeuvre ? C’est là toute la question.
Par David William





