Benkirane, un homme de cran
La nouvelle est tombée en fin de semaine dernière de manière presque anodine : le gouvernement a décidé d’appliquer la vérité des prix en ce qui concerne les carburants. Ainsi, l’essence super et le fuel industriel ne sont plus subventionnés et les prix sont révisés le 1er et le 16 de chaque mois, à l'instar des autres produits pétroliers non soutenus par la Caisse de compensation. Pour sa part, le gasoil continuera à l'être, mais selon un barème dégressif. Ainsi, les subventions unitaires du gasoil sont fixées à 2,15 DH/litre à partir du 16 janvier 2014, 1,70 DH/litre à partir du 16 avril, 1,25 DH/litre à partir du 16 juillet et à 0,80 DH/litre à partir du 16 octobre 2014.Seuls continueront à être subventionnés normalement le gaz butane, le fuel spécial destiné à la production de l'électricité par l'Office national de l'électricité et de l'eau potable, le sucre, certains produits destinés aux provinces sahariennes, ainsi que la farine nationale du blé tendre qui relève de l'Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses.
La timidité, voire la «légèreté» avec laquelle ces décisions ont été annoncées n’égale en rien leur portée économique ô combien importante. Car elles devraient constituer, en effet, une véritable bouffée d’oxygène pour des finances publiques grevées par un système de compensation dont la pertinence et l’efficacité n’ont eu de cesse d’être décriées. Surtout, avec ces mesures, c’est une nouvelle étape vers une réforme plus globale du système de subvention qui vient d’être franchie, après l’indexation partielle qui avait été mise en place en septembre dernier (www.financenews.press.ma).
Convenons-en : on peut ne pas être d’accord avec ses méthodes, on peut critiquer parfois son entêtement coupable, on peut fustiger certains de ses choix économiques, mais reconnaissons quand même que A. Benkirane a du cran. Le Chef du gouvernement peut se targuer d’avoir osé amorcer une réforme que ses prédécesseurs, pendant des décennies, ont préféré délibérément occulter pour ne pas se brûler les doigts. Les mauvaises langues diront, à coup sûr, que les décisions prises actuellement ne procèdent guère d’une démarche volontaire, mais qu’elles ont été exigées par les bailleurs de fonds internationaux, en particulier le Fonds monétaire international qui s’inquiète de la déliquescence des finances publiques. Peut-être bien. Mais toujours est-il que le pas a été franchi, au risque pour Benkirane et son gouvernement d’être impopulaires. Car la raison pour laquelle cette réforme a toujours meublé les discours politiques sans être suivie d’actes concrets, est qu’elle est éminemment délicate, tant les enjeux socioéconomiques sont énormes.
Déjà, les bruits de bottes se font entendre, alors que ce ne sont que les prémices de la réforme. Les transporteurs lancent des cris d’orfraie et brandissent des menaces à peine voilées, les industriels commencent à ruminer leur colère, mettant en avant les coûts de l’énergie déjà chers au Maroc, les automobilistes fulminent à l’idée de payer le carburant plus cher et les importateurs de voitures redoutent déjà l’impact de la suppression de la subvention sur les ventes de voitures essence. Reste maintenant à savoir si le gouvernement est capable de gérer efficacement cette grogne sociale qui couve. Wait and see.
Par David William





