Benki, un homme madré
Pour se faire comprendre, il faut expliquer, réexpliquer, se répéter s’il faut, sans perdre la maîtrise de soi.
Pour se faire comprendre, il faut expliquer, réexpliquer, se répéter s’il faut, sans perdre la maîtrise de soi. Cela, surtout lorsqu’il s’agit de faire accepter certains choix économiques importants. A ce jeu, le Chef de gouvernement sait y faire, particulièrement quand il s’est agi de s’attaquer à la réforme du système des retraites. Ce chaud dossier, qu’au-cun gouvernement avant lui n’a osé mettre sur la table, lui vaut aujourd’hui de subir une véritable volée de bois vert de la part des syndicats. Mais Abdelilah Benkirane est un homme madré. Pour cette réforme, il a pu avoir la «bénédiction» du Conseil éco-nomique, social et environnemental. Celle de la Cour des comptes éga-lement. Comme caution morale, ce n’est pas mal. Mieux, il s’est mis dans la poche une bonne partie de l’opinion publique, convaincue effectivement de l’urgence de réformer le sys-tème des retraites. Last but not least, Benkirane a le soutien inconditionnel du Fonds monétaire international, qui lui a d’ailleurs fortement «suggéré» cette réforme. Son argument choc, brandi comme un épouvantail : faute de réforme, les pensions relatives à une catégorie comprenant plus de 400.000 bénéficiaires ne seront pas versées d'ici 2021. Ça fout la trouille effectivement. Et pour s’assurer que ce message est bien distillé, il envoie ses ministres au charbon. Mardi der-nier, c’est le ministre de l'Emploi et des Affaires sociales, Abdeslam Seddiki, qui a mouillé le maillot dans une interview accordée au quotidien arabophone du PPS Bayane Al Yaoum. Dès lors que l’opinion publique et les institutions de renom sont acquises à sa cause, il ne reste plus à Benkirane qu’à convaincre les syndicats et éteindre ce front social qui a bien l’intention de lui savonner la route… jusqu’aux prochaines élections légis-latives. Habile, le Chef de gouvernement a donc réussi à rouvrir le dialogue social. Il y a une quinzaine de jours, les syndicats, le patronat et lui-même étaient assis autour de la même table… pour dialoguer. Evidemment, il en a profité pour égrener les mul-tiples mesures prises par le gouver-nement, dont notamment les 13,2 Mds de dirhams consacrés annuelle-ment à la mise en oeuvre des mesures relatives à l'amélioration du revenu des fonctionnaires et personnel des établissements publics. Il est sorti quoi de ce round de dialogue social ? Rien pour le moment. Ou, du moins, si : un comité a été constitué et devrait dévoiler un projet d’accord avant fin avril courant. Soit au plus tard d’ici samedi. Au moment où nous mettions sous presse, ce comité technique se réunissait. Reconnaissons donc à Benkirane qu’il peut être parfois fin joueur, surtout pour faire passer des réformes impopulaires. Y arrivera-t-il cette fois face à des centrales syndicales déterminées et très virulentes à son égard ? Wait and see.





