L’argent du contribuable demande justice
Il faut une bonne dose de sérénité pour se plonger dans les rapports annuels de la Cour des comptes (CC). Car face à l’énormité de certains faits rapportés, il y a effectivement de quoi se révolter et s’indigner. Puisque c’est de l’usage (et quel usage !) de l’argent public dont il s’agit.
Le rapport 2013 de la CC ne déroge pas à la règle, en ce sens qu’il met en orbite, une fois de plus, la gabegie et la mauvaise gestion dans certains établissements publics et collectivités territoriales. Et ce, à un moment où l’état des finances publiques exige davantage d’orthodoxie financière. «(…) En plus des réformes structurelles entamées par les pouvoirs publics, et qu’il faut consolider, l’amélioration de la gestion publique et la mise en oeuvre d’une bonne gouvernance constituent des piliers pouvant contribuer à surmonter les défis rencontrés par les finances publiques», souligne à ce titre la CC.
Mais il faut croire que cette assertion n’a que très peu de résonance, voire aucune auprès de certains dirigeants d’établissements publics et d’élus locaux, qui se signalent par une forme de prodigalité outrancière. C’est la conclusion à laquelle on aboutit effectivement en feuilletant les centaines de pages du rapport de la CC (voir pages 33 à 36). Surtout que ce n’est guère la première fois que cette institution pointe du doigt les manquements graves relatifs à l'usage des deniers publics.
Mais malheureusement, le laxisme dans l’utilisation de l’argent public, l’argent du contribuable, tend à devenir une normalité à laquelle les citoyens, blasés surtout par l’impunité, se sont habitués. Pourtant, les pouvoirs publics tentent timidement de mettre fin à l’usage cynique qui est fait des deniers publics par ces dirigeants et élus indélicats qui, souvent, oublient volontairement qu’ils sont au service de la collectivité. En cela, il n’est pas faux d’affirmer que l’action de la Justice, laquelle doit donner une suite aux rapports élaborés par la CC dont la mission se limite, entre autres, au contrôle de la gestion des organismes publics et de l’emploi des fonds, reste trop timide. Les citoyens attendent davantage d’elle, au regard notamment des nombreux manquements révélés dans la gestion de la chose publique. Ce serait d’ailleurs une formidable reconnaissance du travail accompli par les enquêteurs de la CC que de sommer ceux qui dilapident l’argent public de venir s’expliquer devant la Justice. Sinon, quel serait l’intérêt de mobiliser des personnes pendant des mois pour élaborer des rapports et dénoncer des abus auxquels on ne donnera pas suite !
Comme quoi, après les mots, il faut des actes, car l’action de la CC ne doit pas être réduite à une clause de style.
«L’argent gagné malhonnêtement finit toujours par se venger», disait le romancier québécois Roch Carrier. On s’attend, dès lors, à ce que dame justice prenne la mesure des révélations de la CC… pour rendre justice à l’argent du contribuable.
David William





