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Editoriaux

Abdellatif Jouahri : Coup de gueule !

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 9 Juillet 2015 à 11:33
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Et vlan ! Abdellatif Jouahri a mis les pieds dans le plat. Et de quelle manière !

Le gouverneur de Bank Al-Maghrib vient, en effet, de faire une analyse sans concession de la situation économique du Maroc, dans le rapport annuel de l’institut d’émission présenté en fin de semaine dernière au Souverain. Loin des discours cosmétiques qui, en pareilles circonstances, s’imposent comme une obligation, c’est plutôt à une diatribe sans réserve que s’est livré le gouverneur de la Banque centrale. Et tout est passé à la moulinette : la problématique de l’investissement, dans son expression la plus large (voir pages 10 et 11), la situation «préoccupante» de la Bourse de Casablanca, la «dégradation continue» du secteur de l’éducation et de la formation… Bref, plusieurs facteurs handicapants qui font que la croissance économique reste toujours tributaire des conditions climatiques et n’est pas suffisamment importante pour résorber le taux de chômage.

En général, ce sont plutôt les économistes «rebelles» ou les partis de l’oppo­sition qui ont l’habitude de faire des diatribes aussi sévères de l’économie. Dès lors, quand les coups de gueule viennent d’une instance officielle comme Bank Al-Maghrib (ou parfois le haut-commissariat au Plan), la résonance et la portée sont autres.

Pourtant, pour qui connaît Jouahri, rien d’étonnant à ce qu’il n’use pas de la langue de bois : cela ne fait pas partie de ses habitudes; ses vérités, il les distille crues. Le gouvernement marocain, souvent interpellé sur sa politique économique, et particulièrement sur la nécessité de respecter les contenus des Lois de Finances en matière de déficit budgétaire, en sait quelque chose. Le ton est aussi sans ambiguïté lorsqu’il s’adresse aux banques, les sommant de transmettre, et bien, la politique monétaire. Autrement dit, faire bénéficier de la décrue des taux l’ensemble des opérateurs, particulièrement les PME qui se heurtent régulièrement à des difficultés de financement.

Son franc-parler lui vaut certainement des inimitiés (on ne peut pas être aimé par tout le monde (sic)) au sein de la classe politique, mais il n’en demeure pas moins un homme de consensus. Qui revendique son indépendance et incarne l’indépendance de l’institution qu’il dirige. Et sa sentence cinglante doit sonner comme un appel au réveil et à la mobilisation des dirigeants qui sont aux manettes des affaires du Royaume pour initier d’urgence toutes les réformes structurelles nécessaires à l’érection d’un Maroc émergent.

Il y a quelques années, le gouverneur de la Banque centrale avait affirmé : «le Maroc fait face à des défis qu’il peut relever, mais il faut favoriser la concerta­tion, imposer de la rigueur et, surtout, ne pas hésiter à se remettre en cause». Des propos qui ont résisté à l’usure du temps. Car, plus que jamais, il est temps de se remettre en cause.

 

Par David William

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