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A bout de souffle

FNPar Finances News
|Publié le 27 Avril 2017 à 15:27
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Mardi 25 avril 2017. Gare de Rabat Ville, 8H43. Les voyageurs se vidaient petit à petit du train en provenance de Casa Port. Un étrange manège se jouait à quelques mètres de moi : un homme, visiblement malade, qui marchait assez péniblement avec une béquille, s’essayait à emprunter l’escalator au lieu des escaliers. Ce qui se comprenait parfaitement d’ailleurs, vu son état physique. Son accompagnatrice (sa fille peut-être) avait, elle, plutôt choisi les escaliers et lui signifiait, avec le sourire, que ce n’était pas une bonne idée. Un sourire qui s’est rapidement figé lorsque cet homme tomba lourdement sur l’escalator. Un bruit assourdissant et un long cri de douleur qui ont contraint les agents de sécurité à arrêter momentanément l’escalator.

Je pris sagement les escaliers pour me retrouver dehors et hélai un taxi. Direction, route des Zaërs. Pour moi qui ne connais pas Rabat, le trajet m’a paru bien long. C’est… 27 DH plus tard et après avoir dépassé plusieurs belles villas, que j’arrivai à destination. Belle villa aussi, celle du Conseil de la concurrence. Elle a de la gueule, comme on le dit vulgairement. Cette impression contrastait fortement avec l’ambiance qui prévalait à l’intérieur. Les lieux sont austères, tristes et manquent de vie. On aurait presque dit que cette maison était plongée dans un deuil prolongé.

Malgré cette atmosphère un brin taciturne, un homme, lui, garde toujours le sourire : il s’agit de Abdelali Benamour, le président du Conseil de la concurrence. La bonne humeur de cet homme imposant, affable et courtois, jette un peu de fraîcheur dans ces lieux où le personnel, à bout de souffle, essaie, chaque matin, de se motiver pour venir au boulot. Car, depuis plusieurs années maintenant, le Conseil de la concurrence… gère les affaires courantes, ne pouvant exercer les missions qui lui sont dévolues (lutter contre les pratiques anticoncurrentielles et les manœuvres commerciales déloyales, contrôler les concentrations, sanctionner les organismes qui transgressent les règles de la concurrence, exercer son pouvoir d’auto-saisine…), faute notamment de membres, dont le mandat a expiré depuis 2013. Rappelons que le mandat des 12 membres du Conseil (5 ans) est déterminé par la loi. Celui du président, nommé par le Roi, n’est pas fixé en termes de temps. Benamour est donc toujours président. Mais la nouvelle loi dit que le président est lui-même nommé pour 5 ans renouvelables.

Ce chômage technique partiel qui perdure a, de fait, annihilé l’enthousiasme de tout le personnel. Mais Benamour prend les choses avec beaucoup de philosophie, quand bien même on le sent assez dépité et passablement agacé par cette situation à laquelle il ne peut donner aucune explication.

Une chose est sûre : au niveau du Conseil, l’envie de travailler, de mieux réguler le monde des affaires, a été fortement entamée par l’usure du temps. Néanmoins, le nouveau chef de gouvernement, qui a laissé entendre lors de sa déclaration gouvernementale que l’Exécutif apportera son soutien au Conseil de la concurrence pour que ce dernier puisse accomplir ses missions, compte visiblement raviver cette institution moribonde. Sauf que de pareilles promesses, Benamour en a tellement entendu qu’il semble aujourd’hui blasé. «Nous attendons de voir», nous a-t-il déclaré, amusé (voir entretien).

In fine, la situation actuelle du Conseil de la concurrence, comme de beaucoup d’autres institutions, nous renseigne sur l’utilisation qui est faite des deniers publics. Car, au niveau des institutions publiques, on peut trouver dans l’absolu trois catégories de personnes :

- les gens qui ont le courage d’être payés pour ne rien faire : des glandeurs pour ainsi dire;

- ceux qui, la conscience professionnelle chevillée au corps, triment sans être payés à leur juste valeur;

- ceux que l’on rémunère et que l’on contraint, pour on ne sait quelle raison, à rester oisifs.

Et toutes ces personnes ont ceci de commun qu’elles sont payées par nous, les contribuables, afin qu’elles soient au service de la collectivité (sic !). ■

 

Par D.W

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