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Nouvel an amazigh : asgass ambarki !

Nouvel an amazigh : asgass ambarki !

Au Maroc et dans le Nord-Afrique, c'est la fête : cette nuit, la célébration du Nouvel an amazigh, qualifié aussi "Innayer" ou "Hagouza". Une fête collective. Traditionnelle : elle remonte à la nuit des temps. Elle procède et elle continue à être adossée à certaines pratiques rituelles, agraires pour l'essentiel, des Amazighs tout au long d’une histoire millénaire. Mais précisément laquelle ? Une approche comparative aide à une meilleure appréhension.

C'est qu'en effet la détermination de l'année de référence d'un calendrier est toujours liée à un fait historique justifiant sa dation. Le calendrier julien a été introduit par Jules César dans la Rome antique, en 46 av.J.C. Il a été utilisé jusqu'au 13ème siècle, dans certaines régions du monde (Amazighs en Afrique du Nord, pays orthodoxes d'Europe de l'Est), puis a été remplacé progressivement par le calendrier grégorien qui se rapporte à la naissance de Jésus-Christ. Quant au calendrier hébraïque, il est luni-solaire, avec donc des années solaires, des mois lunaires et des semaines de sept jours du dimanche au samedi, jour du shabbat.

Le point de repère ? La référence à la Genèse (premier livre de la Bible) dont il fait correspondre le début à l'an -3761 du calendrier grégorien (aujourd'hui 12 janvier 2023, c'est le 19 tévet 5785 dans le calendrier hébraïque). Il est considéré comme calendrier officiel en Israël; il est aussi utilisé dans le judaïsme pour la célébration des fêtes religieuses. 

 

Une cérémonie festive et conviviale

Pour revenir au calendrier amazigh, il faut préciser pour commencer que, étymologiquement, le mot yennayer est formé de yen qui veut dire "premier" et d'ayer ( ou ayyur) qui signifie "mois. Il correspond au premier jour du calendrier agraire utilisé par les Berbères depuis des siècles; lui-même correspond d'ailleurs au calendrier julien adopté en Afrique du Nord dans la Rome antique et décalé de treize jours par rapport au calendrier grégorien. Le jour zéro de ce calendrier a été choisi pour correspondre à la victoire de Sheshong 1er sur le pharaon Ramsès III et son intronisation en tant que pharaon d'Egypte. Il est le fondateur de la XXIIème dynastie qui a régné en Egypte jusqu'en 715 av. J.C. Des historiens affirment une origine du peuple libyque Machoauch -toujours engagé dans des batailles contre les pharaons d'Egypte- et que Sheshong 1er a ainsi instauré une dynastie aux origines berbères.

La célébration du Nouvel an amazigh est une cérémonie festive. Et conviviale. Des mets spécifiques sont préparés (couscous aux sept légumes, plat de taswalla, ourkimen à la base de toutes les légumineuses, berkoukes, poulets rôtis et dindes, blé concassé au lait et du miel); ils sont différents suivant les régions. Le cérémonial est diversifié, mais le dîner de Yennayer reste un moment fort de ces retrouvailles familiales. Un symbole de partage, d'hospitalité, de protection de l'environnement et de la nature : le labeur des agriculteurs est honoré; le travail de la terre est honoré. Dans certaines régions, la fête est accompagnée de chants. Une date symbole d'union et de fraternité qui continue d'être vivace et d'être perpétuée dans la mémoire collective berbère.

Cette année, le grand évènement national est le Festival du Grand Maghreb qui, pour sa cinquième édition, célèbre le Nouvel an amazigh 2973. Elle porte le nom du Dr. Adal Rhoubeid, conseiller spécial du président du Niger, et qui se déroule les 13-14 janvier courant. Elle bénéficie du concours de la Fondation Aman pour le développement durable, en partenariat avec le Conseil de la région Fès-Meknès et en coordination avec la société civile. Un cadre maghrébin avec des auteurs, des artistes et un programme diversifié d'échanges culturels, de colloques et de rencontres intellectuelles. Plusieurs ambassadeurs du corps diplomatique maghrébin et africain seront présents. 

 

Une annonce, une promesse

Les réseaux sociaux célèbrent cette fête; d'autres reviennent sur la revendication de l'institution d'une fête nationale. Ils expliquent que c'est un précieux héritage culturel, avec une forte charge symbolique et identitaire. Ils demandent qu'elle soit reconnue comme le sont déjà celles des calendriers musulman et grégorien; ils attendent toujours que le gouvernement décide d'en faire un jour officiel, férié et payé. Voici un an, le porte-parole du gouvernement avait déclaré que "la fin de l'année amazighe sera fêtée en grandes pompes", ajoutant qu'"au-delà de la célébration, c'est l'expression solide du gouvernement à officialiser l'amazigh". Une annonce. Une promesse. Un an après, où en est-on, d’autant que l'amazigh a été consacré dans la Constitution de 2011 comme "langue officielle" - en plus de la langue arabe - "en tant que patrimoine commun de tous les Marocains sans exception "(art.5, al.3).

Des parlementaires ont saisi, à différentes reprises, le gouvernement Akhannouch pour assurer à cette fête une reconnaissance nationale. Les associations amazighes sont activement mobilisées à cet égard. La diversité culturelle serait ainsi davantage consolidée et consacrée. Les célébrations prendraient alors une nouvelle dimension : promotion d'activités commerciales, touristiques, culturelles, etc. Alors, pourquoi cette indécision ?

 

 

Par Mustapha SEHIMI
Professeur de droit (UM5, Rabat), Politologue

 

 

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