À J-6 des élections législatives, les programmes économiques et sociaux des partis sont au cœur du débat. Emploi, pouvoir d’achat, hausse du SMIG, protection sociale… les formations politiques multiplient les engagements. Entretien avec Youssef Filali Guerraoui, président du Centre marocain pour la gouvernance et le management.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : À l’approche des élections, les partis politiques présentent leurs programmes économiques et sociaux. Comment évaluez-vous leur pertinence et leur crédibilité ?
Youssef Guerraoui Filali : Sur le plan de la pertinence, les programmes des partis répondent globalement aux principales préoccupations économiques et sociales du Maroc, à savoir l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, la protection sociale, et réduction des disparités territoriales. C’est un point positif, car le débat électoral semble davantage centré sur les conditions de vie et sur la capacité de l’économie à créer des emplois et de la valeur. Les programmes présentés récemment comportent d’ailleurs plusieurs engagements chiffrés, notamment sur l’emploi, les salaires et les dépenses sociales. Mais la crédibilité ne se mesure pas à l'ambition des objectifs annoncés. Elle doit être appréciée à partir des critères suivants : le coût réel des engagements, leurs sources de financement, leur calendrier de mise en œuvre, les réformes institutionnelles nécessaires et les indicateurs permettant de mesurer les résultats.
C’est là que se situe, à mon avis, le principal enjeu du débat électoral. Lorsqu’un parti annonce plusieurs centaines de milliards de dirhams de dépenses ou promet la création d’un million d’emplois, la question essentielle n’est pas que proposet-il, mais surtout combien cela coûte, qui va le financer, comment cela sera exécuté et quels résultats seront mesurés. Il faut également regarder la compatibilité des promesses avec les équilibres macroéconomiques et budgétaires. Le Maroc dispose d'une programmation budgétaire triennale et d'un cadre de réforme de la gestion des finances publiques 2026-2032 visant notamment la soutenabilité, la performance et la transparence de l'action publique.
Un programme électoral crédible doit donc expliquer comment ses engagements s'insèrent dans ces contraintes, sans créer un décalage excessif entre les promesses et les ressources effectivement mobilisables. En effet, le véritable test sera celui du passage du programme à l'exécution. Le Maroc n'a pas besoin uniquement de programmes qui énumèrent des objectifs, mais de contrats de politiques publiques, avec des priorités hiérarchisées, des budgets identifiés, des responsabilités clairement définies et des indicateurs de performance. La question que les citoyens devraient poser à chaque parti est donc simple : quel problème voulez-vous résoudre, avec quels moyens, dans quel délai et avec quel indicateur de résultat. De ce fait, la pertinence d'un programme se mesure à la justesse de son diagnostic, à sa crédibilité, à la solidité de son financement et de son dispositif de mise en œuvre, ainsi que sa valeur politique et aux résultats effectivement obtenus. C'est à cette aune que les électeurs devraient comparer les programmes, et non au nombre de promesses qu'ils contiennent.
F. N. H. : Le RNI et le PAM avancent notamment l’objectif d’un SMIG à 5.000 DH. Cette proposition est-elle économiquement faisable dans le contexte actuel ?
Y. G. F. : Porter le SMIG à 5.000 DH est économiquement envisageable, mais pas comme une simple décision administrative. C’est une réforme qui doit être accompagnée par des gains de productivité, une trajectoire progressive répartie dans le temps, et des mesures ciblées en faveur des entreprises les plus exposées. En effet, les business plans des investisseurs et groupes basés actuellement au Maroc sont établis sur le présent SMIG. Il faut donc vérifier l’impact réellement sur le climat des affaires et la compétitivité du tissu économique. S’agissant du SMIG non agricole, il est fixé à 17,92 DH de l’heure depuis janvier 2026. Sur la base de 208 heures mensuelles, cela représente environ 3.727 DH par mois, avant cotisations et autres éléments de rémunération.
L’objectif de 5.000 DH correspondrait donc à une hausse d'environ 34% du salaire minimum brut mensuel par rapport à ce niveau. Il faut également distinguer le SMIG du salaire minimum net dans la fonction publique. Le passage à 4.500 DH concerne le minimum net du secteur public et ne constitue pas le SMIG du secteur privé. Le sujet devient donc celui de l'absorption de cette hausse par l'économie réelle. Une augmentation du salaire minimum améliore naturellement le revenu des salariés concernés et peut soutenir la consommation intérieure. Mais elle augmente simultanément le coût salarial des entreprises, particulièrement dans les activités à faible productivité et à forte intensité de main-d'œuvre telles que le textile, la restauration, le commerce et certaines activités de services. Or, une étude de Bank Al-Maghrib consacrée spécifiquement au SMIG au Maroc montre qu'une hausse nominale de 5% du SMIG produit, dans son modèle, une hausse cumulée de 1,24% du salaire réel, mais s'accompagne également d'une accélération estimée du chômage urbain de 2,9%, partiellement compensée par des gains de productivité. Il faut évidemment considérer ces résultats comme des estimations de modèle et non comme une prédiction mécanique d'une hausse de 34%. Le contexte macroéconomique offre néanmoins une fenêtre de possibilité.
La Banque mondiale estime la croissance marocaine à 4,9% en 2025 et prévoit 4,2% en 2026, tandis que l'inflation est revenue à un niveau très faible. Mais elle souligne parallèlement que le principal enjeu structurel demeure la productivité et la sous-utilisation de la main-d'œuvre, estimée à 22,5%. Autrement dit, le Maroc peut augmenter les salaires, mais il doit simultanément augmenter la valeur ajoutée produite par heure travaillée. Dans cet ordre d’idées, il serait économiquement plus solide de prévoir des étapes, par exemple, conditionnées à l'évolution de la productivité, de l'inflation, de la croissance et de l'emploi, plutôt que de décréter immédiatement une hausse de plus de 30%. Il faudrait également accompagner les TPME par des mesures temporaires telles que la baisse ciblée du coût des charges sur les bas salaires, le soutien à la digitalisation et à l'investissement productif, l’amélioration de l'accès au financement et incitations à la formalisation.
F. N. H. : Le RNI promet la création d’un million d’emplois et vise un taux de chômage inférieur à 9%. Ces objectifs vous paraissentils réalistes au regard de la situation actuelle du marché du travail ?
Y. G. F. : L’objectif du RNI de créer un million d’emplois à l’horizon 2030 est ambitieux, mais il n’est pas, en soi, irréaliste. Il faut cependant le mettre en perspective avec la dynamique actuelle du marché du travail. En 2025, l’économie marocaine a créé 193.000 emplois, tandis que le chômage s’établissait encore à 13%, avec 1,62 million de chômeurs. Le défi est donc de changer d’échelle et surtout de créer davantage d’emplois nets et durables. Nous avons besoin d’une véritable dynamique économique qui nous permet de créer au moins 250.000 emplois nets par année budgétaire, c’està-dire un chiffre émanant à la fois des créations et destructions de postes. La difficulté est encore plus importante lorsqu’on regarde la structure du chômage. Au-delà du taux global, le chômage touche particulièrement les jeunes, les femmes et les diplômés.
La nouvelle enquête du HCP pour 2026 confirme par ailleurs une faible participation des femmes au marché du travail. Au deuxième trimestre 2026, elles ne représentaient que 21,5% de la main-d’œuvre, avec un taux de participation de seulement 18,1% contre 66,5% pour les hommes. Cela montre que le problème marocain n’est pas uniquement de créer des emplois, mais aussi d’augmenter l’offre de travail et l’insertion des catégories aujourd’hui éloignées du marché. Quant à l’objectif d’un taux de chômage inférieur à 9%, il me paraît beaucoup plus exigeant. Passer d’un niveau actuel supérieur à 10% à moins de 9% suppose non seulement de créer un million d’emplois, mais de créer suffisamment d’emplois nets pour absorber simultanément l’arrivée de nouveaux actifs sur le marché du travail. Cela nécessite une croissance fortement créatrice d’emplois, une accélération de l’investissement productif, une politique industrielle davantage orientée vers l’emploi, ainsi qu’un meilleur alignement entre les compétences produites par le système de formation et les besoins des entreprises. Je dirais donc que le million d’emplois est un objectif atteignable sous conditions, tandis que le passage sous les 9% constitue un objectif nettement plus exigeant. La crédibilité du programme ne dépendra pas seulement du chiffre annoncé, mais des mécanismes permettant de l’atteindre tels que les secteurs productifs à cibler, la part des jeunes et des femmes, la contribution des TPME et de l’industrie, et les indicateurs qui permettront de mesurer les résultats chaque année. C’est à ce niveau là que se fera la différence entre l’ambition électorale et une véritable politique nationale de l’emploi.
F. N. H. : Les programmes électoraux sont-ils suffisamment précis sur les moyens financiers nécessaires pour transformer ces engagements en politiques publiques ?
Y. G. F. : À mon sens, c’est précisément sur ce point que se situe l’une des principales limites des programmes électoraux. Plusieurs formations avancent des engagements chiffrés et des enveloppes financières importantes, mais la question essentielle reste celle de leur financement effectif. C’està-dire quelles ressources supplémentaires seront mobilisées, quelles dépenses seront redéployées et quel sera l’impact sur le déficit et la dette public. Un programme crédible ne peut pas seulement annoncer ce qu’il veut faire, mais il doit également démontrer avec quelles ressources il compte le faire.
Il faut toutefois reconnaître que certains programmes commencent à intégrer davantage cette dimension en annonçant des enveloppes globales, des priorités sectorielles et des mécanismes de mise en œuvre. Mais une enveloppe financière n’est pas encore un plan de financement. La véritable exigence consiste à préciser le coût de chaque engagement, sa source de financement, son calendrier d’exécution et ses indicateurs de résultats. C’est cette articulation entre objectifs, moyens et résultats qui permettent de distinguer une promesse électorale d’une véritable politique publique. À mon sens, les électeurs doivent donc dépasser la logique du combien promet-on, pour poser une question beaucoup plus importante qui est combien cela coûtera-t-il, qui le financera et quels résultats pouvons-nous attendre. Dans un contexte où les besoins sociaux sont considérables et où les marges budgétaires restent nécessairement limitées, la crédibilité d’un programme se mesure moins au volume des annonces qu’à la solidité de son modèle économique et financier. C’est cette discipline qui doit transformer les programmes électoraux en véritables contrats de performance publique.
F. N. H. : Une partie importante de la jeune génération semble éloignée du processus électoral. Que révèle cette abstention sur le rapport des jeunes à la politique et aux politiques publiques? Et quelles conséquences cette désaffection peut-elle avoir sur la prise en compte de leurs priorités socioéconomiques ?
Y. G. F. : L’éloignement d’une partie de la jeunesse du processus électoral traduit moins un désintérêt pour la chose publique qu’une crise de confiance dans la capacité de la politique à produire des réponses concrètes. Pour beaucoup de jeunes, la question n’est pas seulement de savoir qui gouverne, mais ce que l’action publique change réellement dans leur quotidien. L’accès au premier emploi, le niveau des revenus, le logement, la qualité de l’enseignement, la mobilité sociale et perspective d’avenir, autant de questions qui se posent. Par conséquent, lorsque ces attentes restent durablement insatisfaites, la distance avec les institutions et les partis tend naturellement à s’accroître. Cette désaffection comporte néanmoins un risque majeur, plus les jeunes participent peu au vote moins leurs priorités pèsent dans la compétition politique.
Or, ils sont précisément au cœur des grands défis économiques et sociaux du Maroc, à savoir l’insertion professionnelle, le chômage des diplômés, le développement des compétences, l’entrepreneuriat, l’accès au logement et la réduction des inégalités territoriales. L’abstention peut donc créer un paradoxe, c’est celui d’une génération qui représente une force considérable pour l’avenir du pays mais qui risque de voir ses préoccupations insuffisamment traduites dans les arbitrages publics. La réponse ne peut donc pas se limiter à appeler les jeunes à voter. Il faut surtout rétablir le lien entre participation électorale et efficacité des politiques publiques. Les partis doivent présenter des engagements mesurables, financés et assortis d’échéances, tandis que les pouvoirs publics doivent rendre compte des résultats obtenus. La jeunesse ne demande pas uniquement à être représentée, mais elle veut être convaincue que sa participation peut réellement contribuer à changer son avenir. C’est à cette condition que l’élection retrouvera sa fonction essentielle qui est de transformer les attentes de la société en choix publics et en résultats concrets.
F. N. H. : Le RNI, le PAM et l’Istiqlal forment aujourd’hui le trio de la majorité sortante. Ce trio vous paraît-il encore cohérent pour gouverner ensemble ou les rapports de force pourraient-ils évoluer à l’issue du scrutin ?
Y. G. F. : Le RNI, le PAM et l’Istiqlal ont démontré, au cours de la législature, qu’une coalition à trois était possible malgré des sensibilités et des cultures politiques différentes. Leur cohérence ne doit toutefois pas être appréciée uniquement à travers leur appartenance à la majorité sortante, mais surtout à travers leur capacité à partager une vision économique et sociale, des priorités communes et une méthode de gouvernement. Sur ce plan, les divergences apparues sur certains dossiers montrent qu’une coalition peut fonctionner institutionnellement tout en nécessitant davantage de cohérence programmatique. Le scrutin peut naturellement modifier les rapports de force entre ces trois formations. La question déterminante sera moins de savoir qui arrivera premier que de savoir avec quelle force politique chacun sortira des urnes et quelle majorité parlementaire pourra être constituée.
Une progression ou un recul significatif de l’un des trois partis pourrait donc modifier l’équilibre interne de la future coalition, voire élargir le champ des alliances. Il serait cependant prématuré de dessiner aujourd’hui une configuration précise, parce que celle-ci dépendra directement des résultats électoraux et des équilibres issus du Parlement. À mon sens, le véritable enjeu pour la prochaine majorité sera donc de dépasser la simple logique arithmétique des alliances. Le Maroc a besoin d’une majorité cohérente autour d’un contrat gouvernemental clair, notamment sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’investissement, la compétitivité et la protection sociale. La prochaine coalition devra être jugée moins sur sa composition que sur sa capacité à transformer les engagements électoraux en politiques publiques financées, coordonnées et évaluables. C’est cette capacité de cohérence et de résultat qui donnera sa véritable légitimité à la future majorité.
F. N. H. : Le paysage électoral pourrait être plus fragmenté qu’il n’y paraît. Des formations comme le PSU ou la FGD peuvent-elles imposer d’autres priorités économiques et sociales dans le prochain Parlement ?
Y. G. F. : Effectivement, des formations comme le PSU ou la FGD peuvent contribuer à faire émerger d’autres priorités dans le débat parlementaire, même avec une représentation limitée. Leur influence ne se mesure pas uniquement au nombre de sièges, mais aussi à leur capacité à porter des sujets parfois moins présents dans les programmes des grandes formations, tels que la réduction des inégalités, la justice fiscale, le renforcement des services publics, la protection du pouvoir d’achat, des droits sociaux, ainsi que le rééquilibrage territorial. Une démocratie parlementaire se nourrit aussi de cette pluralité des visions économiques et sociales. La fragmentation peut ainsi avoir un effet positif si elle conduit à enrichir le débat sur les politiques publiques et à obliger les principales forces politiques à préciser leurs choix.
Sur l’emploi, par exemple, le débat ne devrait pas se limiter au nombre de postes à créer, mais porter également sur la qualité des emplois, les salaires, la productivité, la protection sociale et l’accès des jeunes et des femmes au marché du travail. De même, sur la fiscalité ou les services publics, l’existence de sensibilités différentes peut pousser le Parlement à examiner plus attentivement les effets distributifs des politiques proposées. Mais pour peser réellement sur l’action publique, ces formations devront transformer leurs positions en propositions législatives crédibles, chiffrées et opérationnelles. L’enjeu du prochain Parlement ne sera donc pas seulement sa composition, mais sa capacité à faire de la pluralité politique un véritable débat sur les choix économiques et sociaux du Maroc. À mes yeux, une démocratie parlementaire forte est celle où la majorité gouverne, mais où les différentes sensibilités disposent d’une capacité réelle de proposition, de contrôle et d’évaluation des politiques publiques.
F. N. H. : Le retour du PJD dans le jeu électoral peutil modifier les rapports de force ? Que pensez-vous de son programme économique et social et dispose-t-il de cartes à jouer ?
Y. G. F. : Le retour du PJD peut réellement modifier les rapports de force, mais probablement davantage par sa capacité à capter un vote de mécontentement et à remobiliser un électorat structuré que par la seule force de son programme économique. Son expérience gouvernementale constitue à la fois un atout puisqu’elle lui donne une connaissance concrète de l’État et des contraintes budgétaires, mais éventuellement une faiblesse puisqu’elle l’oblige à assumer un bilan et à répondre aux attentes d’un électorat qui a évolué. Sur le plan économique et social, le PJD dispose de cartes importantes telles que le pouvoir d’achat, la justice sociale, la lutte contre la rente, la moralisation de la vie publique, la réduction des inégalités et l’efficacité de l’action publique. Ce sont des sujets qui peuvent rencontrer une forte demande sociale.
Mais le véritable enjeu sera de transformer ces orientations en propositions chiffrées, financées et opérationnelles. Dans le Maroc d’aujourd’hui, un programme ne peut plus se limiter à dénoncer les dysfonctionnements, mais il doit démontrer comment créer davantage d’emplois, soutenir l’investissement privé, renforcer les TPME, améliorer les services publics et préserver les équilibres budgétaires. À mon sens, le PJD a donc des cartes à jouer, mais elles ne sont pas automatiquement gagnantes. Son principal défi sera de démontrer qu’il est capable de proposer une nouvelle offre politique, adaptée aux transformations économiques et sociales du Maroc, plutôt que de capitaliser uniquement sur son passé électoral. La question centrale sera finalement est-ce que le PJD peut-il transformer le mécontentement en projet crédible de gouvernement. C’est sur cette capacité de renouvellement, plus que sur son simple retour électoral, que se jouera son poids dans les futurs rapports de force.
F. N. H. : Quel indicateur faudrait-il retenir en priorité pour juger de la solidité économique d’un programme électoral ?
Y. G. F. : Pour juger la solidité économique d’un programme électoral, je retiendrais en priorité sa crédibilité financière et son impact sur la création de richesse et d’emplois. Un programme sérieux doit permettre de répondre à trois questions simples, à savoir combien coûtent les engagements annoncés, comment seront-ils financés et quels résultats économiques permettront-ils de générer. Il faut donc dépasser la logique des promesses pour examiner leur cohérence avec les ressources budgétaires, la trajectoire du déficit et de la dette, ainsi qu’avec les capacités réelles de l’économie marocaine. La crédibilité d’un programme se mesure moins à l’ampleur des dépenses annoncées qu’à la capacité de transformer ces dépenses en investissement, en productivité, en compétitivité et en emplois durables. Mais il faut également regarder la qualité de la croissance proposée.
Un programme peut être financièrement équilibré tout en restant économiquement insuffisant s’il ne s’attaque pas aux véritables contraintes structurelles, telles que la faible création d’emploi, la compétitivité des entreprises, le développement des TPME, l’industrialisation, le capital humain et les disparités territoriales. À mon sens, le meilleur indicateur synthétique est donc la capacité du programme à créer davantage de valeur et d’emplois sans fragiliser les équilibres macroéconomiques. C’est cette double exigence «croissance inclusive et soutenabilité financière» qui doit permettre aux citoyens de distinguer un véritable projet économique d’un simple catalogue de promesses.