Développement durable

Tous les articles

Législatives 2026 : les partis marocains ont tout promis, sauf l'essentiel

Législatives 2026 : les partis marocains ont tout promis, sauf l'essentiel

Dans moins d’une semaine, les Marocains seront appelés à choisir les 395 députés qui formeront le prochain gouvernement. Un gouvernement qui héritera, dès son premier jour, d'un agenda climatique et industriel non négociable: réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45,5% d'ici 2030, engagement que le Maroc vient de confirmer à la communauté internationale dans sa CDN 3.0 soumise en septembre 2025, tenir un mix électrique renouvelable à 52% à la même échéance, et surtout, préparer l'industrie exportatrice marocaine à la première déclaration MACF portant sur ses émissions 2026, à déposer le 30 septembre 2027.

Ces engagements ne sont pas des vœux pieux. Ce sont des obligations contractées au nom du Royaume, qui engagent l'économie nationale, la compétitivité de ses exportateurs et la crédibilité internationale du pays. Sept partis politiques ont présenté leurs programmes aux électeurs. Cherchez le MACF dans ces programmes. Vous ne le trouverez pas.

 

Ce que le prochain gouvernement devra faire, qu'il le veuille ou non

Avant même d'ouvrir un seul programme électoral, rappelons ce que le contexte impose au futur gouvernement, indépendamment de sa couleur politique. Le Maroc a pris, sur la scène internationale, des engagements climatiques progressivement renforcés : -42% d'émissions de GES à l'horizon 2030 dans la CDN 2.0, portés à -45,5% dans la CDN 3.0 soumise en septembre 2025, dont 20% sur ressources nationales propres et 25,5% conditionnés à un soutien international. Ces chiffres ne sont pas symboliques : ils s'inscrivent dans le cadre de l'Accord de Paris et sont examinés par les partenaires commerciaux et financiers du Royaume.

Sur le terrain, nos articles précédents dans ces colonnes ont documenté l'écart entre cet engagement et la réalité : les énergies renouvelables représentent 92,8% de la production brute d'énergie générée localement, mais seulement 11,6% de l'énergie nette consommée par le pays. La transition énergétique marocaine reste électro-centrée, pendant que le bâtiment, les transports et l'industrie - les vrais gouffres énergétiques - continuent de fonctionner largement aux hydrocarbures fossiles. Et le calendrier, lui, n'attend pas.

Le MACF européen est entré dans son régime définitif en janvier 2026. Pour le ciment, l'acier, l'aluminium et les engrais marocains exportés vers l'Union européenne, la contrainte est désormais opérationnelle. La première déclaration portant sur les émissions 2026 sera à déposer le 30 septembre 2027, soit dans un an. Une entreprise marocaine qui arrivera à cette échéance sans facteurs d'émission certifiés se verra appliquer les valeurs par défaut européennes, punitives par construction, avec un surcoût estimé entre 20% et 30% sur ses exportations vers l'UE. C'est dans ce contexte que sept formations politiques ont présenté leur vision pour gouverner le Maroc de 2026 à 2031.

Ce que les partis en disent, et ce qu'ils taisent

Soyons honnêtes : la transition énergétique n'est pas totalement absente des programmes. Mais la manière dont elle y figure est, à elle seule, révélatrice. Le PAM est le parti qui va le plus loin dans la formulation : son programme évoque l'accélération de la transition vers la décarbonation, avec un objectif de porter les énergies renouvelables à 52% de la consommation électrique globale, et reconnaît explicitement que l'empreinte carbone est devenue «un marqueur essentiel» pour les marchés à l'export. C'est, de loin, la formulation la plus proche de la réalité économique. Mais ce volet est inclus dans un quatrième «pacte» consacré aux «menaces géopolitiques, technologiques et climatiques», mis sur le même plan que la cybersécurité, et doté d'une enveloppe de 50 milliards de dirhams qui couvre l'ensemble de ces menaces.

Le MACF n'est pas mentionné, ni la part de cette enveloppe qui serait consacrée à la décarbonation. Le PPS présente le programme le plus chiffré sur l'énergie : 55% d'énergies renouvelables dans le mix électrique, réduction de la dépendance énergétique extérieure de 90% à 80%, 40 milliards de dirhams dédiés à ces priorités. C'est sérieux. Mais là encore, la logique est celle de la sécurité d'approvisionnement et de l'indépendance nationale, pas celle de la décarbonation industrielle ni de la compétitivité carbone à l'export.

Le MACF, toujours absent. Le PJD évoque les renouvelables, l'autoproduction et l'efficacité énergétique, mais dans une logique de «sécurisation des ressources stratégiques» et de «réduction des dépendances». Le cœur du programme reste l'emploi des jeunes, avec plus de 1,6 million de chômeurs comme marqueur central. Cohérent avec une formation d'opposition qui cible l'électorat le plus défavorisé, mais muet sur les enjeux industriels. Le RNI, parti du chef du gouvernement sortant, place l'énergie dans un registre de services publics - eau, énergie, éducation, santé - sans dimension climatique ou industrielle explicite.

L'Istiqlal, de son côté, articule son programme autour de cinq engagements centrés sur la justice territoriale et l'État social. Le climat y est une toile de fond, pas un chantier. La conclusion s'impose d'elle-même. Pendant que les partis se livrent à une surenchère sur l'emploi - le million de postes est devenu, comme l'observe l'éditorialiste Zouhair Yata dans La nouvelle Tribune, «la mise minimale pour être pris au sérieux» -, personne ne parle du MACF. Personne ne propose de taxe carbone nationale. Personne n'évoque la nécessité de doter les PME exportatrices d'un système MRV crédible avant septembre 2027. Personne ne s'engage sur une date de sortie du charbon. L'agenda climatique le plus urgent et le plus concret que le Maroc ait à gérer dans les cinq prochaines années est, dans ces programmes, soit absent, soit noyé dans des formulations si générales qu'elles n'engagent à rien de mesurable.

Pourquoi ce silence, et à qui la faute

La réponse commode serait d'incriminer les partis politiques. Elle serait injuste, ou du moins incomplète. Un programme électoral est, par construction, une réponse à ce que les électeurs demandent. Et ce que les électeurs marocains demandent, c'est du pouvoir d'achat, de l'emploi, des services publics dignes. Pas du MACF. Pas des facteurs d'émission certifiés. Pas de taxonomie verte. Ces préoccupations sont légitimes, urgentes, et elles reflètent fidèlement le quotidien de millions de Marocains. Le problème n'est pas que les partis les entendent; c'est qu'ils n'entendent qu'elles. Mais pourquoi les citoyens marocains ne demandent-ils pas davantage sur le climat ?

La réponse tient en trois causes imbriquées :

• La première est l'absence d'éducation climatique structurée - que nous avons documentée dans notre article précédent. Un citoyen qui n'a jamais appris à l'école ce qu'est une empreinte carbone, ce que coûte une tonne de CO2 à la frontière européenne, ou pourquoi la centrale solaire visible de sa fenêtre ne couvre qu'une fraction des besoins énergétiques de son pays, ne peut pas formuler d'exigence électorale sur ces sujets. On ne vote pas pour ce qu'on ne comprend pas.

• La deuxième est la faiblesse de la société civile environnementale au Maroc. Les associations citoyennes, les ONG climatiques, les think tanks indépendants sur l'énergie - ceux qui, dans d'autres démocraties, pèsent sur les agendas électoraux, publient des analyses comparatives des programmes, interpellent les candidats publiquement - sont trop peu nombreux, trop peu dotés et trop peu audibles pour peser sur une campagne dominée par les grands médias et les réseaux de notabilité.

• La troisième - et c'est peut-être la plus profonde - est ce court-termisme structurel que les partis partagent avec leurs électeurs, et qui s'auto-entretient. Un électeur dont l'horizon est le mois prochain votera pour celui qui lui promet un million d'emplois.

Un parti dont l'horizon est le scrutin du 23 septembre promettra exactement ce que cet électeur demande. La transition énergétique, elle, engage le pays sur vingt ans. Elle demande un investissement présent pour un bénéfice futur. Elle réclame une vision longue que le cycle électoral, par nature, ne favorise pas.

Le Costa Rica offre, sur ce point, une leçon que le Maroc ferait bien de méditer. Pays à niveau de développement comparable au nôtre, il produit aujourd'hui 99% de son électricité à partir de sources renouvelables. Ce résultat n'est pas tombé du ciel. Il est le fruit d'une culture environnementale construite sur plusieurs générations, ancrée dans l'éducation depuis les années 1980, et portée par une société civile qui a su, décennie après décennie, maintenir le climat et la biodiversité au cœur du débat politique, indépendamment du parti au pouvoir. Au Costa Rica, les partis parlent de transition énergétique parce que les citoyens l'exigent.

Au Maroc, ils n'en parlent pas - ou à peine - parce que personne, pour l'instant, ne le leur demande vraiment. Ce n'est pas une fatalité. Mais c'est un choix collectif dont le coût se mesurera, dans environ un an, en tonnes de CO2 non déclarées et en surcoûts carbone absorbés par une industrie exportatrice qu'aucun programme électoral n'a vraiment préparée à cette échéance. 

 

* Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition énergétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».

 

Articles qui pourraient vous intéresser

Samedi 19 Septembre 2026

Crise migratoire de Sebta : «Les relations maroco-espagnoles sont condamnées à un retour à la normale»

Samedi 19 Septembre 2026

Maroc Météo : averses orageuses, temps chaud et rafales de vent, de samedi à dimanche, dans plusieurs provinces

Vendredi 18 Septembre 2026

Lecture de certaines dispositions de l’article 25 de la loi régissant la profession d’avocat

Vendredi 18 Septembre 2026

Services publics : le Maroc lance une nouvelle version du portail Idarati

L’Actu en continu

Hors-séries & Spéciaux