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Marché des capitaux: pourquoi la Bourse monte

Marché des capitaux: pourquoi la Bourse monte

Après une année 2023 finalement porteuse, le marché actions connait un début d’année en fanfare. Avec déjà plus de 5,2% de gain au compteur, le marché dépasse ses plus hauts absolus de 2023. La Bourse profite d’une conjonction d’éléments favorables pour continuer de grimper. Explications.

 

Par Y. Seddik

Peu nombreux sont ceux qui auraient anticipé un démarrage aussi vigoureux de la Bourse cette année. À une semaine de la clôture du mois janvier, le marché affiche déjà un gain de 5,2% au compteur et dépasse à ce niveau ses plus hauts absolus de 2023, laissant entrevoir une poursuite haussière. Du moins pour le moment. Ce premier mois de l’année est traditionnellement tactique pour les gérants de fonds. Ils y réalignent leurs stratégies, réévaluent leurs allocations et prennent des positions stratégiques en prévision des annonces de croissance des bénéfices et de dividendes, prévues entre mars et avril.

Et statistiquement, le mois de janvier influence souvent la trajectoire des marchés pour le reste de l'année. Sur une période d’observation de 20 ans (2003-2023), il apparaît que sur les 15 années où le mois de janvier a connu une évolution positive, 10 se sont soldés par une performance globalement positive pour l'ensemble de l'année. De manière additionnelle, sur ces 15 années, les 11 premiers trimestres ont également affiché des résultats positifs. Au-delà des statistiques, parfois sujettes à des fluctuations imprévisibles, la question est de savoir quels sont les catalyseurs qui alimentent cette dynamique. De plus, il convient de se demander si ces facteurs seront suffisants pour soutenir et prolonger cette tendance positive.

Pourquoi ça grimpe ?

Les catalyseurs de cette dynamique sont nombreux. Mais c'est bien le mouvement de désinflation qui tire les marchés vers le haut depuis l’année dernière et qui redonne de la vigueur à la Bourse en ce début d’année. En décembre, l’inflation est descendue à 3,4%, soit un plus bas de 2 ans. Celle-ci devrait revenir en dessous de la barre des 3% en 2024 et 2025, conformément aux attentes de Bank Al-Maghrib. Une anticipation qui marque une rupture par rapport aux deux années précédentes, au cours desquelles les Banques centrales ont pris des mesures de resserrement monétaire exceptionnelles pour contrer l'inflation.

Ces politiques restrictives ont eu un impact négatif sur le marché boursier, mais la perspective d'un retour à une inflation modérée suscite désormais l'optimisme parmi les investisseurs. Car si la hausse du taux directeur de BAM s’est arrêtée depuis plusieurs mois, investisseurs, gérants et analystes se demandent désormais quand la baisse va arriver. Dès le début de l’année ? D’ici au deuxième semestre ? Voire pas avant 2025 ? Personne ne s’accorde à donner la même réponse pour le moment. Un autre élément de confiance réside dans le fait que le taux d'intérêt réel, ajusté de l'inflation, devrait devenir positif en 2024, une première depuis fin 2021. Cette situation signifie que les rendements réels sur les investissements pourraient devenir plus attrayants, ce qui pourrait inciter les investisseurs à se tourner davantage vers le marché boursier à la recherche de rendements plus élevés.

Accalmie sur l’obligataire

En ce début d'année, le marché des taux affiche une certaine accalmie, tant du côté des échéances courtes que longues, avec notamment une baisse des exigences de rentabilité des investisseurs. À une semaine de la clôture du mois de janvier 2023, les levées du Trésor ont atteint 18,5 milliards de  DH contre un besoin annoncé pour le mois de janvier de 14,3 milliards de DH, soit un taux de réalisation de 130%. Aussi, au vu des placements importants du Trésor sur le marché monétaire, soit 25 Mds de DH en moyenne au cours de cette semaine, ainsi qu’une maîtrise des tombées du Trésor durant l’année 2024 autour des 84 Mds de DH, contre 150 Mds de DH en 2023, les analystes écartent toute pression sur les taux primaires au cours du 1er trimestre 2024, ce qui est favorable aux actions. Le marché fait souvent référence à la baisse des taux qui plaide pour une plus grande exposition de l'épargne institutionnelle sur la poche actions où les rendements sont meilleurs.

Marges des entreprises cotées

Les investisseurs tablent également sur une amélioration des marges des sociétés cotées en 2023, ce qui appuie le marché dans sa progression. En effet, les analystes du courtier M.S.IN prévoient une amélioration de 15% des bénéfices agrégés de la cote en 2023. Cette amélioration est en grande partie attribuée à deux facteurs clés. D'abord, la dynamique positive dans le secteur bancaire, qui contribuerait de manière significative à la croissance des bénéfices. Ensuite, la fin de certaines charges non récurrentes, telles que celle

liée à la liquidation de l'astreinte imposée par l'ANRT d'une valeur de 2,45 milliards de DH qui avait pesé sur la capacité bénéficiaire de la cote casablancaise auparavant. Ceux de BMCE Capital Global Research s’attendent à une croissance de la capacité bénéficiaire de 13,7% à 29,3 Mds de DH en 2023, puis de 10,9% à 32,4 Mds de DH en 2024. Le mouvement haussier actuel ne peut s'expliquer que par ces trois facteurs. Les perspectives d'investissement liées aux prochaines échéances sportives sont également susceptibles de susciter une psychologie favorable parmi les investisseurs en actions. L'anticipation de retombées économiques positives provenant de ces événements sportifs suscite un intérêt accru pour les placements boursiers.

Les bons plans de 2024

Un peu plus de visibilité, mais une croissance qui restera modeste sur fond de sécheresse et stress hydrique. L'année 2024 ne sera pas forcément très flamboyante, mais des opportunités sont à saisir, notamment dans le sillage des annonces effectuées fin 2023, à savoir les échéances sportives (Coupe du monde 2030/CAN 2025), plan de reconstruction, signature de plusieurs accords de coopération avec les Émirats arabes unis… M.S.IN met dans sa watchlist des secteurs qui devraient connaître une reprise ou une poursuite haussière en 2024. Parmi eux, le BTP, le tourisme, les banques, l'événementiel, les transports et les télécommunications qui bénéficieront particulièrement de grands événements prévus au Maroc, tels que la Coupe d'Afrique des Nations 2025 et la Coupe du monde 2030. De plus, le secteur du BTP sera également dynamisé par un programme d’investissement massif dans la reconstruction des régions affectées par le séisme d'Al Haouz, avec un budget de 120 milliards de DH sur cinq ans.

Après une période de crise qui a longtemps perduré, le secteur immobilier est revenu sur le devant de la scène boursière en 2023, notamment avec le lancement du programme d'aide au logement. Les opérateurs reprennent des positions à l'achat en ce début d'année, et les flux se dirigent clairement vers ce secteur, agissant comme un catalyseur d'une tendance déjà bien établie. Au moment où nous mettons sous presse, le secteur affiche une hausse d'environ 25%, comparativement à 5% pour l'indice global. Du côté de BKGR, on propose une stratégie d’investissement en 2024 reposant sur l'établissement d'un équilibre entre la prudence et la prise de risque calculée. Tout d'abord, un socle solide constitué de valeurs affichant des fondamentaux robustes, une position concurrentielle forte, et/ou dotées d'une politique de rémunération des actionnaires stable et attrayante (Marsa Maroc, BCP, AtlantaSanad, Taqa Morocco, Attijariwafa bank, Ciments du Maroc…). L'objectif principal de cette composante est de sécuriser le capital investi tout en garantissant un niveau de rendement minimal. En complément, le portefeuille comprend une poche de titres ciblant des performances futures significatives. Cette portion est constituée de deux catégories distinctes : des valeurs de croissance présentant un potentiel de développement significatif, dépassant la moyenne du marché, grâce à des plans d'entreprise ambitieux et des marchés porteurs à l’image de HPS, et des valeurs «Value», actuellement sous-estimées mais affichant un potentiel de reprise substantiel à exploiter (Akdital, TGCC, SNEP, Aradei et Maroc Telecom).

Des grandes tendances à garder en tête

La décélération des tensions inflationnistes en 2023 devrait favoriser la croissance des secteurs non-financiers, avec une reprise attendue de la demande à partir du second semestre 2024 grâce au démarrage de grands projets d'investissement au Maroc, précise Attijari Global Research. Cependant, l'année 2023 prévoit un recul de la masse bénéficiaire des secteurs non-financiers de 8%, principalement attribuable aux contreperformances des secteurs tels que les mines (-45%), l'énergie (-29%), le BTP (-17%), l'agroalimentaire (-12%) et l'automobile (-53%). En 2024, on s'attend à un retour aux niveaux de bénéfices de 2022 pour ces secteurs. Bien que les secteurs non-financiers maintiennent des niveaux de valorisation relativement élevés, avec un P/E 2024 dépassant les 23x pour des secteurs comme le port, le ciment, l'agroalimentaire, l'énergie, le technologique et l'immobilier, le marché semble déjà avoir intégré le potentiel de croissance à moyen terme de ces secteurs.

En revanche, le secteur bancaire se distingue par une croissance bénéficiaire deux fois plus élevée que celle du marché entre 2023 et 2024 (14,6% par an contre 6,4%). De plus, le P/E 2024 des banques à 14x offre une décote de 29% par rapport à celui de l'AGR-30, suggérant un attrait potentiel pour les investisseurs. Au final, force est de constater que dans le sillage de l'importante performance enregistrée sur le dernier semestre, le niveau de valorisation des sociétés cotées est devenu moins attractif que celui affiché en 2023 et le potentiel de croissance, évalué par BKGR, est modéré, compris entre 5 et 10%. Toutefois, si la réserve de reprise a été partiellement consommée, une marge de croissance additionnelle demeure encore disponible même si l'arbitrage demeure en faveur du marché obligataire. L'augmentation de l'appétence des investisseurs pour le risque devrait jouer à l'avantage du marché actions en 2024, avec une campagne agricole médiocre comme seul vrai risque visible à l'horizon. À suivre. 

 

 

 

 

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