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La disruption mobilise les assureurs à Casablanca

La disruption mobilise les assureurs à Casablanca

 

- Les compagnies ne doivent pas craindre l’irruption des insurtechs, mais plutôt bâtir avec eux des partenariats win-win.

- Au Maroc, les innovations de rupture seraient d’un précieux apport pour favoriser l’assurance inclusive.

- Outre le défi de la règlementation, celui des ressources humaines est capital.

 

 

Le coup d’envoi du Rendez-vous de Casablanca de l'assurance a été donné ce mercredi, en présence de nombreux experts nationaux et internationaux venus de 36 pays dans le monde, dont 25 pays africains. Pour sa cinquième édition qui met à l’honneur la Tanzanie, ce rendez-vous désormais incontournable du secteur des assurances sur le continent a choisi de se focaliser et d’alimenter la réflexion sur «Le» sujet du moment, qui préoccupe les compagnies : la disruption en assurance.

En effet, au niveau mondial, les innovations de rupture (Internet des objets, big data, intelligence artificielle, blockchain, chat bot, etc.) soumettent les entreprises d’assurances à des transformations fortes, que ce soit en matière de businessmodel, de tarification, de distribution, de relation client ou encore dans la façon de concevoir des produits.

De ce point de vue, le secteur des assurances est l’un des marchés les plus propices à l’émergence de ces innovations de rupture.

«La disruption est un sujet fondamental qui conditionne l’avenir de nos organisations. Les innovations de rupture apportent au client des bénéfices nettement supérieurs à un coût nettement inférieur, ce qui nous impose de revoir nos modèles de couverture et de tarification», souligne d’emblée Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR), organisatrice de l’évènement.

Pour lui, ces innovations de rupture ne constituent pas cependant une menace pour la pérennité du secteur. Au contraire, il y voit une opportunité pour cette industrie qui serait encore promise à un bel avenir tant qu’il y aura des besoins de couverture.

«L’exemple de l’Afrique subsaharienne montre que l’on peut faire de l’assurance différemment», souligne-t-il. Dans certains pays d’Afrique comme le Kenya, les assurés interagissent avec leur assureur, de la souscription à l'indemnisation, exclusivement au moyen de leurs téléphones.

Dans le même sillage, le président de la FMSAR invite les assureurs à ne pas craindre l’irruption des insurtechs, mais plutôt à bâtir avec eux des partenariats win-win. D’ailleurs, les compagnies «classiques» investissent de plus en plus dans les innovations de rupture, rachètent des fintechs, concluent des partenariats et créent leur propres incubateurs…, n’a pas manqué de rappeler Hassan Boubrik, président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale. Les insurtechs parviennent par ailleurs à lever de plus en plus de fonds et à trouver des capitaux (+36% en 2017), selon un rapport de Willis Towers Watson. Certaines insurtechs se positionnent sur toute la chaîne de valeur.

C’est la preuve que les outils numériques sont capables de faire tomber certaines barrières à l’entrée des secteurs les plus régulés.

 

Inclusion financière, réglementation et mentalités

 

Du côté du ministère des Finances, on assure suivre de près les transformations à l’œuvre dans le secteur des assurances. Le département de tutelle voit le digital et les fintechs comme des outils susceptibles de combler le gap de marché, en permettant à des segments entiers de la population et d’entreprises d’accéder aux services financiers en général, et d’assurance en particulier, dont ils étaient jusque-là dépourvus.

L’assurance inclusive est d’ailleurs au cœur de la stratégie nationale d’inclusion financière qui sera bientôt mise en place.

La révolution digitale pourrait également être d’un précieux apport dans la gestion des sinistres, notamment en matière de couverture contre les catastrophes naturelles, grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle, des objets connectés, des drones, satellites, etc.

Les entreprises marocaines d’assurances sont en réalité déjà résolument engagées dans de grands chantiers digitaux, essentiellement pour améliorer la gestion de la relation et des services aux assurés. Un gros travail devra encore être fait au niveau réglementaire pour s’adapter à cette nouvelle donne.

«Nous devons ouvrir la réglementation et permettre l’émergence d’autres canaux de distribution», indique H. Boubrik.

Car la révolution digitale et l’arrivée de nouveaux acteurs posent un défi de taille aux régulateurs du secteur des assurances. L’un des challenges majeurs concerne les cyber-risques, qui constituent l’une des menaces les plus importantes au secteur financier. L’adaptation du cadre réglementaire à ces changements profonds et rapides n’est pas si évidente. Selon Inga Beale, PDG de Lloyd’s, géant anglais de l’assurance, les régulateurs peinent à suivre le rythme infernal imposé par la transformation digitale.

Mais le défi le plus important, selon elle, réside dans la capacité à faire évoluer la mentalité des ressources humaines pour affronter le changement.

«La technologie n’est pas le challenge. Le challenge, c’est faire en sorte que toutes les ressources humaines adoptent ces technologies, et les convaincre d’avoir le courage de changer leur façon de travailler», souligne-telle.

Inga Beale sait de quoi elle parle, elle qui dirige une compagnie vieille de plus de 230 ans, «avec une tradition bien ancrée». Comme elle le dit si bien, «le défi numéro un, c’est de gagner la bataille des cœurs et des esprits». ■

 

 

 

A. E

 

 

 

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