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Changement climatique: une urgence financière

Changement climatique: une urgence financière

S’engager pour une finance verte, accompagner la transition énergétique, prendre en compte les nouveaux risques liés au réchauffement et aux aléas climatiques…, ces priorités s’ajoutent désormais à l’agenda - déjà très chargé des établissements financiers marocains.

 

Par Y. Seddik

Dans un rapport aux chiffres chocs publié en novembre 2022, la Banque mondiale évalue l'impact potentiel des risques climatiques sur le secteur bancaire marocain, sur la base des résultats d'une évaluation de vulnérabilité menée conjointement avec Bank Al-Maghrib. En effet, les risques liés au climat peuvent être regroupés en deux catégories : les risques climatiques dits physiques, qui sont des risques financiers découlant des impacts graduels et des chocs liés au changement climatique (principalement les sécheresses et les inondations, dans le cas du Maroc). Et les risques de transition climatique, qui sont des risques financiers pouvant résulter de la transition vers une économie à faible émission de carbone, par exemple résultant de changements de politique liée au climat, de technologie ou des préférences du marché. 

Le cas du Maroc Les risques physiques liés aux sécheresses et aux inondations peuvent avoir des impacts directs et indirects sur les bilans des banques. Au-delà de leur impact direct sur les agriculteurs et les éleveurs, les sécheresses peuvent affecter d’autres activités économiques par l’intermédiaire des liens de la chaîne d’approvisionnement, notamment dans l’industrie agroalimentaire. Les inondations peuvent perturber les infrastructures clés, générant ainsi des pertes de revenus pour des secteurs tels que le transport, le tourisme ou l’agriculture.  En conséquence, ces chocs touchés directement les biens immobiliers et les actifs des entreprises, la richesse des ménages, les bénéfices et les revenus, et peuvent ainsi réduire la capacité des emprunteurs à assurer le service de leur dette, augmentant ainsi le stock de prêts non performants, qui est déjà relativement important (environ 8,5% du crédit) dans l’environnement post-Covid.

En outre, les aléas climatiques peuvent avoir des effets indirects en cascade sur les banques du fait de leurs répercussions socioéconomiques et macroéconomiques, ce qui peut entraîner un nouveau durcissement des conditions financières. Par exemple, indique la Banque mondiale, une augmentation des dépenses publiques liée à un effort de reconstruction pourrait entraîner une détérioration du risque souverain, conduisant finalement à une augmentation des taux d’intérêt et à des pertes sur les avoirs des banques en dette publique. 

L'exposition des banques aux risques physiques L’exposition directe et indirecte des banques marocaines aux risques physiques est estimée à environ 35% du total des actifs. L’exposition directe atteint 8% des actifs, et couvre les prêts aux secteurs de l’agriculture, de l'agroindustrie et de l’agroalimentaire.  En outre, le secteur du tourisme et les prêts hypothécaires aux ménages sont indirectement exposés aux risques physiques, atteignant 27% supplémentaires des actifs. 

Les scénarios catastrophes simulés par la Banque mondiale entraîneraient une augmentation des prêts non performants et une baisse du ratio d’adéquation des fonds propres. Ainsi, les différents scénarios de sécheresse pourraient entraîner une augmentation des prêts non performants à l’échelle du système comprise entre 2,1 (sécheresse historique de trois ans) et 3,3 points de pourcentage, et une baisse du ratio d’adéquation des fonds propres comprise entre 1,0 et 1,6 point de pourcentage. À leur tour, les scénarios d’inondation entraînent une augmentation des prêts non performants à l’échelle du système allant de 1,2 à 1,7 point de pourcentage, et une baisse du ratio d’adéquation des fonds propres allant de 0,4 à 0,6 point de pourcentage.  

 

 

 

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