Fort d’atouts solides qui lui permettent de s’imposer parmi les destinations les plus dynamiques au monde, le Royaume doit désormais relever de nouveaux défis : mieux répartir les flux, diversifi er ses marchés, monter en gamme et faire de chaque visiteur un créateur de davantage de valeur pour l’économie nationale.
Avec près de 20 millions de visiteurs accueillis en 2025, 138 milliards de dirhams de recettes en devises et une contribution d’environ 7% au PIB, le tourisme s’affirme comme l’un des principaux moteurs de l’économie nationale. Les objectifs de la feuille de route 2023-2026 ont même été dépassés avec deux années d’avance, confirmant la dynamique exceptionnelle du secteur. Si le Maroc affiche aujourd’hui une telle dynamique, c’est d’abord grâce à un ensemble d’avantages compétitifs difficilement reproductibles.
La diversité de son offre reste sans doute son principal atout. Peu de destinations concentrent, sur un territoire aussi accessible, des stations balnéaires, des montagnes, des médinas classées au patrimoine mondial, un désert, une gastronomie réputée et un patrimoine culturel aussi riche. A cela, s’ajoute une proximité exceptionnelle avec le principal bassin émetteur mondial : l’Europe.
Comme le souligne l’économiste Said Tahiri, «cette évolution repose sur plusieurs facteurs stratégiques : une proximité géographique avec l’Europe, une connectivité aérienne en constante amélioration, ainsi qu’une offre touristique diversifiée capable de réunir culture, balnéaire, désert, montagne, gastronomie et tourisme d’affaires».
Le Royaume bénéficie également d’une stabilité politique qui rassure investisseurs et visiteurs, tandis que les investissements réalisés depuis deux décennies dans les infrastructures autoroutières, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires ont considérablement amélioré sa compétitivité.
Cette stratégie est aujourd’hui renforcée par les grands rendez-vous internationaux que le Maroc accueillera, notamment la Coupe du monde 2030, qui devrait accroître encore sa visibilité mondiale. Toutefois, cette réussite s’accompagne de plusieurs déséquilibres structurels. Le premier concerne la géographie même du tourisme marocain. Aujourd’hui, Marrakech demeure le principal moteur du secteur, suivie d’Agadir et Casablanca.
Cette concentration favorise naturellement la création de pôles puissants, mais elle limite aussi la diffusion des retombées économiques vers des régions disposant pourtant d’un potentiel considérable. Said Tahiri résume cette réalité sans détour: «les fragilités structurelles demeurent réelles. Plus de 70% de l’activité touristique se concentrent encore autour de Marrakech, Agadir et Casablanca».
Des destinations comme Fès, Ouarzazate, Béni Mellal-Khénifra, Saïdia ou encore le Sud atlantique disposent pourtant d’atouts importants qui restent encore insuffisamment valorisés. Pour Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tourisme, la solution passe par une meilleure répartition des investissements et des flux. «L’important est d’avoir une meilleure répartition des flux pour que cela soit agréable pour les habitants et aussi pour les visiteurs en termes d’expérience, et que la prospérité soit partagée avec les différentes régions».
L’autre faiblesse majeure du modèle marocain réside dans sa forte exposition aux marchés européens. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne représentent toujours l’essentiel des arrivées internationales. Cette proximité constitue un formidable avantage compétitif, mais elle expose également le secteur aux ralentissements économiques, aux crises sanitaires ou géopolitiques susceptibles d’affecter ces marchés. A ce titre, Hamid Bentahar considère d’ailleurs que le moment est venu d’élargir les horizons.
«Notre dépendance de l’Europe est une opportunité. Nous avons misé sur la proximité et nous l’avons saisie. Il faut continuer à croître en Europe, mais multiplier aussi par dix les liaisons sur l’Amérique latine, l’Amérique du Nord, l’Asie», suggère-t-il. La diversification géographique apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers de résilience du secteur.