Paiement mobile: une innovation qui peine à convaincre ?

Paiement mobile: une innovation qui peine à convaincre ?

Le faible enrôlement des commerçants pénalise le développement du paiement mobile au Maroc.

Les professionnels demandent la mise en place d’autres incentives pour briser la barrière psychologique du «cash».

 

Par Y. Seddik

Le Maroc accuse un net retard en matière d’inclusion financière. Deux constats le prouvent : deux tiers des adultes ne sont pas bancarisés, alors que les dispositifs de paiement mis en place aujourd’hui ne marchent plus (du moins, pas comme souhaité). C’est dans cette configuration que l’initiative du paiement mobile a été pensée. Annoncé comme l'un des piliers de la Stratégie nationale de l'inclusion financière, le projet du m-payment se fait discret année après année. L’aura construite autour du projet avant son démarrage s’est vite éteinte, laissant la place à un marché creux, avec des opérateurs sans véritable activité. C’est le constat dressé par la Banque mondiale dans un récent rapport où elle explique que l’usage du paiement mobile n’est pas à la hauteur des attentes. 

Avec un taux de pénétration mobile à 137% et celui d’Internet dépassant les 93%, le m-payment avait le chemin balisé pour un lancement à succès. Mais aujourd’hui, les chiffres sont clairs, il n’y a pas de décollage. Pas plus d’adoption. Sur la base des données recueillies auprès des 14 établissements de paiement exerçant les activités de paiement, le nombre de comptes de paiement ouverts s’est établi à fin 2022, à 6,9 millions, en hausse de 26% par rapport à l’année précédente, soit un additionnel de 1,4 million de comptes. 696.000 comptes de paiement sont considérés actifs, soit un taux d’activation qui augmente à 10,2% contre 8,4% des comptes ouverts à fin 2021. Le nombre de comptes ouverts par les commerçants acceptants a progressé de 21% pour s’établir à plus de 49.000, soit une part stable à 1%. L’enrôlement des commerçants, d’une part, et le développement du réseau d’acceptation, de l’autre, restent les deux défis à surmonter par les établissements de paiement.

Les transferts via «m-wallet» sont opérationnels depuis décembre 2018. Il s’agit maintenant de développer les autres types d’opérations que couvre la solution, à savoir le cash-on, cash-out et surtout le paiement commerçant. Car, pour le moment, les petits commerçants - les moins avertis aussi - ne voient dans ce dispositif de paiement qu’un moyen d’être «tracés». Pour autant, Bank Al-Maghrib a mis en place, dès le début de la crise sanitaire, des mesures spécifiques visant à accélérer l’adoption du paiement mobile, notamment par l’autorisation des banques et des établissements de paiement à procéder à l’ouverture de comptes à distance pour la clientèle des personnes physiques, l’allégement de l’ouverture de comptes de paiement de niveau 2 (plafonné à 5.000 DH) en limitant les démarches à la fourniture du numéro de téléphone et de la CIN numérisée. Parallèlement, au titre de la Loi de Finances rectificative de 2020, une exonération fiscale totale de la base imposable pour les commerçants de proximité sur le chiffre d’affaires réalisé par téléphonie mobile a été adoptée.

Comment lever les freins ?

«C’est une question qui revient souvent. Effectivement, la difficulté est de faire accepter ces moyens de paiement aux commerçants. Certains l’acceptent déjà, notamment dans la restauration et la grande distribution. Globalement, les taux de pénétration sont bons dans les grandes villes. Malheureusement, ce n’est pas encore généralisé dans le rural ou le périurbain. Pour y remédier, il faut faire de l’éducation financière à grande échelle. L’État, les professionnels et la DGI en l’occurrence font des efforts dans ce sens. Nous devons tous augmenter le rythme pour y arriver», nous explique Hazim Sebbata, président de l’Association professionnelle des sociétés de paiement (APEP).

Notons qu’avec l’APEP, Bank Al-Maghrib a entretenu des échanges à l’effet d’examiner les mesures susceptibles d’améliorer l’usage des comptes de paiement et des m-wallet, en tant que moyens de paiement. Et ce, en capitalisant notamment sur le programme gouvernemental pour la généralisation de la couverture sociale, et pour développer l’écosystème d’acceptation et de paiement et dynamiser l’enrôlement des agents détaillants. Au final, comme toute activité nouvelle, le paiement mobile a besoin d’ajustements, et surtout de patience pour un décollage généralisé. Car même dans les pays où l’activité s’est avérée être une success-story, cela a mis des années pour un bon déploiement, à l’image du Kenya et des autres pays d’Afrique subsaharienne.  

 

 

 

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