Enseignement supérieur: des doctorants pour pallier le déficit de professeurs

Enseignement supérieur: des doctorants pour pallier le déficit de professeurs

Au Maroc, l’enseignement supérieur est loin de connaître son heure de gloire compte tenu des nombreux défis stratégiques qui le guettent.

A l’horizon 2026, environ 2.200 enseignants partiront à la retraite, ce à quoi le gouvernement Akhannouch prévoit de remédier par la formation d’une nouvelle génération de doctorants. S’agit-il de la solution idoine ? Les doctorants seraient-ils à la hauteur de ce qu’on attend d’eux ?

Eléments de réponse de Abdelkhalek Hassini, enseignant-formateur, conférencier, expert en migration et développement, président du Collectif des associations pour le développement de l’Oriental Europe (CADOriental Europe).

 

Propos recueillis par M. Boukhari

Finances News Hebdo : Aziz Akhannouch a indiqué lors de sa dernière intervention au Parlement que le gouvernement misera dorénavant sur les doctorants pour pallier le manque de professeurs. A cet effet, un total de 1.000 doctorants sera préparé annuellement dans le cadre d’un programme de formation qui sera lancé prochainement. Parlez-nous-en ?

Abdelkhalek Hassini : Le déficit de professeurs universitaires dans l'enseignement supérieur au Maroc est un sujet crucial qui entrave considérablement la qualité de l'enseignement et de la recherche scientifique dans le pays. En effet, le manque de professeurs universitaires qualifiés limite la capacité des institutions marocaines à offrir une formation de qualité, à mener des recherches innovantes et à produire des diplômés compétitifs sur le marché du travail, ce qui a des conséquences négatives sur le développement économique et social du pays. Ce déficit est causé par plusieurs facteurs, notamment le départ massif à la retraite et le manque de financement qui limite la capacité des établissements à attirer et à retenir des enseignants qualifiés. De plus, la faible attractivité des salaires et des avantages sociaux pour les enseignants universitaires décourage les jeunes diplômés de poursuivre une carrière dans l'enseignement supérieur, ce qui limite le vivier de candidats potentiels. En outre, la migration des talents marocains à l'étranger contribue également à la pénurie de professeurs universitaires dans le pays. Tout bien considéré, le déficit de professeurs universitaires représente un enjeu majeur pour l'enseignement supérieur au Maroc, et il est important de prendre des mesures urgentes pour y remédier. Le gouvernement marocain semble avoir pris une décision proactive en misant sur la formation de doctorants pour pallier le manque de professeurs. Cette initiative semble être une réponse appropriée à une situation critique dans le domaine de l'éducation au Maroc. 

La formation de 1.000 doctorants par an dans le cadre d'un programme de formation est un objectif ambitieux, mais il n’est réalisable que si le gouvernement et les universités travaillent en étroite collaboration pour s'assurer que les étudiants doctorants reçoivent une formation de qualité supérieure. En recrutant des doctorants comme enseignants, les universités marocaines pourraient combler temporairement les postes vacants et répondre à la demande croissante d'enseignement supérieur. De ce fait, les doctorants peuvent être une réponse partielle à la pénurie de professeurs universitaires au Maroc. Leur expertise et leurs connaissances peuvent être mises à profit, mais il est important de reconnaître les défis auxquels ils sont confrontés, notamment leur manque d'expérience pédagogique et la charge de travail supplémentaire liée à leurs recherches en cours, et de mettre en place un soutien adéquat pour garantir leur succès en tant qu'enseignants. Aussi, pour résoudre durablement cette problématique, il est nécessaire de mettre en œuvre des mesures à long terme visant à attirer et à retenir des enseignants qualifiés dans les universités marocaines.

 

F.N.H. :Les doctorants seraientils en mesure de gérer une telle responsabilité ?

A. H. : La proposition selon laquelle les doctorants pourraient constituer une alternative intéressante pour remédier au manque de professeurs universitaires au Maroc mérite une analyse approfondie. Cependant, il convient de reconnaître que cette solution présente des défis importants et que plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour évaluer cette possibilité de manière rigoureuse. Tout d'abord, il est essentiel de souligner que les doctorants doivent être bien formés à la pédagogie afin d'assurer un enseignement efficace. Pour ce faire, des formations spécifiques destinées aux doctorants doivent être développées, afin de les préparer convenablement à leur futur rôle d'enseignant. La qualité de la formation doctorale est un élément crucial. Pour que les doctorants puissent devenir des professeurs compétents, il est primordial de s'assurer que leur formation doctorale soit de haut niveau. Cela comprend à la fois la qualité des cours dispensés, l'accès à des ressources et des infrastructures appropriées, ainsi que la supervision et l'encadrement par des chercheurs expérimentés. Une formation doctorale rigoureuse et bien structurée favorisera certainement le développement des compétences nécessaires pour enseigner et effectuer des recherches de qualité. Il convient de reconnaître qu’un bon chercheur n’est pas, nécessairement, un bon enseignant qualifié, et qu'une formation spécifique à la pédagogie est nécessaire pour les préparer à leur futur rôle d'enseignants universitaires. De ce fait, la question de la pédagogie est essentielle.

Les doctorants doivent être formés à des méthodes pédagogiques modernes, qui tiennent compte des besoins des étudiants et de l'évolution des technologies. Il est donc important de mettre en place des programmes de formation continue pour les enseignants, afin de les aider à se perfectionner dans leur rôle. La formation pédagogique des doctorants en vue d'améliorer leurs compétences d'enseignement à l'université est essentielle pour favoriser des pratiques pédagogiques de qualité. Cette formation devrait être intégrée dès les premiers enseignements des doctorants et proposée de manière accessible à tous. Elle devrait aider les doctorants à passer d'une conception «magistro-centrée» à une conception «pédo-centrée» de l'enseignement, mettant l'accent sur l'apprenant et favorisant des méthodes pédagogiques actives. Elle devrait également leur fournir des outils et des compétences pour créer un environnement d'apprentissage stimulant, favorisant l'engagement des étudiants et le développement de leurs compétences. Par ailleurs, l'expérience professionnelle des doctorants est un facteur à considérer. Lorsqu'il s'agit d'occuper des postes de professeurs universitaires, une certaine expérience dans le domaine de la recherche et de l'enseignement peut être nécessaire. Les doctorants devraient avoir l'opportunité de participer à des projets de recherche, de publier leurs travaux et de présenter leurs résultats lors de conférences scientifiques.

De plus, ils pourraient bénéficier de stages d'enseignement ou d'assistanat pédagogique pour acquérir une expérience pratique dans la salle de classe. Enfin, les doctorants doivent faire face à un manque d'expérience en termes d'enseignement. Pour combler cette lacune, il est essentiel de mettre en place des programmes de mentorat pour les nouveaux enseignants, afin de les aider à se perfectionner dans leur rôle. Ces programmes devraient être conçus pour fournir un soutien et des conseils personnalisés pour les doctorants débutants, afin qu'ils puissent acquérir les compétences et l'expérience nécessaires pour réussir en tant qu'enseignants. En définitive, il est essentiel de s'assurer que leur formation doctorale soit de haut niveau et qu'ils soient bien formés à la pédagogie. Des programmes de formation continue, de stages d'enseignement et de mentorat doivent également être mis en place pour les aider à acquérir les compétences et l'expérience nécessaires pour réussir en tant qu'enseignants. En outre, il est important de reconnaître que le recours aux doctorants ne devrait pas remplacer complètement les professeurs expérimentés, mais plutôt ajouter une dimension supplémentaire à l'enseignement et à la recherche en faisant appel à des jeunes chercheurs talentueux. En investissant dans la formation et l'encadrement des doctorants, les universités marocaines peuvent garantir la qualité de l'enseignement et de la recherche, tout en offrant des opportunités d'emploi pour les diplômés.

 

F.N.H. : D’après vous, quelles autres mesures peut engager l’exécutif afin de résoudre le problème du déficit des professeurs dans l’enseignement supérieur ?

A. H. : Le déficit des professeurs dans l’enseignement supérieur au Maroc est un problème complexe, qui nécessite une approche multidimensionnelle et une réflexion approfondie. Pour résoudre ce problème, il est proposé d'augmenter les salaires et les avantages sociaux des professeurs, renforcer les programmes de formation pour les enseignants, encourager la recherche et l'innovation dans l'enseignement supérieur et établir des partenariats avec des universités étrangères pour attirer des professeurs étrangers qualifiés. Il s’agit aussi d’améliorer les conditions de travail et les infrastructures dans les établissements d'enseignement supérieur, accroître les possibilités de développement professionnel, encourager les professeurs à mener des recherches et à innover dans leurs méthodes d'enseignement. Comme il est utile de promouvoir des conditions de travail favorables, renforcer la collaboration entre les institutions d'enseignement supérieur et sensibiliser le public à l'importance de l'enseignement supérieur et de ses enseignants. L’attrait des compétences marocaines résidant à l'étranger offre également des perspectives prometteuses en termes d'expertise internationale et de savoir-faire. Il est crucial de mettre en place des politiques et des mécanismes appropriés pour maximiser les avantages potentiels de cette solution.

Ces mesures sont autant d'opportunités pour améliorer la qualité de l'enseignement supérieur et remédier au déficit de professeurs universitaires au Maroc. L'exécutif devrait travailler en étroite collaboration avec les institutions d'enseignement supérieur pour mettre en place ces mesures et garantir que les professeurs bénéficient des conditions de travail et de développement professionnel nécessaires pour fournir une éducation de haute qualité aux étudiants. En somme, le déficit de professeurs universitaires dans l'enseignement supérieur au Maroc reste un problème complexe qui nécessite des solutions efficaces et durables. L'investissement dans le corps professoral est essentiel pour garantir un enseignement supérieur de qualité et former des individus compétents et prêts à relever les défis de demain. En investissant dans les enseignants actuels, en améliorant les conditions de travail et les infrastructures universitaires, en favorisant la recherche et l'innovation pédagogique, ainsi qu'en attirant les compétences marocaines à l'étranger, le gouvernement marocain peut contribuer à remédier à cette situation et à garantir un avenir prometteur pour l'éducation. 

 

 

 

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