Chirurgie bariatrique: «Son succès réside dans la perte de poids durable»

Chirurgie bariatrique: «Son succès réside dans la perte de poids durable»

L’obésité est un véritable problème de santé publique : le nombre de cas a presque triplé dans le monde depuis 1975.

Selon les données du ministère de la Santé, 20% des Marocains sont obèses.

Entretien avec Dr Abittan Richard, pionnier au Maroc en chirurgie bariatrique.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : En quoi consiste la chirurgie bariatrique et à qui s’adresse-t-elle ?

Dr Richard Abittan : La chirurgie bariatrique est une spécialité née à partir des années 1995-2000. Elle consiste à opérer l‘estomac et/ou l’intestin dans un but de restriction des volumes et/ou de malabsorption. Elle se réalise par caméra, donc sans ouverture. Elle est la seule solution aux obésités maladives, c’est-à-dire avec un excès de poids de plus de 30 Kg et qui date depuis plus de 18 mois. Cette situation inconfortable menace la santé de l’individu par la survenue de diabète, d’accidents cardiovasculaires, de cancers, d’affections rhumatismales majeures et invalidantes.

 

F.N.H. : Il existe trois grandes opérations en chirurgie bariatrique (le bypass, la sleeve et l’anneau). Expliquez-nous la différence entre elles ?

Dr R. A. : En fait, il faut retenir les opérations dites intelligentes telles que la sleeve ou le bypass qui agissent mécaniquement et physiologiquement sur la quantité alimentaire ingérée, sur son absorption et sur l’hormone de la faim. La sleeve s’adresse aux hyperphages non addictes aux sucres, le bypass aux Sweet Eaters et même aux diabétiques type 2, non super obèses. Quant à l’anneau, il devient une technique de moins en moins proposée vu ses échecs en termes de résultats et complications.

F.N.H. : Dans quel cas la chirurgie bariatrique est-elle nécessaire, voire indispensable ?

Dr R. A. : La chirurgie bariatrique est indispensable à partir d’un indice de masse corporelle 35. Pour rappel, l'indice de masse corporelle (IMC) ou BMI en anglais se calcule selon la formule mathématique suivante  : poids en kg/taille en mètre carré. Il est admis et consensuel que toute obésité installée depuis plus de 18 mois avec un excès de poids de plus de 30 Kg ne peut point guérir par le régime et le sport seuls. On parle bien sûr d’obésité chronique bien installée. Et guérir veut dire perdre son excès de poids durablement.

 

F.N.H. : La chirurgie réparatrice est-elle nécessaire après une chirurgie bariatrique ?

Dr R. A. : Après amaigrissement important, le plus souvent une chirurgie réparatrice d’harmonie s’avère nécessaire. Elle ne doit être réalisée que 18 mois minimum après. Par contre, les patients qui ont une obésité viscérale, plus à l’intérieur qu’à l’extérieur, peuvent après amaigrissement en être dispensés.

 

F.N.H. : La chirurgie gastrique de l'obésité est une chirurgie lourde. Comment le patient doit-il se préparer à cette intervention et quels risques peuvent en surgir ?

Dr R. A. : Effectivement, la chirurgie bariatrique est une chirurgie lourde, puisque c’est une chirurgie du tube digestif (section /court-circuit). Elle ne s’improvise pas ! Elle doit être préparée par une équipe pluridisciplinaire, une évaluation rigoureuse des bénéfices-risques s’impose. Il faut faire un bilan sanguin complet, un examen du cœur, des poumons et des radiographies. En termes de bilan, l’anesthésiste devra valider ou non l’intervention. A ce sujet, le fumeur devra arrêter de fumer au moins 15 jours avant la chirurgie. Bien entendu, avant tout, pour que le patient soit éligible, un examen psychologique est obligatoire, de même qu’un examen diététique détaillé. Il est évident que les différents comportements alimentaires (boulimie – hyperphagie – Sweet eating «addiction au sucre») vont influencer le choix de la technique chirurgicale. En termes de complications, le risque de mortalité est très faible (<0,2%); les complications infectieuses telles que les abcès ou les hémorragies sont elles aussi devenues rares avec l’expertise du chirurgien (<1%).

 

F.N.H. : Comment s’effectue la gestion des complications ?

Dr R. A. : Les complications majeures en chirurgie bariatrique sont les fistules, qui signifient un lâchage d’agrafes. Leur traitement est codifié aujourd’hui soit par cœlioscopie, soit par fibroscopie. Leur prévention est basée sur l’arrêt préopératoire du tabac, l’équilibre du diabète, le traitement de l’apnée du sommeil avant chirurgie et le régime liquide post-opératoire de trente jours.

 

F.N.H. : La chirurgie bariatrique a un coût. Comment la prise en charge chirurgicale du patient s’effectue-t-elle ?

Dr R. A. : Je confirme : la chirurgie bariatrique a un coût élevé dû à l’utilisation de matériel high tech non réutilisable (agrafage-énergie). Dans de nombreux pays, il y a une prise en charge partielle de l’obésité. Au Maroc, ce n’est pas encore le cas. La sleeve démarre à 50.000 dirhams et le bypass à 80.000 dirhams.

 

F.N.H. : Vous êtes un pionnier de la chirurgie bariatrique au Maroc. Avec plus de 22 ans de pratique, quel bilan en faites-vous aujourd’hui ?

Dr R. A. : Après plus de vingt-deux ans de chirurgie bariatrique, je constate que la vie des obèses change totalement avec la perte de poids. Ils ont une meilleure appréciation de soi sur le miroir, beaucoup moins de comorbidités telles que le diabète, l’hypertension, l’arthrose ou encore les ronflements nocturnes, et j’en passe. Par contre, la chirurgie bariatrique n’est pas un miracle, car elle s’adresse à un organe cible qu’est l’estomac et non au cerveau qui, lui, sélectionne la qualité de l’aliment à volume égal, et qui décide ou non d’une activité physique.

 

F.N.H. : Vous avez à votre actif des interventions bariatriques à succès, au cours des 20 dernières années. Quelles en ont été les retombées ?

Dr R. A. : Le succès de la chirurgie bariatrique réside dans la perte de poids durable. De par ce succès, la consultation pour obésité est devenue beaucoup plus fréquente et sans tabou.

 

F.N.H. : D'après votre riche expérience, où se situe le Maroc en termes d’obésité ?

Dr R. A. : Le Royaume rentre dans les statistiques mondiales de l’obésité. Cela tourne autour de 17%. Il est vrai que l’obésité est un vrai fléau au Maroc. Les données du ministère de la Santé le confirment. Elles révèlent que 20% des Marocains sont obèses. Soit un Marocain sur 5 serait en surpoids. D’après les statistiques les plus récentes rapportées par l’enquête nationale sur les facteurs de risque communs des maladies non transmissibles, l’obésité a été détectée chez 29% des femmes, soit pratiquement trois fois plus que les hommes qui pointent à 11%. On retient que l’obésité progresse plus rapidement en milieu urbain que rural avec respectivement 22,8% et 14,9%. Pour combattre ce fléau sociétal, il faut passer de la réflexion à l’action. Une bonne hygiène de vie s’impose, avec une alimentation diversifiée et équilibrée. Il faut penser à réduire sa consommation de graisses saturées et pratiquer une activité sportive régulière. La démarche doit être également personnelle quand la personne est en mal-être. Il est impératif de consulter un médecin spécialiste pour l’aider dans cette démarche progressivement. Il ne faut pas oublier que l’obésité est en premier lieu un problème de santé et il faut absolument se prendre en main pour se sentir bien et être en harmonie avec son corps. 

 

 

 

 

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