Activités vivrières: pourquoi il faut préserver ce mode d’exploitation

Activités vivrières: pourquoi il faut préserver ce mode d’exploitation

Utilisant moins de produits chimiques et de ressources hydriques, elles permettent de préserver l’environnement.

De type bio, la production est de plus en plus sollicitée par les consommateurs.

 

Par C. Jaidani

L’agriculture vivrière est un mode d’exploitation traditionnel qui persiste dans le Royaume. Orienté essentiellement vers l’autoconsommation, le surplus de la production est soit stocké, soit écoulé sur le marché. Ce mode de production était largement utilisé dans le pays avant l’arrivée du protectorat qui a lancé une révolution agricole en introduisant de nouvelles techniques, de nouvelles cultures et des intrants principalement chimiques.

Se basant sur l’irrigation, il est de type intensif et destiné majoritairement à l’exportation. Mais ces derniers temps, de nombreuses voix s’élèvent pour préserver l’agriculture de subsistance. Certes, elle est moins performante que l’agriculture moderne, ne génère qu’un faible rendement et expose parfois les exploitants à la pauvreté. Toutefois, elle présente de nombreux avantages, dont la préservation de l’environnement. En cela, elle utilise des moyens naturels, ne faisant appel qu’à un minimum de ressources hydriques mobilisables. Et le plus souvent, l’apport en eau est de type pluvial. Il s’agit de petites exploitations de moins de 3 hectares implantées dans des terres bours ou dans les régions montagneuses.

Utilisant un système de rotation ou de jachère, elle assure moins d’érosion et d’épuisement du sol. Cela permet de garder une certaine biodiversité. Il faut dire que l’intérêt de l’activité est d’assurer la subsistance à la population concernée, qui cohabite avec les aléas climatiques les plus extrêmes. «La dernière crise alimentaire a montré l’intérêt de l’agriculture vivrière. Elle est très importante pour la population rurale dispersée ou enclavée. Cette population a un niveau de vie limité. De ce fait, elle n’a pas les capacités pour assurer les investissements d’une production moderne. Certes, cela ne donne pas toujours de bonnes récoltes, mais elle a l’avantage d’utiliser un savoir-faire ancestral en utilisant des fertilisants naturels comme le fumier ou le compost, et elle est moins dépendantes des intrants industriels qui sont pour la plupart importés. Vu la nature des terrains accidentés, elle recourt très peu à la mécanisation. Elle fait donc appel à une main-d’œuvre dans un cadre familial, créant un élan de solidarité», souligne Abderrahim Mouhajir, ingénieur agronome et consultant en agriculture.

Comment peut-on alors améliorer les performances de l’activité tout en gardant son aspect ancestral, en utilisant moins de technologie et en veillant à préserver l’environnement ? De nombreux organismes internationaux, dont l’Organisation mondiale de l’agriculture et de l’alimentation (FAO) et la Banque mondiale, ont apporté leur soutien à ce sujet. Il est question de développer une agriculture solidaire et intégrée basée sur la diversification et l’intensification des cultures. «Il est important de prendre en considération les spécificités de chaque région. En fonction des conditions agro climatiques, il est possible de favoriser certaines filières plus résilientes et plus rentables.

Pour les activités les plus pratiquées comme les céréales ou les légumineuses, il est nécessaire de bien choisir les semences et de revoir le mode de production. Afin d’appuyer l’intégration verticale, la création de coopératives et d’association permettra de bien accompagner techniquement les exploitants et d’assurer une bonne commercialisation et une promotion des produits. Par ailleurs, il faut capitaliser sur le caractère bio des cultures dont les produits sont de plus en plus sollicités par les consommateurs, où les fellahs concernés peuvent réaliser une importante valeur ajoutée», explique Mouhajir. Outre le mode de production traditionnel et peu compétitif, l’agriculture vivrière est impactée par d’autres éléments, dont la faiblesse des infrastructures de base, notamment les routes et les services publics. L’enclavement des exploitations rend difficile la promotion des produits dans de bonnes conditions.

 

 

 

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