Investissement: coup de mou dans le secteur privé !

Investissement: coup de mou dans le secteur privé !

L’investissement privé au Maroc semble battre de l’aile, à en croire les dernières données révélées par la Banque mondiale dans son rapport de suivi de l’économie marocaine.

 

Par M. Boukhari

Le nuage de la morosité continue de planer sur l’investissement privé qui peine à retrouver son rythme de croissance d’avant-Covid. En effet, la formation du capital privé a connu une baisse de 6,2% si l'on compare 2022 avec 2019, et de 15% en rapportant le premier semestre 2023 à celui de 2019. Ainsi, alors que les exportations nettes et la consommation publique réalisent des résultats nettement plus importants que ceux précédant la pandémie, la consommation privée avance à-reculons. Bien plus, l’investissement total est bien loin de son niveau de 2019. Cette situation risque d’impacter non seulement la croissance actuelle, mais aussi la croissance économique à moyen et long terme, alerte la Banque mondiale.

«L’investissement privé est sérieusement paralysé par l’inflation, particulièrement dans le secteur du BTP. C’est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement a pris une mesure de soutien au logement économique. Il affirme que pour relancer l’investissement et l’activité économique, il va octroyer l’équivalent de 100.000 dirhams de subventions pour chaque logement de 300.000 dirhams, c’est-à-dire qu’il se situe dans l’économique; et 70.000 dirhams pour le logement moyen», affirme Omar Kettani, économiste et professeur universitaire.

Selon lui, lorsque l’inflation touche une économie, cela impacte systématiquement tous les secteurs, d’autant plus qu’au Maroc, les disparités au niveau des revenus sont très importantes. «On compte déjà 40% de la population située hors zone, c’està-dire dans la campagne. Cette même population a un manque criant au niveau des secteurs sociaux. Elle n’a pas suffisamment de couverture de santé, pas assez d’établissements scolaires, très peu d’équipements en matière de transport public, en plus d’être mal logée. Ces secteurs dits sociaux sont quasi-absents pour 40% de la population marocaine. Il n’y a que les villes qui sont dotées de ressources humaines, ce qui explique le fait que l’investissement soit concentré au Maroc en zone urbaine et non en zone rurale, sauf quand il s’agit d’investissement à caractère agricole. Or, quel est l’investissement principal dans un pays si ce n’est celui en ressources humaines et en formations ?». L’économiste considère que le fait de laisser 40% de la population hors investissement humain, tous les secteurs sont de facto touchés et ne sont pas productifs.

«Ajoutons à cela l’inflation, et les conséquences se font automatiquement vite ressentir. En l’absence de pluie, ces 40% de personnes ne consomment pas beaucoup et n’encouragent pas le secteur productif au niveau de la demande, ce qui est le cas au Maroc lorsque nous traversons une période de sécheresse». De surcroît, le contexte actuel est marqué, d’après Omar Kettani, par la coexistence de deux types d’inflation, à savoir l’inflation anticipée et l’inflation réelle. «Vu le retard des pluies, les producteurs s’attendent à une année de sécheresse. Ce qui veut dire que beaucoup de produits vont connaître une hausse des prix. Cela incite lesdits producteurs à augmenter les prix tout de suite. Bien évidemment, ce phénomène a une incidence directe sur le secteur privé, étant donné qu’il n’a pas les moyens de courir le risque d’investir puisqu’il faudrait avant tout de la rentabilité», explique-t-il.

Parité investissement public-privé

Le gouvernement marocain a fait de la promotion de l’investissement, en général, et de celui privé, en particulier, une priorité dans le projet de Loi de Finances 2024. Et ce, conformément aux directives royales et en parfait alignement avec les dispositions prises dans le cadre de la nouvelle Charte de l’investissement. En 2022, lors de son discours d’ouverture de la session parlementaire, le Roi Mohammed VI a mis l’accent sur la nécessité de faire progresser l’investissement, tout en renforçant la part du privé pour atteindre 550 milliards de DH d’investissements, en sus de la création de 500.000 emplois d’ici 2026.

«Le secteur privé est un secteur dit spontané, ce qui fait que l’État ne peut pas lui imposer un certain nombre de normes; il peut tout au plus l’encourager», estime-t-il, précisant que 2024 est «une année qui s’annonce avec beaucoup d’interrogations. Et pour cause : l’augmentation de certains impôts, la pression inflationniste et l’emploi qui pose problème, vu que nous avons perdu pratiquement 1 million de postes de travail durant les quatre dernières crises (Covid-19, la guerre Ukraine-Russie, la sécheresse, le séisme d’Al Haouz)», souligne le professeur universitaire. Et de poursuivre qu’il faudrait au moins 4 ans pour récupérer 250.000 emplois chaque année, à condition que la croissance suive.

«Si l’on récupère 1 million sur 4 ans, il y aura un autre million, puisque d’autres jeunes arriveront sur le marché du travail. En conclusion, il faudrait que dans 4 ans on réussisse à employer 2 millions de personnes, c’est-à-dire 1 million qui arrivera à nouveau sur le marché du travail et 1 million que nous aurons hérité des quatre crises précédemment citées. Et encore…». Une tâche qui s’annonce difficile, surtout que le privé ne représente actuellement qu’un tiers des investissements à l’échelle nationale. L’objectif est de garantir une parité entre l’investissement public (50%) et l’investissement privé (50%) à l’horizon 2026, et d’arriver à deux tiers pour le privé d’ici 2035. Dans ce sillage, l’Exécutif s’engage à améliorer le climat des affaires dans le dessein de libérer les potentialités nationales, encourager l’initiative privée et l’entrepreneuriat, en sus d’attirer davantage d’investissements nationaux et internationaux. A cet effet, un dispositif de soutien à l’investissement privé prendra effet à partir de 2024. Au programme, notamment des incitations financières, soit une prime territoriale pour les régions reculées et une prime sectorielle pour les secteurs dits stratégiques. 

 

 

 

 

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