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Culture & Société

Critique: plutôt qu'un souffle, c'est une tornade !

Critique: plutôt qu'un souffle, c'est une tornade !
Mardi 09 Fevrier 2021 - Par admin

Lauréats de l’Institut national des beaux-arts (INBA) de Tétouan, leurs œuvres inédites sont dévoilées à Tanger, à Gallery Kent.

 

Par R. K. Houdaïfa

 

L’exposition «New Breath» explore une autre scène marocaine : celle des jeunes artistes à l’art jouissif et complexe. Réunis, ils tracent un portrait générationnel de la création émergente avec des œuvres qui se veulent des expériences et des rencontres. Libre, sans thématique, ouverte à toute les sensibilités. Ainsi est cette expo.

Une diversité de pratiques qui, entre elles, abordent des questionnements similaires, ceux de l’époque. Y aller, c’est être prêt à lâcher prise, car le lieu cosy met aussi à nu notre rapport de visiteur à une exposition et, au-delà, notre rapport à l’autre. La parole échangée ou donnée y est porteuse de connexions concrètes, qu’elle circule sous forme de débats improvisés, de dialogues ou de confidences.

On se demande quelle est notre place, quelle contenance adopter. Et puis les émotions éclosent : une femme peut venir vous raconter les yeux dans les yeux un épisode peu glorieux de son enfance… Chacun est intense et appelle l’empathie. Présences, absences et fantômes sont là encore à l’œuvre. Mais à force de baigner dans cette effervescence, on en oublierait presque le plaisir et le luxe de picorer des yeux les créations exposées.

Accrochage dense

Les œuvres nettement séparées par un accrochage qui ménage entre elles des espaces blancs, y délivrent chacune des secrets bien gardés et des fantasmes à peine avouables. A l’image de ceux que Hajar El Moustaassim, artiste-designer née en1993 à Marrakech, nourrit dans ses portraits de femmes, qui témoignent d’une vision plutôt lourde de la sensualité féminine. Le contraste est saisissant avec la manière dont elle traite avec grâce le corps. Une franche modernité qui jaillit, assumant vigoureusement sa fierté féminine.

Ziyad El Mansouri, né en 1998 à Taza, est beaucoup plus sanguin. D’un contraste expressionniste et tendance surréaliste, il offre à voir des toiles glaçantes où se lit dans les regards mornes et l’absence de sourire la froideur indifférente de l’être humain. Si l’on retrouve la névrose d’Edvard Munch dans sa peinture, le talent de Ziyad pâtit à l’éclat lumineux, à la touche terreuse, à la finesse ou encore à la matière crémeuse de Salvador Dali.

Le Meknassi Reda Boudina, né en 1995, lui, ne déroge en rien à la poésie graphique, parfois au seuil de l’abstraction, qui fait le charme magnétique de sa construction chromatique. Plus que pour sa qualité plastique, ses compositions valent pour son subtil travail sur le mouvement, les transparences et les effets de matière. Il sculpte la pure forme d’une façon radicale. Il y a chez lui «une réelle tentation de la calligraphie. Son apprentissage de graphiste, dans une autre vie, l’a amené à travailler la typographie; sa carrière de gaffeur l’a conduit à taguer avec ivresse de nouveaux domaines à conquérir», lit-on dans le catalogue de l’exposition.

Entre ces jeunes artistes, Rahma Lhoussig, née en 1996 à Taroudant, a piqué notre curiosité par son surréalisme à la touche très contemporaine. Sa peinture est claire, généreuse, à la fois tendre et brutale, les couleurs sont éclatantes. Ses œuvres sont tout autant composées de vide que de plein. Le blanc, en réserve de la toile, est à peine traversé afin d’enfermer dans la durée «des histoires ouvertes, pour exprimer la complexité d’une expérience».

Ses personnages (des jeunes gens, parfois des adolescents) tapis à la lisière du visible, entretiennent entre eux l'étrange ressemblance qui est celle des spectres. Leur regard est baissé, fuyant. Parfois, leurs yeux sont lardés dans les nôtres. Ses œuvres ont la sobriété originale qui sied au mystère de l’art, une sorte d’aura primitive que sublime le contexte institutionnel qui les enveloppe et en conditionne la perception autant que l’apparition. «New Breath» est un espoir, celui porté par une génération qui, affirmant son dynamisme, est capable de se réinventer. Il en résulte un ensemble jouissif d’œuvres joyeuses, ambiguës, légères, piquantes et complexes.

 

* «New Breath», jusqu’au 6 mars à Gallery Kent.

 

 

 

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