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Accident vasculaire cérébral: «Au Maroc, un AVC sur deux se solde par un handicap à vie»

Accident vasculaire cérébral: «Au Maroc, un AVC sur deux se solde par un handicap à vie»

Chaque année au Maroc, près de 30.000 personnes subissent un accident vasculaire cérébral.

Ce nombre élevé est principalement lié à la multiplication des facteurs de risque ainsi qu’au vieillissement de la population.

 

Par M. Ait Ouaanna

Les socionautes en parlent beaucoup sur les réseaux sociaux et les données chiffrées sont là pour le confirmer : avec une victime toutes les 17 minutes, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) touchent de plus en plus de personnes au Maroc. Selon l’Organisation mondiale de la santé, chaque année, 15 millions de personnes sont touchées par un AVC. Au niveau national, ce sont près de 30.000 nouveaux cas qui sont observés annuellement, nous révèle Dr. Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en systèmes et politiques de santé et vice-président de la Fédération nationale de la santé (FNS). Cette pathologie, perçue aujourd’hui comme un problème de santé publique, est l’une des principales causes de mortalité et d’invalidité dans le monde, et le Maroc ne fait pas exception.

Quid des facteurs de risque ?

La hausse des cas d’AVC au Maroc est principalement liée à la multiplication des facteurs de risque ainsi qu’au vieillissement de la population, car, comme le précise Dr. Tayeb Hamdi, sur les 30.000 cas enregistrés chaque année, deux tiers sont âgés de plus de 65 ans, notant que les personnes âgées de plus de 75 ans sont 5 fois plus susceptibles de faire un AVC que celles âgées entre 55 et 64 ans. En revanche, la population âgée de moins de 45 ans ne représente que 6% de ce chiffre. Par ailleurs, le praticien souligne que les attaques cérébrales sont plus fréquentes en milieu rural (323/100.000 habitants) qu’en milieu urbain (282/100.000 habitants). Les experts sont unanimes: plusieurs facteurs peuvent accroître le risque d’AVC. A ce propos, le vice-président de la FNS relève que les plus souvent identifiés sont l'hypertension artérielle, le diabète, les maladies cardiaques, l'hypercholestérolémie, le tabagisme, la sédentarité, ou encore le déséquilibre alimentaire.

De plus, Tayeb Hamdi explique que «les facteurs de risque psychosociaux, notamment le stress, la dépression et l’isolement social sont assez fréquemment associés aux AVC». Dans cette même veine, une étude réalisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Organisation internationale du travail (OIT) démontre que le fait de travailler 55 heures ou plus par semaine est associé à une hausse estimée de 35% du risque d'accident vasculaire cérébral. En 2016, 398.000 personnes sont mortes d'un AVC pour avoir travaillé au moins 55 heures par semaine, fait savoir la même source, précisant qu’entre 2000 et 2016, le nombre de décès dus à des AVC liés aux longues heures de travail a augmenté de 19%.

De façon générale, il existe deux principaux types d'AVC, à savoir l'AVC ischémique et l'AVC hémorragique. Le premier est le plus courant, puisqu’il représente 85% des cas observés au niveau mondial. Il se produit lorsqu'une artère qui apporte du sang au cerveau est bloquée ou se bouche par un caillot sanguin ou une plaque de cholestérol, empêchant le flux sanguin normal. Un AVC hémorragique, quant à lui, survient lorsque les vaisseaux sanguins se rompent, provoquant une fuite de sang dans le cerveau.

 

Zoom sur les signes avantcoureurs

Bien que ces attaques cérébrales soient très fréquentes aujourd’hui, plusieurs personnes ne prêtent pas attention aux signes avant-coureurs et, par conséquent, ne reçoivent pas le traitement nécessaire à temps. «Parmi les symptômes annonciateurs d’un AVC existe la déformation de la bouche : lorsque la personne sourit, son visage semble asymétrique. L’attaque cérébrale se manifeste également par une faiblesse musculaire d’un côté du corps, du bras ou de la jambe, ou encore par des troubles de la parole; la personne concernée a des difficultés à parler et même à comprendre ce qu’elle entend. En présence de ces trois symptômes, il faut agir dans l’immédiat. En plus de ces trois grands signes, le malade peut également présenter des céphalées intenses, des vertiges, des troubles de l'équilibre, des problèmes de vision avec un œil ou les deux, etc.», détaille Tayeb Hamdi.

Et de poursuivre : «Quand une personne présente certains de ces signes, la prise en charge est obligatoire même lorsque ces derniers disparaissent, et c’est ce qu’on appelle accident vasculaire ischémique transitoire (AIT). Dans le cas d'un AIT, les symptômes durent en général moins d'une heure. Il s’agit là d’une alerte après laquelle un AVC va certainement se reproduire». La prise en charge précoce des AVC est essentielle pour réduire les effets à court et long terme. Plus les victimes sont traitées tôt, moins les séquelles sont importantes.

«La prise en charge doit se faire le plus rapidement possible et dans des conditions optimales, afin de limiter la gravité des séquelles et réduire le risque de récidive. Chaque seconde compte, puisque lors d’un AVC, le patient perd 2 millions de neurones par minute de retard. Le traitement précoce permet de préserver au maximum les connexions inter-neuronales, et c’est ce que nous appelons en neurologie “time is brain”», confirme Tayeb Hamdi. Dans ce sens, le praticien indique qu’il existe deux traitements pour soigner les AVC. D’abord, la thrombolyse qui consiste à administrer, par perfusion, des médicaments au patient.

Ce traitement est utilisé pour dissoudre le caillot qui bouche l'artère cérébrale. En revanche, la thrombolyse ne peut être effectuée que dans les 4h et demi qui suivent l'installation des symptômes de l'infarctus cérébral. Le deuxième type de traitement est d’ordre chirurgical, il s’agit de la thrombectomie. Elle consiste, à travers l’introduction du matériel au niveau des vaisseaux du patient, à déboucher l'artère cérébrale responsable de l'infarctus afin de rétablir la circulation sanguine. Elle est recommandée à la phase aiguë dans le traitement de l'AVC jusqu'à 6 heures après le début des symptômes chez les patients.

 

Le sous-effectif, un obstacle à la prise en charge

Le traitement existe, mais encore faut-il avoir les ressources humaines et structures appropriées pour l’appliquer, et c’est ce qui fait défaut au Maroc. Avec un plus de 23.000 médecins en exercice, le Royaume figure sur la liste des pays identifiés par l’OMS comme présentant une offre médicale insuffisante. Ainsi, les neurologues sont une denrée rare au Maroc. Selon la carte sanitaire publiée par le ministère de tutelle en 2020, le pays compte 229 neurologues seulement, dont 152 dans le secteur public et 77 exerçant dans le secteur privé. Outre le manque de neurologues, la présence d’unités neurovasculaires reste très limitée. Une situation qui n’est pas sans conséquence sur le suivi des patients.

«Au Maroc, 1 victime d’AVC sur 4 meurt au cours de la première année et un AVC sur deux se solde par un handicap à vie. Cela est généralement dû au retard de la prise en charge en phase aiguë, suite notamment au manque de structures de rééducation adaptée», alerte Dr. Tayeb Hamdi. Et de conclure : «Pour parvenir à assurer une prise en charge optimale, la disponibilité de ressources humaines et de structures spécialisées est indispensable. En l’absence de ces derniers, les cas de décès liés à ces attaques cérébrales seront automatiquement élevés. Quand une personne présente des signes d’AVC, celle-ci doit immédiatement être conduite à un service spécialement dédié à la prise en charge de ces attaques cérébrales. Cela n’existe malheureusement pas au Maroc». 

 

 

 

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