La Bourse recrute dans les portefeuilles du private équity
Le capital-investissement fournit à la Bourse de Casablanca des entreprises qui ont déjà franchi une première étape d’ouverture de leur capital et de structuration. Pour les fonds, la cotation permet de réaliser leur investissement et pour la place, elle apporte de nouveaux émetteurs. Avec TGCC, Akdital, Cash Plus et bientôt Laprophan, Mediterrania Capital Partners figure parmi les acteurs les plus actifs de ce rapprochement.

TGCC, Akdital, Cash Plus et bientôt Laprophan… Plusieurs recrues de la Bourse de Casablanca ont accueilli un investisseur financier bien avant d’ouvrir leur capital au public. Leur parcours montre la place du private equity dans l’alimentation de la cote en papier frais. Pendant quelques années, les fonds accompagnent leur développement, puis cherchent des acquéreurs pour leurs participations. La Bourse leur permet de vendre progressivement, tout en laissant aux entreprises la possibilité de lever des capitaux.
Selon le rapport d’activité 2025 de l’AMIC, les IPO représentent 33% des sorties en valeur en cumul à fin 2025. Cette proportion, sensible à la taille des opérations, mesure le poids du débouché boursier dans les désinvestissements. Elle ne signifie pas qu’un tiers des sociétés accompagnées rejoignent la cote.
L’entrée d’un fonds modifie déjà le fonctionnement d’une entreprise familiale. Les budgets se discutent avec un actionnaire extérieur, les investissements doivent être documentés et leur exécution suivie. Le dirigeant partage davantage l’information et certaines décisions. Ces habitudes facilitent ensuite le passage aux exigences de transparence du marché.
Le rapport d’impact 2024 de l’AMIC et de Grant Thornton relève une diffusion des outils de reporting, des comités de suivi et des procédures budgétaires dans les entreprises investies. Leur chiffre d’affaires a progressé de 20,5% sur le périmètre étudié en 2024. La sélection initiale des dossiers et le travail du management participent à ces performances, qui ne sauraient être attribuées au seul fonds. Pour la Bourse, elles constituent néanmoins un vivier d’entreprises ayant déjà éprouvé leur croissance auprès d’investisseurs professionnels.
Le marché y gagne aussi de nouveaux métiers accessibles aux épargnants. Les cliniques privées, les services de paiement ou la pharmacie élargissent les possibilités de placement et donnent aux gérants davantage de choix pour construire leurs portefeuilles.
MCP, quatre dossiers en cinq ans
Mediterrania Capital Partners figure parmi les acteurs les plus actifs de ce mouvement. Après TGCC, Akdital et Cash Plus, la société de gestion prépare avec Laprophan sa quatrième IPO en cinq ans. Elle intervient avec des co-investisseurs, notamment DEG, Proparco et FMO dans le laboratoire. Les ressources mobilisées comme les produits des cessions se répartissent donc entre plusieurs apporteurs de capitaux.
Les opérations combinent souvent sortie du fonds et financement de l’entreprise. L’introduction de TGCC comportait 300 MDH d’argent frais et autant de cession de titres. Cash Plus a levé 400 MDH, parallèlement à quelque 350 MDH de cessions par les véhicules de MCP. Chez Laprophan, près de 1,4 milliard de DH doivent revenir à l’entreprise, tandis que la vente d’actions existantes représente jusqu’à 822,6 MDH.
La participation conservée peut être vendue ultérieurement. Sur Akdital, la dernière cession déclarée par MC III Al Razi, en avril 2025, représente près de 973 MDH de produit brut, calculés à partir des données de l’AMMC. Entre-temps, le groupe hospitalier avait levé un milliard de DH en juillet 2024, alors que le marché finançait déjà son expansion avant le départ définitif du fonds.
Les 6,58 milliards de DH levés par le capital-investissement en 2025 élargissent les moyens disponibles pour accompagner de nouvelles entreprises. Ils ne constituent pas pour autant un programme d’introductions, car avec une durée moyenne d’investissement de 6,2 ans, les fonds travaillent sur un calendrier bien plus long que celui des fenêtres boursières.
L’expérience accumulée par des acteurs comme MCP compte alors autant que les capitaux mobilisés. Répéter les introductions suppose de convaincre les fondateurs d’ouvrir leur entreprise au public, puis de trouver un prix auquel les investisseurs acceptent de prendre le relais. Avec Laprophan, cette négociation aboutit à un montage où le laboratoire pourra financer une acquisition pendant que les fonds céderont une partie de leurs titres. Pour le marché, l’enjeu est de voir davantage de sociétés de gestion mener leurs participations jusqu’à ce stade. Quatre IPO chez un même acteur attestent d’un savoir-faire et leur multiplication dans les autres portefeuilles donnerait à la côte un recrutement plus régulier.





