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Economie

Femmes et emploi: Le difficile chemin vers l’autonomie économique

Entre contraintes familiales, discriminations sociales et manque de formations adaptées, l’accès à un emploi stable demeure un défi pour de nombreuses Marocaines. Si les dernières données du haut-commissariat au Plan (HCP) font état d’un recul du chômage au deuxième trimestre de 2026, les femmes restent davantage exposées que les hommes.

YPar Y.Salhi
|Publié le 24 Octobre 2026 à 16:00
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Femmes et emploi: Le difficile chemin vers l’autonomie économique

Le chômage féminin demeure l’un des défis majeurs du marché du travail au Maroc. Derrière les statistiques se dessine une réalité faite d’obstacles multiples, qui ne se limitent pas à la disponibilité des postes ou au niveau de qualification des candidates.

Pour de nombreuses femmes, particulièrement celles issues de milieux défavorisés, l’accès à l’emploi dépend également de leur situation familiale, de leur niveau d’instruction, de leur autonomie financière et de leur capacité à concilier responsabilités domestiques et activité professionnelle.

Les dernières données du HCP illustrent l’ampleur de ces difficultés. Selon la nouvelle enquête sur la main-d’œuvre, le taux de chômage au sens strict s’est établi à 9,5% au niveau national au deuxième trimestre de 2026, contre 10,8% au trimestre précédent. Cette amélioration globale ne s’est toutefois pas traduite par une disparition des inégalités entre les sexes. Le taux de chômage féminin atteignait encore 14,8%, contre 8,1% chez les hommes, soit un écart de 6,7 points.

Au cours de cette même période, le taux de chômage des femmes a néanmoins reculé de 1,3 point, selon le HCP. D’autres indicateurs permettent de mieux comprendre les difficultés rencontrées par les femmes. Au deuxième trimestre 2026, le taux composite de sous-utilisation de la maind’œuvre, qui englobe le chômage, le sous-emploi lié à la durée du travail et la main-d’œuvre potentielle, atteignait 26,7% chez les femmes, contre 16,6% chez les hommes. Cet indicateur met en évidence des besoins en travail qui ne sont pas entièrement satisfaits et des situations de fragilité qui échappent à la seule mesure du chômage.

Un accès au marché du travail encore limité

L’un des premiers constats concerne la faible participation des femmes à la vie économique. Au deuxième trimestre de 2026, le taux de participation à la maind’œuvre féminine s’élevait à seulement 18,1%, contre 66,5% pour les hommes.

Cette situation ne peut être expliquée par un facteur unique. Si le manque d’opportunités professionnelles constitue un obstacle, les contraintes sociales et familiales peuvent également limiter les possibilités de recherche d’emploi, voire conduire certaines femmes à renoncer à exercer une activité rémunérée.

Pour Meriem Othmani, présidentefondatrice de l’Association INSAF, les difficultés commencent parfois au sein même du foyer. «Les principaux obstacles sont souvent le manque de soutien à la maison, le faible niveau d’instruction et les interdictions imposées par leur conjoint», souligne-t-elle.

Ces facteurs peuvent se cumuler et réduire considérablement la marge de manœuvre des femmes.

À ces difficultés s’ajoute la question de la qualité des emplois disponibles. Obtenir un poste ne garantit pas nécessairement une stabilité financière, particulièrement lorsque les rémunérations sont faibles, que les horaires sont contraignants ou que les conditions de travail ne permettent pas de concilier activité professionnelle et responsabilités familiales. Pour les femmes les plus fragilisées, le défi consiste ainsi autant à accéder à un emploi qu’à pouvoir le conserver.

Au-delà des difficultés d’accès à l’emploi, de nombreuses femmes doivent également composer avec des conditions de travail précaires, notamment lorsqu’elles exercent une activité sans contrat de travail. Dans certains secteurs, l’absence de formalisation de la relation professionnelle expose les salariées à une forte insécurité : revenus irréguliers, difficultés à faire valoir leurs droits en cas de conflit avec l’employeur et absence de garanties sociales suffisantes.

Selon l’enquête nationale du HCP sur le secteur informel publiée en 2025 et portant sur l’année 2023, 60% des salariés travaillant dans les unités de production informelles ne disposaient d’aucun contrat. À l’échelle nationale, l’emploi dans le secteur informel représentait 33,1% de l’emploi non agricole en 2023. Ces chiffres concernent l’ensemble des travailleurs et ne sont pas spécifiques aux femmes, mais ils illustrent l’ampleur du phénomène.

Mères célibataires : travailler sans solution de garde

Les difficultés sont particulièrement marquées pour les mères célibataires, qui doivent souvent assumer seules les dépenses du foyer et la prise en charge de leurs enfants. En l’absence d’un réseau familial sur lequel s’appuyer, la recherche d’un emploi peut devenir un véritable parcours d’obstacles. La question de la garde des enfants se pose dès les premières démarches et demeure déterminante une fois l’activité professionnelle commencée.

Meriem Othmani insiste sur la vulnérabilité de ces femmes, confrontées à plusieurs formes de précarité. «Les mères célibataires sont particulièrement exposées à ces difficultés. Elles subissent souvent un harcèlement sexuel de la part de leurs supérieurs hiérarchiques», explique-t-elle.

À cela s’ajoute la contrainte financière. «Leurs faibles salaires ne leur permettent pas toujours de couvrir les dépenses essentielles, notamment le loyer, les transports et la nourriture des enfants, sans parler des frais de garde de leur bébé», ajoute-t-elle.

Cette accumulation de dépenses peut réduire considérablement l’intérêt économique d’un emploi faiblement rémunéré.

Face à ces difficultés, Meriem Othmani appelle à des mesures concrètes, à commencer par le développement des structures d’accueil pour les enfants. «Pour permettre aux femmes de travailler, il faudrait construire des crèches afin d’accueillir leurs enfants pendant leurs horaires de travail», affirme-t-elle.

La mise à disposition de solutions de garde accessibles permettrait de lever un obstacle quotidien pour les mères qui souhaitent exercer une activité rémunérée.

La présidente-fondatrice d’INSAF souligne également la nécessité de proposer des formations aux femmes qui souhaitent sortir de la mendicité et accéder à une activité professionnelle leur permettant de gagner leur vie dignement.

Les femmes illettrées, laissées à l’écart des formations

Le niveau d’instruction constitue un autre facteur déterminant dans les trajectoires professionnelles. Les femmes qui n’ont pas été scolarisées ou qui disposent de faibles compétences de base peuvent rencontrer des difficultés supplémentaires pour accéder aux dispositifs classiques de formation et répondre aux exigences des recruteurs.

Pour Meriem Othmani, l’offre de formation ne répond pas suffisamment aux besoins de cette population. «Il est regrettable que les formations proposées dans notre pays s’adressent principalement aux personnes ayant atteint la quatrième année du secondaire ou disposant d’un diplôme de niveau Bac+2», déplore-t-elle, ajoutant que «les personnes qui ont le plus besoin de travailler n’ont souvent accès à aucune formation et doivent se contenter de tâches subalternes».

Pour les femmes illettrées, cela peut se traduire par un accès restreint aux emplois formels, aux postes offrant de meilleures rémunérations et aux possibilités d’évolution.

La présidente-fondatrice d’INSAF insiste sur l’absence de parcours adaptés à ces profils. «Il n’existe pas, dans notre pays, de formations adaptées aux personnes illettrées. Pourtant, cette population défavorisée ne demande qu’à travailler, dans des conditions qui préservent sa dignité», conclutelle .

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