Tourisme : Airbnb, un levier pour renforcer la destination Maroc ?
Il peut permettre d’augmenter la capacité litière pour accompagner l’essor du secteur. Un nouveau cadre juridique plus simplifié s’impose pour organiser cette activité. Par C. Jaidani

Le secteur touristique national est en plein essor. Il affiche des indicateurs pour la plupart encourageants. A fin septembre 2024, le nombre d’arrivées a atteint 13,1 millions de visiteurs, soit un bond de 33% comparativement à la même période de l’année dernière. Le secteur a bénéficié de la reprise économique, notamment dans les principaux pays émetteurs.
La multiplication des dessertes aériennes, particulièrement via les compagnies low-cost, a contribué activement à ce rebond. Et tout laisse présager que cette dynamique devrait se poursuivre d’ici la fin de l’année ainsi que dans les années à venir. Le Royaume projette d’accueillir plus de 20 millions de touristes à l’horizon 2030.
Cette date coïncidera avec l’organisation de la Coupe du monde, qui devrait drainer un flux conséquent de visiteurs. A cet égard, les investissements se multiplient partout dans le territoire national, que ce soit pour les établissements d’hébergement, de restauration ou de divertissement. Pour accompagner l’essor du tourisme, il était indispensable de renforcer la capacité litière du pays. Celle-ci est passée de 179.000 unités en 2013 à 289.000 unités en 2023, soit un accroissement de plus de 61%. Mais en dépit de cette forte progression, le Royaume demeure nettement en deçà de ses concurrents, notamment méditerranéens.
Outre les circuits et les canaux de réservation classiques, les opérateurs touristiques marocains ont, depuis des années, investi de nouveaux modes de réservation, à travers le digital et les réseaux sociaux. Les plateformes dédiées, de dimensions internationales, ont vu le jour et elles connaissent un succès retentissant, à l’image de AirBnb qui met en relation des particuliers ou établissements hôteliers (hôtels, maisons d’hôtes ou gites et investisseurs en immobiliers locatifs).
Cette enseigne couvre pratiquement plus de 100.000 villes dans le monde situées dans 191 pays. C’est un créneau important sur lequel le Maroc peut s’inspirer pour augmenter sa capacité d’accueil. «Airbnb connaît un succès retentissant dans le monde. La plateforme propose une offre large et variée. Le Maroc doit capitaliser sur ce dispositif pour améliorer son positionnement en tant que destination phare mondiale. Ses potentialités sont importantes et très peu exploitées, d’autant qu’il dispose d’une diversité géographique et naturelle qu’on ne retrouve pas dans d’autres pays touristiques. Il est possible de proposer un produit dans le Sahara doté d’un climat aride, comme il est possible de lancer des offres dans les montages pour les randonneurs ou les skieurs.
Les 3.400 km de côtes sont également un atout indéniable», explique Yacine El Alami, expert en tourisme. «Airbnb ne peut que renforcer le flux touristique à destination du Royaume. Car il cible une catégorie de clientèle très connectée à la recherche d’un hébergement bon marché, personnalisé et unique. La plateforme ne peut être considérée comme concurrente du circuit classique, mais plutôt complémentaire. Les établissements classés n’ont pas la capacité pour suivre la croissance du secteur. Ce phénomène n'est pas spécifique au pays, mais il est relevé au niveau mondial.
Il est donc primordial de renforcer son cadre juridique et même de lancer des guides et des formations à destination des loueurs», ajoute-t-il. La loi n° 80-14 fut promulguée en 2015. Le texte permet d’encadrer l’hébergement touristique et impose aux loueurs de respecter des règles en matière d’hygiène et d’accueil pour assurer le bien-être des résidents. Il fixe également des engagements au niveau fiscal et des dispositions à respecter pour ce qui est des licences octroyées. «Au niveau local, la plupart des loueurs en liaison avec Airbnb le font dans l’informel.
Rares sont ceux qui ont des licences délivrées par le ministère du Tourisme et qui déclarent systématiquement leurs résidents à la police ou la gendarmerie. Parfois, c’est par ignorance, ou pour échapper au fisc, et aussi à cause des complications de la procédure. Il est donc essentiel de fixer un cadre juridique simplifié, particulièrement pour les petits établissements d’hébergement, notamment ceux situés dans le monde rural».





