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Donner du sens à son job, c’est apprendre à l’aimer

Donner du sens à son job, c’est apprendre à l’aimer

18% seulement des actifs marocains sont heureux au travail ! Oui, vous avez bien lu, 18% ! C’est le résultat d’une étude réalisée récemment par le site de recrutement en ligne, Rekrute.ma.

Certes, l’échantillon sur lequel l’étude s’est basée ne comprend que 918 personnes interrogées, mais pas besoin de milliers de réponses pour s’en rendre compte. Il suffit de le constater autour de vous, voire en vous pour les moins chanceux pour s’en convaincre. Rare sont ceux dont le visage est illuminé par un sourire rayonnant de beau matin, en allant à leur job.

Le résultat est dérangeant, mais aucunement étonnant. Car au moment où tout le monde parle un peu partout de bonne gouvernance et de RSE, personne ne semble daigner s’intéresser à la question du “sens” que peut donner ou non un individu à son travail.

Tout le monde sait que le mot “travail” vient du latin “Tripalium”, qui veut dire torture. Mais comme le rappelle si bien Charles Gave, le travail est une bénédiction si l’on aime ce que l’on fait. Il l’est aussi quand il nous nourrit au niveau du sens.

Car l’homme, avant d’être un animal politique ou économique, est avant tout un animal sémantique, assoiffé de sens. 

Il cherche simultanément à donner du sens autant à son environnement qu'à sa propre vie. Comme il se trouve que dans le monde moderne, nous passons plus de temps sur le lieu de travail qu’avec notre famille, notre emploi ne peut donc échapper aux fourches caudines des questionnements existentiels. Ce que je fais a-t-il du sens ? Suis-je fier de ce que je réalise ? Mon travail est-il au moins utile ?

Certains se posent ouvertement ces questions. D’autres les refoulent, pensant pouvoir y échapper. Mais on a beau les ignorer, les angoisses nous collent à la peau.

Bien sûr, des considérations matérielles entrent en jeu, comme le niveau de rémunération ou encore les avantages sociaux et les commodités de transport. Mais cela ne pèse pas lourd quand ce que l’on fait quotidiennement, depuis des années, nous semble totalement absurde. Car bon nombre d’artisans, ou sur un autre registre, de jeunes fondateurs de startups ou encore des gens qui ont réussi à transformer leurs passions en métiers, ressentent une joie et un enthousiasme dans ce qu’ils font, malgré toutes les difficultés financières qu’ils ont à affronter. Ce qui est somme toute tout à fait naturel. Leurs comptes bancaires sont peut-être dégarnis, mais ils jouissent d’un sentiment de liberté, de souveraineté individuelle, de plaisir, de même qu’ils donnent du sens à ce qu’ils font.

Mais comment donner du sens à son travail, dans un monde où le processus de production est intégralement fragmenté et ultra-spécialisé ? 

Car, de même que la fourmi contribue à la création et à l’entretien de la fourmilière, sans être capable pour autant de se la représenter, le travailleur moderne contribue à entretenir la machine productive mondiale, tout en étant incapable de percevoir l’utilité de ce qu’il fait pour son prochain.

Puisque depuis l’avènement du Taylorisme, et plus tardivement du Fordisme, avec la division verticale et horizontale du travail, ainsi que l’immobilisme et la répétitivité des tâches imposées par la chaîne de montage mécanisée, le travailleur n’est plus maître de son œuvre. Il est nous dirait-on tonton Marx "Aliéné". Il devient un simple rouage d’un mécanisme qui le dépasse.

Or, le Taylorisme autant que le fordisme ne sont pas aujourd’hui le propre de l’industrie, puisque les secteurs des services ont fini par intégrer ces modes d’organisations à leur manière, avec la même dimension routinière et répétitive.

Plus ou très peu de place donc pour la créativité, l’esprit d’initiative ou encore l’indépendance financière.

Seules quelques géants dans le secteur des NTIC à la Silicon Valley ou des startups à la pointe de l’innovation managériale, continuent de développer et de créer des espaces et des possibilités de créativité et d’innovation. Pour le reste des entreprises, la subordination hiérarchique, la rigidité et la logique pure du salariat semble primer.

Ainsi, redonner du sens au travail des salariés passe par l’encouragement au niveau des décideurs et des gérants, de la créativité individuelle, de la prise d’initiative et de l’horizontalité dans le mode de fonctionnement de l’entreprise. De même, inclure les salariés dans le processus de prise de décision, en leur permettant d’avoir une vue d’ensemble de l’activité de leur entreprise, joue un rôle primordial dans la quête de sens de chaque salarié.

Créativité, horizontalité, initiative et inclusion constituent les 4 piliers incontournables pour l’entreprise de demain.

Peut-être qu’après la Responsabilité Sociale et Environnementale des sociétés, est-il temps de penser la “responsabilité” sémantique de l’entreprise ?

 

Rachid Achachi, chroniqueur, DG d'Arkhé Consulting

 

 

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