Accord USA-Iran : le prix caché de la détente

Accord USA-Iran : le prix caché de la détente

Les négociations engagées en Suisse entre Washington et Téhéran ont été présentées comme une avancée majeure vers une stabilisation durable du Moyen-Orient. Suspension temporaire des sanctions pétrolières américaines, déblocage de plusieurs milliards de dollars d'avoirs iraniens, création de groupes de travail sur le nucléaire, la reconstruction et le développement économique et mise en place d'un mécanisme destiné à prévenir une nouvelle escalade au Liban : sur le papier, les progrès sont indéniables. Mais sous le vernis du rapprochement diplomatique, les rapports de force continuent de structurer les négociations.

La preuve est venue de Téhéran. Alors que le vice-président américain JD Vance affirmait que l'Iran avait accepté le retour des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le ministère iranien des Affaires étrangères a opposé un démenti cinglant. Non seulement aucune inspection n'est prévue, mais Téhéran exclut explicitement l'accès aux sites frappés par les bombardements israélo-américains.

Ce refus est loin d'être anodin. Depuis les frappes du 28 février 2026, personne ne sait précisément ce qu'il est advenu des stocks d'uranium enrichi iraniens ni de certaines capacités nucléaires sensibles. En refusant la transparence sur les installations les plus stratégiques, la République islamique demande au monde de lui faire confiance tout en refusant les mécanismes permettant de vérifier ses affirmations. Cette logique se retrouve dans le dossier du détroit d'Ormuz.

Les déclarations du négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf sont révélatrices. Selon lui, le détroit ne retrouvera jamais son fonctionnement d'avant-guerre. L'Iran entend désormais l'«administrer», même si les règles internationales continueront officiellement à être respectées. Le message dépasse largement la simple question maritime. Le détroit d'Ormuz constitue l'un des passages les plus stratégiques de la planète. Près de 20% du pétrole mondial et une part considérable du gaz naturel liquéfié y transitent quotidiennement. Contrôler politiquement cette artère énergétique revient à disposer d'un levier d'influence sur l'économie mondiale. La stratégie iranienne apparaît désormais avec netteté.

Le pouvoir cherche à redéfinir les équilibres régionaux issus de la guerre. Pour Washington, l'équation est complexe. L'administration américaine veut éviter une nouvelle flambée des prix du pétrole, rassurer ses alliés du Golfe et refermer un conflit dont les conséquences économiques et politiques deviennent coûteuses. Le recul des cours du brut depuis l'annonce des négociations est pour le moins illustratif. Mais la paix a un prix.

Et ce prix pourrait être l'acceptation implicite d'une influence iranienne renforcée dans la région. C'est précisément ce qui inquiète Israël. Depuis le début des discussions, Benjamin Netanyahu ne cache pas son hostilité au processus. Le Premier ministre israélien continue d'affirmer que son armée conservera une totale liberté d'action au Liban et se réserve le droit d'intervenir contre toute menace. Pour lui, un Iran économiquement réhabilité mais toujours opaque sur son programme nucléaire représenterait un danger plus grand encore qu'un Iran sous sanctions. Le dossier libanais illustre cette contradiction. Téhéran exige que le Liban soit intégré aux négociations globales.

Les Etats-Unis cherchent à mettre en place une cellule de prévention des crises afin d'empêcher une reprise des combats entre Israël et le Hezbollah. Mais le véritable enjeu est ailleurs : qui exercera demain l'influence dominante sur Beyrouth ? L'Iran considère le Hezbollah comme un élément de sa profondeur stratégique. Israël le voit comme une menace permanente. Quant au Liban, il tente difficilement de retrouver sa souveraineté au milieu de puissances qui continuent de négocier son avenir.

C'est pourquoi l'optimisme affiché autour des discussions suisses mérite d'être tempéré. D'où une question centrale : les protagonistes cherchent-ils véritablement à construire une paix durable ou seulement à organiser un nouvel équilibre des forces ?

 

Par F.Z Ouriaghli

 

 

 

 

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