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Revolut : le Maroc est-il réfractaire à la concurrence étrangère ?

Revolut : le Maroc est-il réfractaire à la concurrence étrangère ?

Avec 75 millions de clients dans le monde, Revolut voit dans le Maroc un marché à fort potentiel. Mais si la néobanque britannique affiche ses ambitions, Bank Al-Maghrib privilégie la prudence, invoquant des impératifs réglementaires et internationaux.

 

Par J. O.

Revolut compte aujourd’hui à son actif près de 75 millions de clients à travers le monde. Avec un chiffre d’affaires en hausse de 46% à 5,2 milliards d’euros en 2025, la banque britannique a formulé l’ambition d’étendre son réseau à plus de 100 pays et d’élargir sa base de clients à 100 millions à moyen terme. L’intérêt porté sur le marché marocain n’est donc pas anodin. Le Maroc, c’est quelque 38 millions d’habitants, près de 1.300 milliards de dirhams de crédits distribués et 1.400 milliards de dépôts bancaires, en croissance régulière depuis quelques années. Les transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger (MRE) représentent une manne tout aussi importante.

À fin 2025, ces transferts ont atteint 122 milliards de dirhams, en progression de 2,6% sur un an. Par ailleurs, le secteur bancaire national reste concentré autour de quelques établissements. À fin 2025, Attijariwafa bank, Banque Centrale Populaire et Bank of Africa dominaient les encours avec près de 1.000 milliards de crédits distribués et 1.200 milliards de dépôts cumulés. D’autre part, la croissance de l’économie marocaine est ressortie à 4,9% en 2025 et les prévisions de Bank Al-Maghrib tablent sur un niveau de croissance de 5,2% pour l’année 2026, avant un ralentissement à 3,1% en 2027.

Le Maroc constitue ainsi une réelle opportunité d'affaires tant par son économie dynamique et en croissance continue que par son marché bancaire mature et en pleine transformation numérique. La néobanque britannique n’a cependant fait aucune demande d’agrément auprès de la Banque centrale pour le moment. Toutefois, un intérêt a été formulé auprès de cette dernière en juin 2025.

Le momentum inadéquat

Avec son modèle de super application financière qui cherche à centraliser tous les services financiers du quotidien sur une seule plateforme, Revolut convoite ainsi un segment de marché déjà investi par des acteurs nationaux.

C’est l’un des arguments évoqués par le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, à l’issue du Conseil de la Banque centrale de juin dernier. De plus, ajoute-t-il, le Maroc est engagé sur des impératifs réglementaires et de conformité qui limitent actuellement les agréments pour des établissements de crédit. Au nombre de ces impératifs, on retrouve, d’une part, les négociations encore en cours avec les acteurs européens sur le cadre réglementaire applicable aux transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger (MRE).

D’autre part, il y a les évaluations attendues en fin d’année des institutions financières internationales, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Cette contrainte n’est d’ailleurs pas des moindres. En effet, «ces institutions n’évaluent pas seulement les chiffres; elles évaluent la qualité de la supervision bancaire et la capacité du régulateur à maîtriser les risques. Autoriser une fintech étrangère de cette taille, sans cadre réglementaire adapté, enverrait un signal négatif, celui d’un régulateur qui prend des décisions précipitées.

En cas de problème (fuite de capitaux, fraude, instabilité…), c’est Bank Al-Maghrib qui en porterait la responsabilité devant ces institutions. Le timing est donc crucial», fait savoir Sara Sbai, PhD - Senior Lead International Consultant - Corporate Finance, Strategy and Risk management. Autre impératif, les évaluations prévues par le Groupe d’action financière (GAFI) dans le cadre des mécanismes internationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Un point tout aussi important. «Le Maroc est sorti de la liste grise en 2023 après des efforts considérables. Ouvrir le marché à une plateforme de transfert massif avant de valider ces dispositifs serait risqué», précise Sbai. En somme, il s’agit de contraintes réelles auxquelles la prudence de la Banque centrale trouve toute justification. Toutefois, l’évocation par le banquier central de la présence d’acteurs nationaux couvrant déjà un segment convoité par un acteur international en l’occurrence Revolut, soulève des interrogations.

«Ce n'est plus un argument réglementaire, c'est un argument de marché. Et pour un investisseur étranger, c'est une ligne rouge. Cela ressemble à de la protection des acteurs en place, pas à de la régulation prudentielle. Pour moi, le vrai risque n'est pas ce report en lui-même; c'est l'absence de lisibilité sur les critères d'accès. Quand est-ce que les chantiers seront terminés ? Quelles conditions permettront de rouvrir le dossier ? Sans réponse à ces questions, le Maroc envoie un signal de flou réglementaire; ce qui coûte cher en termes d'attractivité, surtout pour un pays qui se positionne comme hub financier régional», précise Sara Sbai.

Le consommateur, grand perdant ?

Bien que solide et rentable, le secteur bancaire marocain reste marqué par sa forte concentration, avec cinq groupes qui contrôlent près de 80% des actifs. La concurrence sur ce marché bancaire présente des bénéfices indéniables pour le consommateur marocain.

«Quand les acteurs en place ne sont pas challengés, les incitations à innover sur les prix, l'expérience client ou les services diminuent mécaniquement», explique Sbai. Et de conclure qu’«Attijariwafa bank a lancé Simple, une néobanque avec architecture freemium, carte virtuelle, virement instantané, directement inspirée du modèle Revolut. Elle a été présentée en mai 2026, quelques semaines avant la réunion avec Jouahri. Ce n'est sûrement pas une coïncidence, c'est exactement la pression concurrentielle à l'œuvre, même sans entrée effective de Revolut. La concurrence fonctionne donc, mais elle fonctionne à moitié. Les acteurs locaux s'adaptent à la menace, mais sans que le consommateur bénéficie de la vraie mise en concurrence sur les prix. C'est le paradoxe, la simple présence de Revolut à l'horizon a déclenché de l'innovation, imaginez ce qu'une entrée réelle produirait». 

 

 

 

 

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