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IFRS 17: course contre la montre pour les assureurs

IFRS 17: course contre la montre pour les assureurs

Les compagnies d'assurances marocaines devront toutes passer aux normes IFRS à partir de 2025. Dans ce référentiel, IFRS 17 est particulièrement appréhendée.

 

Par A. Hlimi

Le président par intérim de l'ACAPS l'a rappelé dans nos colonnes la semaine dernière: les compagnies d'assurances devront toutes passer aux normes IFRS à partir de 2025. Un agenda sur lequel certaines compagnies prennent de l'avance, notamment les assureurs cotés. En leur imposant cette norme, le régulateur marocain souhaite améliorer la qualité de l'information financière diffusée par les opérateurs de ce secteur systémique. Un peu comme c'était le cas il y a quelques années pour les banques. Et si les contraintes sont nombreuses, l'IFRS 17, dont on vous parlait il y a quelques années déjà quand ce débat était à ses balbutiements, reste la principale crainte des opérateurs.

«Le lancement des études de convergence pour la migration vers une solvabilité basée sur les risques ... et la préparation de la publication de nos comptes, selon la norme IFRS 17, a mis notre secteur à rude épreuve ces dernières années», avait alerté Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR), à l'occasion des Rendez-vous de Casablanca de l'assurance. «Nous sommes conscients qu'il s'agit d'évolutions incontournables, mais il est important de garder en vue la taille de notre marché et de ses acteurs», avait-il averti.

Et si IFRS 17 est perçue comme une contrainte, c'est parce qu'elle impose des changements profonds dans les organisations des compagnies et peut générer de la volatilité dans leurs bilans et leurs comptes de résultats.  «L’implémentation de la norme IFRS 17 a été avant tout un défi organisationnel important, qui n’a en réalité pas été si rapide à relever, mais plutôt le fruit d’un travail acharné et de longue haleine impliquant plusieurs métiers au sein de la compagnie», nous expliquet-on auprès de la Marocaine Vie, première compagnie au Maroc à avoir implémenté la norme.

«Le projet a été initié au sein de La Marocaine Vie en 2019, sous l’impulsion du groupe Société Générale, et plus particulièrement de sa Business unit assurances, Société Générale Assurances à Paris, un de nos 2 actionnaires (avec Société Générale Maroc). Pour identifier et mieux appréhender les impacts d’IFRS 17 sur l’organisation existante, les processus, les systèmes d’information, les outils, etc., nous avons démarré par une grande phase de cadrage qui a porté sur des choix normatifs couvrant principalement les hypothèses de calculs», nous explique-t-on.

Ce qui change avec IFRS 17

D'un point de vue purement comptable, IFRS 17 vise à corriger les inadéquations entre l’évaluation de l’actif et du passif présentes sous IFRS 4, en proposant notamment une évaluation économique des provisions techniques, assurant ainsi une meilleure cohérence avec l’évaluation de l’actif. La nouvelle norme repose sur des fondamentaux proches de ceux de la directive Solvabilité 2 en Europe (futur SBR au Maroc), tels qu’une évaluation du passif d’assurance basée sur une approche prospective des flux de trésorerie en juste valeur. Mais la norme va au-delà des aspects comptables. 

«Ce nouveau standard constitue une révolution dont les enjeux dépassent les aspects purement comptables», explique le cabinet Pwc dans sa documentation sur la norme. Selon les experts, ceci va induire de profonds bouleversements en matière de communication financière des groupes d’assurance et il aura des conséquences majeures sur l’organisation interne du pilotage de la performance. En outre, l'impact opérationnel sur les données, les systèmes et les process sera considérable. 

Sur le continent africain, les régulateurs ont des agendas légèrement différents d'une région à l'autre, comme l'explique Anasse Youssfi, du cabinet spécialisé Actuelia : «L'ACAPS avait initialement prévu une adoption de la norme en 2023, mais elle a été reportée à 2025. Le régulateur tunisien a publié une consultation sur la norme IFRS 17 en 2019 et prévoit une adoption en 2023. En Côte d’Ivoire, les autorités financières ont annoncé leur intention d'adopter la norme IFRS 17, mais aucune date précise n'a encore été communiquée, alors qu'en Afrique du Sud, marché au fonctionnement très particulier, la version locale de la norme IFRS 17, SAURS 17, est déjà en vigueur pour les compagnies d'assurances depuis le 1er janvier 2023».

Pour cet expert, l'implémentation de la norme dans notre continent doit répondre à certains critères d'adaptation : «il faut absolument engager les parties prenantes parce que nous sommes dans un changement de référentiel. Le milieu académique par exemple. Ensuite, il faut veiller à simplifier les processus, dans un continent où l'assurance non vie est prépondérante». Anasse Youssfi recommande également d'adopter une approche graduelle, utiliser des outils technologiques adaptés ou encore renforcer les capacités des équipes, étant donné que la norme impacte plusieurs métiers au sein des compagnies. Une dernière piste est de collaborer avec d'autres acteurs du secteur de l'assurance.

La data au cœur de la norme

Selon les témoignages du marché, des données plus granulaires seront nécessaires pour déterminer les passifs d’assurance évalués selon le nouveau modèle comptable. Ce dernier requiert de développer des modèles de projection des flux de trésorerie futurs, de calcul de l’ajustement pour risque et de la marge de service contractuelle. Les outils actuariels devront être modifiés, voire entièrement redéveloppés et les systèmes amont et aval seront fortement impactés. De nouvelles briques applicatives devront être créées pour gérer et centraliser les données et informations nécessaires. 

 

 

 

 

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