Avec plus de 100 Mds de dirhams de créances en difficulté à fin 2025, Bank Al-Maghrib enclenche un chantier global pour désengorger les bilans bancaires et relancer le crédit.
Par Y. Seddik
Le sujet n’est pas nouveau, mais devient de plus en plus pressant. Face à un stock de crédits en souffrance qui dépasse 100 Mds de dirhams, Bank Al-Maghrib remet le recouvrement au cœur des priorités du secteur financier. Un niveau jugé élevé, surtout comparé à plusieurs économies où les taux restent nettement plus contenus (entre 1,5% et 6,8% selon les pays).
«Le taux de ces créances dans le secteur bancaire marocain s’établit à 8,2% à fin 2025, pour un encours dépassant 100 milliards de dirhams, un niveau jugé élevé comparativement aux standards internationaux», a indiqué Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, lors d’un séminaire national organisé conjointement avec le ministère de la Justice sur l’efficience du cadre juridique relatif au recouvrement judiciaire des créances en souffrance.
Pour le wali, c’est l’effet d’éviction qui inquiète. Ces créances immobilisent du capital, pèsent sur les bilans et limitent la capacité des banques à accorder de nouveaux financements. Un point régulièrement relevé par les agences de notation, qui continuent de surveiller de près la qualité des actifs du secteur bancaire marocain. La réponse de la Banque centrale s’organise autour d’un ensemble de réformes complémentaires. Le chantier le plus structurant reste la création d’un marché secondaire des créances en souffrance.
L’idée est de permettre aux banques de céder ces actifs, de récupérer de la liquidité et de réallouer leurs ressources vers le financement de l’économie. Un cadre légal est en préparation pour encadrer ces opérations, avec un double objectif : simplifier les procédures de cession et sécuriser le transfert des garanties, tout en maintenant la protection des débiteurs. En parallèle, le cadre prudentiel a été revu.
«Bank Al-Maghrib a introduit de nouvelles catégories de créances et renforcé les règles de classification et de provisionnement, dans une logique d’alignement avec les meilleures pratiques internationales. Une évolution qui vise à améliorer la transparence et à renforcer la discipline dans la gestion du risque de crédit», précise Jouahri. Autre levier activé : les pratiques de recouvrement elles-mêmes. Le secteur s’est doté d’une charte encadrant les démarches amiables, avec une priorité donnée aux solutions négociées avant tout recours judiciaire, dans un cadre plus transparent et encadré.
Reste enfin le maillon le plus sensible : le judiciaire. Complexité des procédures, délais de traitement, difficultés de notification… sont autant de contraintes identifiées par les acteurs. C’est sur ce point que le dialogue engagé avec le ministère de la Justice doit produire des résultats concrets, notamment via la digitalisation des procédures et le déploiement d’outils facilitant le traitement des dossiers.
Ainsi, «la plateforme “TABADOUL”, dédiée au paiement des frais judiciaires et au suivi des affaires, s’inscrit dans cette logique et devrait être progressivement étendue au secteur bancaire», souligne A. Jouahri. Au final, Bank Al-Maghrib avance sur plusieurs fronts pour desserrer l’étau des créances en souffrance. Un chantier technique, mais aux implications très concrètes : redonner de l’oxygène au crédit et, par ricochet, à l’investissement.