Textile et habillement: l’amont avance à reculons

Textile et habillement: l’amont avance à reculons

Dans une perspective de s’ouvrir davantage sur les marchés extérieurs, le Maroc ambitionne d’augmenter les exportations de textile à 50 milliards de dirhams.

Si les professionnels du secteur affichent leur enthousiasme, ils demeurent néanmoins convaincus que l’une des conditions indispensables pour y parvenir est le développement de l’amont textile, considéré comme le maillon faible de la chaîne de production.

 

Par M. Boukhari

Depuis quelques années, le Maroc met les petits plats dans les grands afin de hisser le secteur du textile à un niveau plus compétitif. Et ce, à travers notamment la signature de plusieurs accords en vue de consolider le partenariat stratégique avec d’autres pays et encourager les investissements. Selon des données récentes du ministère de l’Industrie et du Commerce, le secteur du textile, qui englobe 1.600 entreprises, a réalisé un chiffre d'affaires de 60 milliards de DH (MMDH) en 2022. Aussi, 173 projets d'investissement sont actuellement en cours pour améliorer l'intégration du secteur et le rendre conforme aux exigences des marchés mondiaux.

Néanmoins, cette mondialisation semble plutôt desservir un axe majeur dudit secteur qu’est l’amont textile. De fait, le Royaume reste fortement dépendant des marchés extérieurs et sa capacité d’exportation des produits finis est fortement tributaire de ses importations des matières premières (fil, tissu et accessoires). Chiffres à l’appui, 85% des intrants dans la production nationale sont importés. Qui plus est, une concurrence accrue induite par les produits en provenance des pays asiatiques majoritairement, continue de peser lourdement sur les professionnels du textile à l’échelle nationale. D’où l’importance de renforcer la position du Maroc sur la chaîne de valeur en passant de la sous-traitance à la production de produits 100% made in Morocco et jouissant d’une compétitivité sur le marché mondial.

Une industrie capitalistique, énergivore et à cycle long

Pour Abderrahmane Atfi, président de la délégation régionale de l’Amith Casablanca, la dépendance élevée aux intrants s’explique par plusieurs facteurs, à savoir : perte de l’industrie marocaine de l’amont suite à l’avènement des importations massives provenant de Chine, Turquie, etc.; absence d’incitations fiscales pour encourager la production locale de matières premières, notamment en accordant des avantages aux entreprises qui produisent des intrants au Maroc; absence d’une aide ou subvention à l’amont textile qui est une industrie énergivore. Il est donc essentiel de recentrer l’attention des autorités publiques sur l’amont textile, puisqu’il attire actuellement très peu d’investisseurs dans le Royaume en raison de coûts jugés très lourds. «Il faudrait encourager la création de fonds d'investissement ou de programmes de subventions spécifiques pour le secteur textile, afin de soutenir financièrement les nouvelles entreprises, de même que les petites et moyennes entreprises existantes», précise Atfi.

De son côté, Mohamed Joumani, administrateur chargé du développement de l’amont textile à l’Amith, affirme que l’amont textile représente plus de 65% de la chaîne de valeur des produits. «C’est une industrie capitalistique, énergivore et à cycle long qui nécessite beaucoup de fonds de roulement pour assurer les stocks de matières premières et produits. C’est pour cette raison que l’amont textile est généralement initié par des entreprises publiques, et ce n’est qu’après que le privé a pris le relais», indique-t-il. Et de poursuivre : «Afin d’être compétitif, l’amont textile nécessite une modernisation continue et soutenue des équipements et aussi de la recherche et développement pour innover. Les facteurs de production élevés (amortissement, énergie, frais financiers, frais de recherche, etc.) ont affecté la compétitivité de l’amont textile et ont conduit à la fermeture de plusieurs groupes.

Cependant, pour développer l’aval, il faut un amont fort capable de répondre à ses besoins en termes de délais, qualité et prix». Parmi les autres mesures qui semblent être nécessaires, selon Joumani, pour améliorer la compétitivité de l’amont textile, on cite une prime à l’investissement conséquente, des tarifs d’énergies, fuel et gaz adaptés, exonération de la patente pour l’amont, réglementer la friperie, adapter les droits de douane en fonction de la chaîne des valeurs…

Des efforts concertés

D’après une récente étude réalisée par l’Amith, les secteurs d’activité qui créent le plus de valeur ajoutée au secteur de l’amont sont la filature, la teinture et impression, en sus du finissage. «Il est impératif d’investir dans ces activités car nous disposons actuellement d’une occasion en or qui est celle de faire de Dakhla, avec son port atlantique, un hub textile mondial. Le climat de Dakhla est constant toute l’année et la température et l’humidité sont relatives, ce qui est idéal pour les filatures et tissage coton (économie de 15% d’énergie, climatisation…). Nous pourrions alors servir les marchés du coton africain (pays voisins) et américain ainsi que le reste du monde», explique Said Elaarbaoui Aadfichan, professionnel du secteur du textile.

S’exprimant récemment à la Chambre des représentants, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a révélé que le Maroc a pour ambition d’augmenter les exportations de textile à 50 milliards de dirhams. Et de noter que les exportations dudit secteur ont atteint 44 MMDH en 2022, soit un record historique par rapport à l’année 2018 (36 MMDH). Abderrahmane Atfi estime que cela montre la volonté de développer davantage ce secteur économique. Cependant, cela nécessitera, selon lui, des efforts concertés du gouvernement, de l'industrie et d'autres acteurs pour surmonter les défis et saisir les opportunités de croissance. Pour atteindre cet objectif, Atfi déclare que l’action gouvernementale doit cibler les axes suivants :

• Renforcer la compétitivité et soutenir les entreprises textile en leur fournissant des outils pour améliorer leur compétitivité, tels que des formations sur la gestion de la qualité, l'adoption de normes internationales et l'optimisation des chaînes d'approvisionnement.

• Promouvoir le label «Made in Morocco» et lancer une campagne de communication et de marketing pour promouvoir les produits textiles fabriqués au Maroc, en mettant en avant leur qualité, leur design et leur durabilité. Cela aidera à attirer davantage d'acheteurs internationaux et à accroître les exportations.

• Encourager et faciliter l'accès aux marchés internationaux : le gouvernement devrait accorder une prime à l’exportation (à l’instar des pratiques de certains pays de la région : Turquie, Égypte,…) tout en renégociant des accords commerciaux avantageux (règles d’origine) afin d’ouvrir de nouveaux débouchés commerciaux pour les entreprises textiles marocaines. L’exécutif peut également offrir des incitations financières pour soutenir la participation des entreprises aux foires et expositions internationales, favorisant ainsi leur visibilité sur la scène mondiale.

 

Quelques pistes pour donner un coup de boost à l’amont textile
Pour remédier aux blocages concernant l’amont textile, Abderrahmane Atfi recommande de : • Favoriser la recherche et développement : Le gouvernement peut allouer des fonds pour la recherche et développement dans le secteur textile afin de stimuler l'innovation, l'amélioration des procédés de production et la création de nouveaux produits. • Encourager les partenariats public-privé : Le gouvernement peut collaborer avec les acteurs privés du secteur textile pour développer des stratégies communes, partager les coûts d'investissement dans des projets d'envergure et bénéficier des expertises complémentaires. • Remédier au faible accès au savoir-faire technologique en créant des centres de formation spécialisés dans les techniques de pointe du secteur textile, offrant aux professionnels et aux travailleurs des opportunités d'apprentissage et de perfectionnement. • Réduire la facture énergétique des entreprises textile de l’amont (condition sine qua non) et leur empreinte carbone (nécessité de se brancher sur le circuit énergétique vert).

 

 

 

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