Plan de relance: au nom du patriotisme économique

Plan de relance: au nom du patriotisme économique

Le Maroc continue de subir les effets pervers de la crise, malgré un plan de relance ambitieux.

Un contexte favorable à la «préférence nationale» et au «protectionnisme», qui retrouvent grâce auprès des gouvernants.

 

Par D. William

 

L’arrivée du vaccin suscite certes beaucoup d’espoir, mais l’économie nationale baigne toujours dans l’incertitude. Il faut dire que le manque de visibilité, conjugué aux mesures restrictives toujours en cours restent, actuellement, des freins majeurs à un vrai décollage économique.

Et même si le Maroc s’est doté d’un plan de relance ambitieux, avec à la clé la mobilisation d’un pactole de 120 Mds de DH, son déploiement d’une manière effective et efficiente dépend en grande partie de la situation épidémiologique du pays, mais également de la maîtrise de la pandémie au niveau mondial, l’économie nationale étant fortement connectée à l’international.

En cela, le Royaume continue toujours de subir les effets pervers de cette pandémie. Un groupe comme Renault a ainsi dû réduire la voilure pour ce mois de février dans certaines de ses usines, dont celle de Tanger, en raison d’une pénurie de composants électroniques chez certains de ses fournisseurs.

Le Groupe au Losange a donc ajusté sa production pour la semaine allant du 8 au 14 février. Si la ligne 1 de l'usine de Tanger n'est pas concernée par ces ajustements, la ligne 2, quant à elle, connaitra un ajustement de 3 jours de production. Cette décision intervient dans un contexte où ce secteur a été fortement impacté par la crise en 2020.

En effet, selon les données de la Direction des études et des prévisions économiques, au terme des onze premiers mois de l’année, «les exportations du secteur de l’automobile, qui ont vu leur part dans le total des exportations revenir à 27,7% contre 28,5% un an auparavant, ont reculé de 10,8% suite à un repli des activités câblage (-20,5%), de la construction (-15,4%) et de l’intérieur véhicules et sièges (-9%)».

Ces difficultés ne sont pas propres à l’industrie automobile, mais touchent plusieurs autres branches de l’activité économique, comme notamment l’aéronautique. D’où la réflexion lancée au plus haut de la crise de revisiter en profondeur le modèle économique du Maroc.

Patriotisme économique

Dans un pays constitué à 95% de petites et moyennes entreprises, dont la plupart ont été davantage fragilisées par la crise sanitaire et économique, l’urgence n’est pas seulement de se focaliser sur la reprise, mais surtout de changer de paradigme pour implanter de nouveaux socles sur lesquels s’érigera le Maroc de demain. Un Maroc laminé par une crise qui a mis à nu les fragilités du tissu économique, mais aussi la forte dépendance du Royaume de l’extérieur.

C’est sous cet angle qu’il faut apprécier la ferme décision du Royaume de renforcer la production locale. L’ambition est de réduire de 183 à 100 Mds de DH les importations, pour produire sur le territoire national l’équivalent de 83 Mds de DH. La priorité à la production locale est ainsi devenue un enjeu de développement majeur.

Aussi, les concepts de «préférence nationale» et de «protectionnisme», décriés il y a juste quelques mois par les défenseurs invétérés de la mondialisation, retrouvent, grâce à cette crise, une certaine légitimité et perdent leur sens premier pour devenir plutôt le «patriotisme économique».

«Le patriotisme économique, la cohésion et la solidarité sociales doivent être les piliers de cette phase de reprise et de relance économique. Une relance conditionnée par la capacité de nos unités de production à fournir une offre suffisante en quantité et respectueuse des attentes des consommateurs en qualité-prix. C’est l’occasion de réconcilier les Marocaines et Marocains avec la production de biens et services de leur patrie», nous expliquait à ce propos Abdellatif Maâzouz, ancien ministre et expert en stratégies de développement.

Ce fameux patriotisme économique serat-il cependant suffisant pour bâtir le Maroc moderne auquel aspirent les citoyens ? Certainement pas. Et c’est en cela que le travail de la Commission spéciale sur le modèle de développement est éminemment important. Elle devra fortement s’inspirer des conséquences liées à cette crise pour ériger un modèle économique viable, pérenne et en phase avec les ambitions de développement du Maroc.

 

 

 

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