Pénurie mondiale de compétences: «Les entreprises internationales devront investir davantage dans la recherche et l’identification des talents africains»

Pénurie mondiale de compétences: «Les entreprises internationales devront investir davantage dans la recherche et l’identification des talents africains»

1,5 million : c’est le nombre d’étudiants censés décrocher un diplôme d’universités africaines en 2023, à en croire des données récemment publiées par l’Université Mohammed VI Polytechnique. Malgré cela, les organisations internationales continuent de parler d’une pénurie mondiale de compétences, ôtant, pour la plupart, toute possibilité de se tourner vers ce viver de talents africains.

Entretien avec Abdelkhalek Hassini, enseignant-formateur en France, conférencier, expert en migration et développement et président de l’association «CADOriental Europe».

 

Propos recueillis par M. Boukhari

Finances News Hebdo : D’après une récente étude de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), les entreprises internationales continuent de sous-estimer et négliger les talents africains, bien que ceux-ci pourraient représenter une réponse à la pénurie mondiale des compétences. En effet, seulement 48% des dirigeants d’entreprise considèrent le recours aux talents africains comme une solution. Quelle lecture en faites-vous ?

Abdelkhalek Hassini : Le fait que seulement 48% des dirigeants d’entreprise considèrent les talents africains comme une solution souligne le besoin urgent de changer cette perception et de reconnaître la valeur des compétences africaines. Cette sous-estimation des talents africains peut être le résultat de préjugés et de stéréotypes persistants, ainsi que d’un manque de visibilité et d’accès à ces talents. Il est essentiel de promouvoir une meilleure compréhension des compétences et des capacités des professionnels africains, afin de briser les barrières et de favoriser leur intégration dans les entreprises internationales.

Les talents africains peuvent apporter une perspective unique, une expertise diversifiée et une connaissance approfondie du contexte africain, ce qui peut être extrêmement précieux dans un monde de plus en plus interconnecté. En reconnaissant et en valorisant ces compétences, les entreprises internationales peuvent non seulement combler leurs besoins en matière développement économique et social de l’Afrique dans son ensemble. Il est donc crucial que les entreprises internationales reconsidèrent leur approche et investissent davantage dans la recherche et l’identification des talents africains, tout en créant des opportunités d’emploi et de collaboration. Une telle évolution permettrait de tirer pleinement parti du potentiel des talents africains et de construire des partenariats solides et mutuellement bénéfiques.

 

F.N.H. : Selon vous, quel est le manque à gagner par ces entreprises si elles ne se tournent pas davantage vers des talents africains ?

A. H. : Il est difficile de quantifier précisément le manque à gagner des entreprises internationales si elles ne se tournent pas davantage vers des talents africains. Cependant, il est clair que la pénurie des talents a un impact négatif sur leur chiffre d’affaires et leur croissance, ce qui peut limiter leur capacité à développer de nouveaux projets et à répondre aux besoins du marché. En s’ouvrant davantage aux talents africains, lesdites entreprises pourraient bénéficier d’une main-d’œuvre qualifiée et compétitive, capable de répondre aux défis de plus en plus complexes du marché mondial.

Les conséquences du manque à gagner pour les entreprises qui négligent les talents africains sont potentiellement significatives et se manifestent sous diverses formes. D'une part, cela peut se traduire par une perte de compétitivité. En effet, les talents africains apportent souvent des compétences uniques, une perspective diversifiée et une compréhension approfondie des marchés en pleine croissance en Afrique. En tirant parti de ces atouts, les entreprises ont l'opportunité de développer des produits et services mieux adaptés aux besoins locaux, renforçant ainsi leur position concurrentielle sur le continent.

D'autre part, l'absence d'investissement dans les talents africains peut entraîner une méconnaissance des opportunités de marché. L'Afrique est un marché en croissance rapide, caractérisé par une population jeune et en expansion. En ignorant les talents locaux, les entreprises passent à côté d'opportunités de croissance significatives. Les professionnels africains comprennent les spécificités culturelles et les préférences des consommateurs, ce qui peut faciliter l'entrée des entreprises sur ces marchés prometteurs.

De plus, la diversité des expériences et des perspectives est un moteur clé de l'innovation. En négligeant les talents africains, les entreprises limitent leur capacité à innover et à développer de nouvelles idées. Les talents africains peuvent apporter des solutions créatives à des problèmes complexes, ce qui est essentiel pour rester à la pointe de l'industrie.

Par ailleurs, les entreprises peuvent également bénéficier de coûts de main-d'œuvre compétitifs en recrutant des talents africains. Dans de nombreux pays africains, les salaires sont plus abordables par rapport aux économies occidentales, ce qui peut contribuer à réduire les coûts opérationnels.

En outre, en investissant dans les talents africains, les entreprises peuvent renforcer leur réputation en matière de responsabilité sociale des entreprises. Cela peut être un atout important pour attirer des clients soucieux de l'éthique et de la durabilité, et pour fidéliser les employés qui souhaitent travailler pour des entreprises socialement responsables. Enfin, collaborer avec des talents africains peut ouvrir la voie à des partenariats stratégiques, tant avec des entreprises locales qu'internationales. Ces alliances peuvent offrir des avantages considérables en termes d'accès à de nouveaux marchés, de ressources et de connaissances sectorielles.

F.N.H. : Quelles sont aujourd’hui les compétences requises pour taper dans l’œil de ces organisations internationales ?

A. H. : Les compétences requises pour attirer l’attention des organisations internationales varient en fonction de la nature de celles-ci et de leurs domaines d’intérêt. Cependant, certaines compétences sont généralement recherchées par les organisations internationales, notamment :

1. Compétences linguistiques : La maîtrise de plusieurs langues, en particulier l’anglais, est souvent un critère important pour les organisations internationales.

2. Compétences interculturelles : La capacité à travailler efficacement dans un environnement multiculturel est essentielle pour les organisations internationales, qui opèrent souvent dans des contextes mondiaux.

3. Compétences techniques : Les organisations internationales recherchent souvent des professionnels ayant une expertise technique dans des domaines tels que la finance, la gestion de projet, la communication, etc.

4. Compétences en leadership : Les organisations internationales ont besoin de leaders capables de gérer des équipes diverses et de prendre des décisions stratégiques.

5. Compétences en communication : Les organisations internationales recherchent des professionnels ayant une excellente capacité à communiquer avec différentes parties prenantes, y compris les gouvernements, les ONG, les partenaires du secteur privé et les communautés locales.

6. Compétences en résolution de problèmes : Les organisations internationales ont besoin de professionnels capables de résoudre des problèmes complexes dans des environnements difficiles.

En somme, les compétences requises pour attirer l’attention des organisations internationales sont multiples et varient selon les contextes. Cependant, les professionnels ayant une combinaison de compétences techniques, interculturelles, en leadership et en communication sont généralement.

 

 

 

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