Dans un contexte marqué par le stress hydrique, les acteurs du tourisme sont appelés à accélérer leur transition vers des pratiques plus durables afin de garantir la pérennité du modèle touristique national.
Le dynamisme du tourisme marocain se reflète dans l’afflux continu de visiteurs, dont le nombre bat de nouveaux records année après année. En 2025, le Royaume a accueilli près de 20 millions de touristes. Porté par les perspectives qu’offre l’organisation de la Coupe du monde et par l’intérêt grandissant des tour-opérateurs internationaux, le Maroc vise désormais le cap des 30 millions de visiteurs à l’horizon 2030.
Cependant, cette ambition s’accompagne d’importants enjeux en matière de durabilité et de préservation des ressources. En effet, une augmentation significative du nombre de touristes met inévitablement une pression accrue sur les ressources naturelles, en particulier l’eau, pour un pays qui vient de sortir de plusieurs années de sécheresse. Dans un climat semiaride caractérisé par un manque fréquent de précipitations, une gestion responsable des ressources est essentielle.
Dans une récente interview accordée à la MAP, Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, a insisté sur la nécessité d’un tourisme durable dans l’industrie touristique marocaine, ajoutant que celleci dépend fondamentalement des richesses naturelles et culturelles du pays.
La ministre a également noté que la tendance vers l’écotourisme montre une prise de conscience accrue des enjeux environnementaux et de la nécessité de protéger ces ressources précieuses. Car, précise-t-elle, de plus en plus de touristes étrangers et de résidents recherchent un tourisme qui respecte l’environnement et la population. L’objectif est de proposer des expériences qui allient la découverte culturelle, le soutien aux communautés locales et une réduction de l’empreinte écologique.
En accord avec la Stratégie nationale de développement durable, une feuille de route a été lancée, mettant la durabilité au centre des préoccupations. L’intérêt pour le développement durable est désormais établi pour encourager les pratiques écoresponsables à tous les niveaux de la chaîne touristique. Cependant, la croissance rapide du secteur touristique exerce une forte pression sur les ressources naturelles, surtout en ce qui concerne l’eau.
Le Maroc compte environ 5.000 unités d’hébergement qui dépendent toutes d’un approvisionnement en eau suffisant, un enjeu critique dans le contexte actuel de rareté croissante de cette denrée vitale. L’arrosage des espaces verts, notamment les terrains de golf, et le remplissage des piscines requièrent également une gestion appropriée pour minimiser l’impact environnemental. Selon certaines études, la consommation moyenne d’un touriste varie entre 200 et 300 litres d’eau par jour, ce qui représente jusqu’à cinq fois les besoins quotidiens d’un résident.
Pour relever ces défis, les opérateurs touristiques mettent en œuvre diverses initiatives pour réduire la consommation d’eau. Parmi les mesures prises, on peut citer le recyclage des eaux usées pour arroser les espaces verts, l’installation d’économiseurs d’eau sur les robinets et douches, ainsi que l’utilisation de couvertures pour limiter l’évaporation dans les piscines. Cependant, sensibiliser les touristes à une utilisation modérée de l’eau reste une priorité. Dans les régions arides, notamment dans le sud, où les coupures d’eau sont fréquentes, des réservoirs ont été installés pour pallier ces défaillances. Toutefois, ces efforts exigent des investissements conséquants.
Partant du constat que les touristes sont de gros consommateurs d’eau et d’énergie, des initiatives ont été lancées pour aider les opérateurs dans ce domaine. On peut citer la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, le label clé verte qui a permis à des hôtels labellisés de réduire significativement leur consommation d’eau, et l’augmentation des engagements de certification environnementale dans le secteur hôtelier haut de gamme. Cependant, ces efforts restent encore limités et partiellement intégrés dans une stratégie nationale. Said Tahiri, économiste et opérateur touristique, souligne que le Maroc s’est engagé dans le dessalement, la réutilisation des eaux usées, la construction de barrages et l’augmentation de l’efficacité hydrique.
Néanmoins, précise-t-il, il serait judicieux de prévoir d’autres initiatives comme établir des normes obligatoires pour l’eau et l’énergie dans l’hôtellerie, envisager des incitations fiscales pour les établissements durables, et promouvoir l’écotourisme dans les zones rurales, oasiennes, de montagne et sahariennes.
Et d’ajouter que «le tourisme durable n’est plus une option, mais une nécessité. Il doit s’articuler autour de trois axes : une réglementation stricte sur l’eau et l’énergie dans l’hôtellerie, accompagnée d’incitations financières pour les établissements respectueux de l’environnement. Ensuite, un développement affirmé de l’écotourisme dans les zones rurales et montagneuses pour désengorger les destinations saturées tout en créant de la valeur locale. Enfin, une formation des professionnels à la durabilité, car le capital humain est essentiel pour toute stratégie de gestion responsable des ressources dans l’hôtellerie».