Tourisme: dernière ligne droite vers le niveau pré-covid

Tourisme: dernière ligne droite vers le niveau pré-covid

Les indicateurs sont au vert ! Le secteur touristique marocain reprend ses forces en générant en 2022 des recettes dépassant de 15,9% celles collectées en 2019.

Les professionnels du secteur sont optimistes quant au déroulement de la saison touristique 2023, mais le renforcement du transport aérien demeure indispensable pour parvenir à atteindre les objectifs fixés.

 

Par M. Ait Ouaanna

Depuis la réouverture des frontières marocaines au premier trimestre 2022, le secteur touristique a commencé petit à petit à retrouver des couleurs. Même si au cours des premiers mois de l’année, les entreprises touristiques avaient du mal à décoller, suite notamment au maintien de certaines conditions d’accès au territoire national, à savoir le pass vaccinal et le test PCR, 2022 s’est soldée par un taux de récupération de 84% des flux touristiques par rapport à la période pré-covid. Selon les données récemment dévoilées par Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie sociale et solidaire, comparativement à 2019, le Maroc a pu récupérer en 2022, 84% de ses touristes, au moment où le taux de récupération mondial ne dépasse pas les 65%. Dans le détail, les aéroports du Royaume ont retrouvé 82,12% de leur trafic et 83,02% de leurs mouvements aéroportuaires en 2022 par rapport à 2019.

Concernant les établissements d’hébergement touristique (EHT), ils ont pu récupérer 84% de leur activité. D’après un rapport de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le Royaume occupe actuellement le troisième rang du classement des pays arabes les plus visités en 2022 avec près de 11 millions de touristes. Ainsi, cette reprise s’est répercutée positivement sur les recettes de voyages qui ont carrément dépassé leur niveau pré-pandémique. Dans sa note de conjoncture de février 2023, la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) fait savoir que les recettes touristiques ont dépassé, à fin 2022, leur niveau pré-crise de 15,9%, après une baisse de 56,4% un an plus tôt.

Destination Maroc en vogue

«Même si le Maroc a rouvert ses frontières tardivement, soit le 7 février pour l’aérien et le 7 avril pour le maritime, les recettes du tourisme international ont tout de même dépassé 90 milliards de dirhams (MMDH). En accueillant 10.869.000 de touristes en 2022, le Maroc a pu récupérer 84% du total d’arrivées enregistré en 2019. Mais il faut toutefois préciser que les MRE constituent 53% de ce chiffre. En effet, sur les 10.869.000 de touristes, 5.804.000 sont des MRE et 5.064.000 des touristes étrangers. Par conséquent, le taux de récupération des MRE se situe à 99% par rapport à 2019 et celui des touristes étrangers est de 72%. En ce qui concerne le volume des nuitées, celuici s’est élevé à 19 millions en 2022 contre plus de 25 millions en 2019, soit un taux de récupération de 75%. Pour ce qui est du tourisme interne, le taux de reprise dépasse les 101%», explique Zoubir Bouhoute, expert en tourisme.

Comme souligné par notre interlocuteur, le Royaume cherche à attirer 14 millions de touristes en 2023, 17 millions à l'horizon 2026, et 26 millions en 2030. Pour ce qui est de la saison en cours, tous les facteurs sont réunis pour parvenir à atteindre l’objectif fixé. D’abord, la brillante participation de la sélection nationale au Mondial du Qatar a offert au pays une bonne campagne publicitaire. Un engouement sur lequel la tutelle compte capitaliser pour renforcer l’attractivité de la destination Maroc. Il faut dire que le football a été une bouffée d’air frais pour le secteur, car en plus de la Coupe du monde, le Mondialito, organisé par le Royaume, du 1er au 11 février 2023, a boosté l’activité touristique, notamment au niveau des deux villes hôtes, Rabat et Tanger. En vue de profiter de l'engouement actuel, l’Office national marocain du tourisme (ONMT) prévoit, dans le cadre de la mise en œuvre de sa politique de relance du secteur, d’ouvrir ses bureaux dans plusieurs pays.

Ainsi, les marchés ciblés sont le Portugal, la Suisse, la Scandinavie, le Canada, le Brésil, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Afrique anglophone et l’Australie. En cela, le président du Conseil régional du tourisme (CRT) de Casablanca-Settat, Othman Cherif Alami, s'est montré optimiste quant à la saison touristique 2023 : «le Royaume a bénéficié d’une très bonne image de sécurité et cela a conforté la reprise au niveau du secteur touristique. En plus, son attractivité, son soleil et ses espaces naturels font toujours la une des Top Ten chez les clients européens. De ce fait, la tendance est bonne pour le Royaume du Maroc. Les commandes sont parfaitement alignées avec de futurs bons résultats. En effet, depuis début février 2023, nous voyons que les réservations augmentent progressivement, particulièrement à Marrakech et Agadir».

 

Renforcement de l’aérien : une nécessité

De son côté, Zoubir Bouhoute souligne que les perspectives sont bonnes, mais le renforcement du transport aérien demeure indispensable afin de favoriser la croissance du secteur. «Les 4 premiers mois de l’année en cours, le secteur va enregistrer un taux de récupération ainsi qu’un taux de progression très importants par rapport à 2022, puis l’évolution va continuer. Nous sommes certes confiants par rapport à cette saison durant laquelle le Maroc va certainement atteindre 14 millions de touristes. Mais si nous voulons atteindre 17,5 millions de touristes à fin 2026, il faut mettre en place les connexions aériennes nécessaires.

L’analyse de récupération du volume des vols aériens de 2022 démontre bien que le Royaume a pu récupérer les touristes provenant des principaux marchés émetteurs, notamment l’Europe, mais pour d’autres marchés, comme par exemple l’Allemagne ou encore l’Amérique latine, il va falloir fournir beaucoup d'efforts. En 2022, le volume de connexions aériennes enregistrées avec l’Amérique latine ne représente que 0,4% du mouvement observé pendant 2019», analyse-t-il. Et de poursuivre : «Globalement, nous avons une feuille de route très ambitieuse. La ministre avait promis aux professionnels qu’environ 2 Mds de DH seront alloués à la promotion de l’aérien. Si la ministre arrive à convaincre les parties concernées de mettre plus d’argent, les choses vont certainement bouger dans le bon sens, surtout qu’il s’agit d’un secteur pourvoyeur d’emploi, avec près de 550.000 postes de travail direct, et d’un véritable créateur de richesse». Dans le cadre du renforcement des liaisons aériennes, l’ONMT a impulsé l’ouverture de pas moins de 35 nouvelles lignes avec 10 compagnies aériennes.

Selon l’Office, ce sont 8 destinations marocaines qui sont concernées par ce vaste programme, à savoir Agadir, Essaouira, Fès, Marrakech, Nador, Ouarzazate, Rabat et Tanger. Ces nouvelles lignes concernent 9 marchés émetteurs. Il s’agit de l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, la Grèce, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni. Néanmoins, Bouhoute estime qu’en plus du renforcement des liaisons aériennes, l’encouragement de l’investissement est primordial. «L’ouverture de nouveaux bureaux de l’ONMT à travers le monde va grandement contribuer à faire connaître la destination Maroc. Aussi, la mise en place du visa électronique va faciliter l’ouverture du Royaume sur des marchés potentiels. En revanche, il faut mettre en place des mesures incitatives pour augmenter l’investissement, avoir plus d’établissements touristiques, plus de transports et plus de restaurants», note-t-il.

 

Tourisme interne, le pare-chocs

Par ailleurs, Bouhoute met l’accent sur la nécessité de promouvoir le tourisme interne qui a connu une reprise de 101% en 2022 par rapport à 2019. «Il faut accorder une importance particulière au tourisme intérieur qui a joué le rôle de pare-chocs au moment des crises. Pour cela, il faut préparer un produit qui répond aux habitudes de consommation des Marocains et délivrer des chèques-vacances. Cette mesure va permettre aux entreprises touristiques de maintenir leur activité, en cas de crise, grâce à la sécurité apportée par le touriste national», conclut-il. 

 

 

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