Les sanctions contre la Russie continuent de pleuvoir

Les sanctions contre la Russie continuent de pleuvoir

Par Omar Fassal

Après la découverte de corps de civils abattus en masse dans la ville de Bucha, à proximité de Kiev, le bloc occidental crie au crime contre l’humanité; le bloc russe dénonce une mise en scène filmée par les Ukrainiens pour amadouer l’opinion publique. Il n’en fallait pas plus pour que les Etats-Unis et leurs alliés européens décident de renforcer les sanctions économiques contre la Russie. Cette-fois ci, un embargo sur les exportations de composantes électroniques et des semi-conducteurs avancés d’une valeur de 10 milliards d’euros, et un embargo sur les importations de bois, de ciment, de produits de la mer et des liqueurs d’une valeur de 5 milliards d’euros. Concernant le secteur énergétique - dont la dépendance envers la Russie est critique pour le continent -, pas de mesures sur le pétrole, mais par contre, l’Europe souhaite mettre en place un embargo sur les importations de charbon à partir du mois d’août.

Cette décision intervient alors même que la Russie fournit 70% des importations en charbon du continent. En taille absolue, l’Allemagne et la Pologne sont les deux principaux concernés : ils concentrent la majorité des importations russes. L’Allemagne a d’ailleurs pris le contrôle de la filiale de Gazprom sur son territoire– au moins jusqu’à septembre 2022–, en expliquant que cette entreprise gérait une infrastructure critique pour le pays. Cette filiale gère le transport, le stockage et le négoce du gaz en Allemagne. Le pays a enclenché la première étape de son plan de gestion de crise, en appelant les consommateurs à réaliser des économies sur leur consommation de gaz.

A la dernière étape du plan, le pays mettrait en place un rationnement de la consommation. Des sanctions économiques sont également prévues sur le secteur du transport : les ports européens seront fermés aux navires russes, et les transporteurs routiers russes et bélarusses seront interdits de circulation. Du côté américain, alors que seuls les investissements dans le secteur énergétique russe étaient interdits auparavant, les Etats-Unis souhaitent désormais interdire toute forme d’investissement en Russie, quel que soit le secteur. Les sanctions visent également le secteur bancaire. A présent, toutes les transactions bancaires – pas seulement celles qui passent par le système SWIFT – sont interdites avec quatre établissements russes.

Les Etats-Unis, en partenariat avec le G7 et l’Union européenne, travaillent également à colmater les fuites qui permettent à la Russie de contourner une partie des sanctions, en transférant leurs actifs vers des juridictions neutres. De son côté, la Russie a répliqué sur le plan financier en demandant dans un premier temps que les paiements des exportations énergétiques se fassent en Rouble. Cela amènerait les Occidentaux à faire l’inverse de ce qu’ils souhaitent : alors qu’ils visent à faire baisser la valeur du Rouble, ils se retrouveraient, dans un tel scénario, obligés de vendre des Dollars et des Euros pour acheter du Rouble en vue de payer les fournisseurs, ce qui les amènerait à défendre la monnaie russe en la tirant à la hausse !

Les Occidentaux ont répliqué que cela représentait une violation des contrats, mais il ne faut pas se mentir : lorsque la guerre éclate, la saisie des actifs et les réquisitions d’entreprises deviennent monnaie courante, et les contrats ne veulent plus dire grand-chose… Peu après, la Russie a annoncé qu’elle renonçait dans un premier temps à cette demande, et que les importations pouvaient continuer à être payée en Euros sur le continent. Par ailleurs, l’Europe a décidé d’élargir la liste des hommes d’affaires russes sous le coup des sanctions, en raison de leurs liens avec le Kremlin. Leurs actifs seront gelés, et ils feront l’objet d’une interdiction de voyage. Mais ces sanctions financières marchent-elles réellement  ? Peuvent-elles faire le poids face au bruit des canons ? L’idée derrière les sanctions financières est double.

D’abord, assécher les sources de financement qui alimentent les dépenses militaires. L’argent est le nerf de la guerre; même la meilleure des armées se retrouverait en difficulté si les financements s’amenuisaient, apportant un lot de désorganisation logistique (nourriture, carburant, munitions…). Ensuite, l’idée des sanctions financières, c’est également de ruiner l’économie adverse, de sorte à provoquer un soulèvement social. Que cela provienne des émeutes dans la rue ou du cercle des élites du monde des affaires, le but recherché est celui de déstabiliser le régime, l’amenant soit à disparaitre, soit à renoncer à son projet. Le bloc occidental en est déjà à son cinquième paquet de sanctions économiques contre la Russie. Les sanctions prises dans les précédents rounds sont tellement importantes qu’il devient de moins en moins évident d’en trouver de nouvelles.

Plus tellement de munitions en poche pour les Occidentaux sur ce terrain, si ce n’est freiner les importations de pétrole et de gaz naturel, mais cela nécessite une longue préparation à l’avance. C’est ce qui se murmure en coulisse : couper les ponts énergétiques avec la Russie. Toutefois, il convient de noter que les effets des sanctions économiques ne se produisent qu’à moyen terme. Il faudra donc patienter pour voir comment l’économie russe encaisse ces chocs. Entretemps, la Russie ne cesse de développer son partenariat avec plusieurs pays asiatiques, pour garantir des débouchés à ses exportations et trouver des sources alternatives d’importations. La Chine et l’Inde, qui représentent à eux deux presque 3 milliards d’individus, sont les principaux concernés. Dans cette confrontation qui ne faiblit pas, les pays en voie de développement sont des victimes collatérales : des émeutes sociales massives ont déjà éclaté au Sri Lanka et au Pérou, en raison principalement de la cherté de la vie (notamment du pétrole), ce qui a amené les autorités à prendre des mesures fortes pour rétablir l’ordre, en instaurant dans certains cas des couvre-feux.

 

(*) : Omar Fassal travaille à la stratégie d’une banque de la place. Il est l'auteur de trois ouvrages en finance et professeur en Ecole de commerce. Retrouvez-le sur www.fassal.net

 

 

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