IA - Marché du travail : le défi n'est plus technologique, il est désormais humain

IA - Marché du travail : le défi n'est plus technologique, il est désormais humain

Comment préparer les entreprises à l'impact de l'intelligence artificielle sur les métiers ? Cette question a réuni à Casablanca dirigeants, experts et responsables publics autour des transformations déjà à l'œuvre dans le monde du travail.

Et si l'intelligence artificielle ne supprimait pas d'abord les emplois, mais transformait la manière de travailler ? C'est autour de cette question que se sont retrouvés dirigeants d'entreprises, experts, universitaires et responsables des ressources humaines lors d'une conférence organisée par la BMCI et l'École Centrale Casablanca.

En ouvrant les travaux, Hicham Seffa, Président du Directoire de la BMCI, a rappelé que cette révolution technologique devait avant tout rester centrée sur l'humain. "Notre conviction est simple : une intelligence artificielle responsable et une intelligence artificielle au service de l'humain." Pour le dirigeant, l'IA "va transformer profondément nos métiers et nos organisations" et modifier "la manière de recruter, d'apprendre et d'accompagner nos collaborateurs".

Le dirigeant de la BMCI a également mis en avant le partenariat développé avec l'École Centrale Casablanca autour de projets d'innovation, d'accompagnement des étudiants et de cas d'usage concrets pour les entreprises. "L'intelligence artificielle n'est pas seulement une évolution technologique, c'est une opportunité pour répondre aux enjeux de compétences, améliorer la compétitivité de nos entreprises et accélérer le développement du pays."

Le ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, dont l'intervention a été diffusée sous la forme d'une vidéo générée par IA, a replacé cette transformation dans une perspective plus large. "Les machines n'ont pas remplacé les hommes. Elles ont remplacé certaines tâches." Selon lui, l'intelligence artificielle "démocratise la créativité" en permettant aux très petites entreprises d'accéder à des capacités jusque-là réservées aux grands groupes.

"Le risque n'est pas que les machines deviennent trop intelligentes. Le risque, c'est que ceux qui ne maîtrisent pas ces outils restent à l'écart", a-t-il averti. Pour le ministre, le véritable défi réside désormais dans le développement des compétences. "La vraie question n'est pas combien de postes seront automatisés, mais comment permettre à nos équipes de monter en compétence pour travailler avec ces outils." Il a également réaffirmé l'ambition du Royaume de faire évoluer le Maroc du "Fabriqué au Maroc" vers le "Conçu et innové au Maroc", en misant sur les compétences, l'innovation et la création de valeur.

Jusqu'à 4,6 millions de postes concernés à l'horizon 2030

L'intervention la plus attendue était celle de Zouheir Lakhdissi, vice-président du CAESD et fondateur d'AI Crafters, venu présenter les premiers résultats d'une étude consacrée à l'impact de l'intelligence artificielle sur le marché du travail marocain.

Les projections présentées montrent que le phénomène dépassera largement la seule automatisation. Dans un scénario central à l'horizon 2030, près de 1,5 million de postes seraient soumis à une forte pression liée à l'IA, tandis que 3,1 millions de travailleurs connaîtraient une transformation significative de leurs activités professionnelles. Au total, 4,6 millions de postes pourraient être affectés, à des degrés divers, par cette évolution. En parallèle, environ 180.000 emplois numériques devraient être créés pour accompagner cette transition.

Les secteurs les plus exposés sont l'offshoring et le BPO (30%), les banques et assurances (22%), l'industrie automobile (15%), le textile et l'habillement (14%) ainsi que certaines fonctions administratives. Les jeunes, les femmes et les travailleurs évoluant dans l'économie informelle figurent parmi les catégories les plus vulnérables face à cette transformation.

Pour l'expert, l'intelligence artificielle ne signe pas la disparition des métiers, mais leur profonde recomposition. "On ne cherche plus seulement des gens qui codent, mais des profils capables d'orchestrer." Selon lui, la valeur se déplacera progressivement des tâches d'exécution vers des missions de supervision, de contrôle, d'analyse et de création.

"L'IA n'a pas de conscience, pas de morale", a rappelé Lakhdissi. "Nous aurons toujours besoin d'humains capables d'apporter du jugement, de la créativité et du discernement." L'expert a rappelé que, selon le Forum économique mondial, 170 millions d'emplois devraient être créés dans le monde d'ici 2030, contre 92 millions déplacés, soit un solde net positif de 78 millions d'emplois, tandis que 39% des compétences actuelles devraient évoluer.

Lakhdissi a résumé le défi auquel sont confrontées les entreprises comme les salariés : "Nous avons besoin d'être chaque jour exceptionnellement humains, parce que les machines seront de plus en plus artificielles." Une formule qui résume l'esprit de cette conférence. Car si l'intelligence artificielle promet des gains de productivité inédits, elle rappelle aussi que l'avantage compétitif de demain ne reposera plus uniquement sur la technologie, mais sur la capacité des organisations à développer les compétences qui permettront de transformer cette technologie en véritable levier de création de valeur.

La conférence s'est poursuivie avec plusieurs tables rondes consacrées à l'évolution des ressources humaines à l'ère de l'intelligence artificielle, réunissant dirigeants d'entreprises, experts et DRH autour des usages concrets de l'IA, de la transformation des métiers et de la montée en compétences des collaborateurs.

 

 

 

 

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