Filière laitière: la sécheresse met à nu les fragilités du secteur

Filière laitière: la sécheresse met à nu les fragilités du secteur

Les exploitants ont revu à la baisse leur ambition de développement.

Le plan d’urgence décrété par l’Etat est insuffisant pour redresser la situation.

 

Par C. Jaidani

La filière laitière figure parmi les activités qui ont pu réaliser des performances remarquables dans le cadre du Plan Maroc Vert (PMV). Grâce à un contratprogramme conclu entre les professionnels du secteur et l’Etat, tous les objectifs fixés ont été atteints, permettant pour la première fois au Royaume de réaliser son autosuffisance dans ce domaine. Mais, face à une sécheresse récurrente, le rendement de l’activité a baissé de pas moins de 20%. Les éleveurs étaient contraints de revoir sensiblement à la baisse leur ambition. Du coup, les investissements ont été réduits ou différés et les frais d’exploitation contenus au strict minimum.

Le gouvernement a pris en urgence une série de dispositions afin d’atténuer les difficultés dues à cette mauvaise conjoncture. L’objectif est de venir en aide aux exploitants et combler aussi la diminution de la production de produits laitiers. Parmi les mesures prises, figurent notamment l’exonération de la TVA sur l’importation des aliments composés pour le bétail et une subvention concernant l’importation de 20.000 génisses sur 24 mois. Ces mesures comportent, en outre, une subvention sur la production de génisses locales et l’organisation de l’insémination artificielle. Il a également été décidé de faciliter l’importation du lait en poudre et du beurre, en attendant la mise en œuvre d’un programme national de production des aliments composés. 

A la Chambre des représentants, Mohamed Sadiki, ministre de l’Agriculture, des Pêches maritimes et des Eaux et Forêts, s’est montré rassurant. Il a indiqué que «son département a œuvré en faveur de la mise en place d'un système de suivi en continu, en partenariat avec les professionnels, pour garantir une offre suffisante; soutenir les importations de vaches laitières à hauteur de 20.000 têtes sur 24 mois, en plus de l'appui à la production de vaches laitières locales (4.000 dirhams/tête)». De nombreux exploitants de la filière laitière estiment que ce dispositif a une portée limitée pour redresser la situation. Il est à rappeler que le cheptel national de vaches laitières se compose de vaches de races pures importées de l’étranger et de races locales ou croisées.

«La première catégorie est très productive, mais a besoin d’une alimentation de qualité et un entretien adéquat. Du coup, face à un renchérissement des intrants qui n’a pas été assez compensé par la hausse des prix du lait, les exploitants trouvent beaucoup de difficultés à dégager des bénéfices. Essentiellement pastorale, la deuxième catégorie est plus portée sur les parcours naturels, mais comme ces derniers se sont appauvris cette année du fait de la sécheresse, les éleveurs sont obligés d’ajouter des compléments alimentaires pour préserver leur troupeau», souligne Abderrahim Mouhajir, ingénieur agronome. Bien réparties dans l’espace et dans le temps, les dernières pluies sont salvatrices et donnent beaucoup d’espoir aux agriculteurs, notamment les éleveurs. 

 

13 milliards de DH de chiffre d’affaires
Selon les chiffres publiés dernièrement par le ministère de l’Agriculture, la filière laitière concentre 1,8 million de vaches laitières. Leur production peut atteindre au cours des années pluvieuses 2,5 milliards de litres par an et chuter à moins de 2,2 milliards de litres lors des années de sécheresse. Le secteur regroupe également 260 producteurs et 15 acteurs industriels. Il génère un chiffre d’affaires annuel de 13 milliards de DH, dont 7 milliards reviennent aux acteurs de l’amont dans le monde rural. Au total, 460.000 emplois permanents sont assurés, en plus des quelques milliers d’autres indirects. Ces chiffres montrent clairement que la filière revêt une importance capitale dans le secteur agricole national.

 

 

 

 

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