Équilibres macroéconomiques: les prévisions de Fitch Ratings

Équilibres macroéconomiques: les prévisions de Fitch Ratings

Fitch Ratings a confirmé la notation souveraine à long terme du Maroc à «BB+» avec une perspective stable.

Pour l’agence, les déficits importants et le ralentissement économique entraîneront une augmentation de la dette publique.

 

Par Y. S

La note «BB+» du Maroc traduit une composition favorable de la dette, des coussins de liquidité externes confortables et une stabilité macroéconomique, reflétée par une inflation et une volatilité du PIB relativement faibles avant la pandémie. Ces atouts sont contrebalancés par la faiblesse des indicateurs de développement et de gouvernance, des déficits budgétaire et courant plus importants que ceux des pays comparables.

Coup dur pour la reprise : en 2021, la croissance du PIB a rebondi à 7,4%, après s'être contractée de 6,4% en 2020. «Nous prévoyons que la croissance ralentira à 1,1% en 2022, en raison de la pire sécheresse depuis des décennies, entraînant une contraction de la production agricole couplée à un environnement international défavorable. Nous prévoyons une reprise à 3% en 2023 (pour se rapprocher de la médiane «BB» projetée à 3,5%). Les répercussions du conflit en Ukraine et les perturbations prolongées des chaînes d'approvisionnement mondiales représentent les principaux risques à la baisse pour nos perspectives de croissance», explique Fitch.

Pressions inflationnistes : en 2021, l'inflation a été en moyenne de 1,4%. Au T1-2022, l'inflation s'est accélérée à 4% en glissement annuel en moyenne, reflétant la hausse des prix de l'alimentation, de l'énergie et des transports. «Nous tablons sur une inflation moyenne de 4,7 % en 2022, avant de redescendre à 2% en 2023, mais nos prévisions comportent des risques haussiers. En mars, BAM a décidé de maintenir son taux directeur à 1,5% pour soutenir l'économie et atténuer les effets de la conjoncture internationale défavorable. Si les pressions inflationnistes persistent, BAM pourrait resserrer sa politique monétaire en 2022», ajoute l'agence de notation.

Choc des prix des matières premières : le Maroc est vulnérable aux fluctuations des prix des matières premières. Il importe 90% de ses besoins énergétiques, et depuis que l'Algérie a fermé l'accès au gazoduc GME, le pays dépendra davantage du charbon ou des produits pétroliers pour la production d'électricité. Les importations d'énergie ont représenté en moyenne 6,3% du PIB par an sur la période 2017-2021. «Nous prévoyons donc une facture énergétique plus élevée en 2022. De plus, le conflit a perturbé l'approvisionnement en blé à l'échelle mondiale. L'Ukraine et la Russie ont fourni environ 20% des importations céréalières du Maroc. Face à une baisse de la production nationale, le Maroc devra chercher de nouveaux fournisseurs à un coût plus élevé, ce qui exercera une pression sur la balance commerciale», indique sur ce point l'agence new-yorkaise.

Pressions sur le comptant courant : Toujours selon Fitch, le déficit de la balance commerciale passera de 2,4% en 2021 à 5,8% du PIB en 2022, en raison de la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires et de l'énergie. Les exportations marocaines de phosphates compenseront en partie l'augmentation des importations, car les prix des engrais ont encore augmenté en raison d'une pénurie mondiale résultant des sanctions imposées à la Russie. Les recettes touristiques, elles, seront probablement plus élevées en 2022, mais inférieures au niveau d'avant la pandémie. «Nous nous attendons à ce que le déficit se réduise à 3,7% en 2023, à mesure que les prix des produits de base baissent et que les exportations continuent d'augmenter parallèlement aux revenus du tourisme», précisent les analystes.

Dette élevée, la composition réduit les risques : les déficits importants et le ralentissement économique entraîneront une augmentation de la dette publique en 2022 à 79% du PIB et 81,6% en 2023, contre 74,2% en 2021. Pour Fitch, «la dette sera globalement stable à partir de 2023. Cependant, la flexibilité du financement budgétaire est étayée par l'accès à une large base d'investisseurs nationaux et un solide soutien des créanciers officiels. 77% de la dette du Trésor  étaient libellés en dirhams à fin 2021, limitant les risques de change», soulignet-on.

 

 

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