Economie nationale: comment interpréter les éloges du FMI ?

Economie nationale: comment interpréter les éloges du FMI ?

Après Standard&Poor’s, le FMI a récemment confirmé la résilience de l’économie nationale marocaine face aux contraintes conjoncturelles au terme des consultations de 2024 au titre de l’article IV. Entretien avec Rabia Allouli, professeur d’économie à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales d’Agadir.

 

Propos recueillis par D. M.

Finances News Hebdo : A quoi doit s’attendre le Maroc suite aux éloges du FMI par rapport à l’économie marocaine ?

Rabia Allouli : Les éloges du Fonds monétaire international (FMI) doivent être interprétés globalement en tant qu’indicateurs positifs de la santé économique d’un pays. Pour le Maroc, cette appréciation renvoie une panoplie de signaux favorables envers les analystes économiques aussi bien au niveau national qu’international. Une telle appréciation se traduit positivement et booste le classement du Maroc sur plusieurs échelles de positionnement économique mondial. A savoir, une graduation de la confiance des investisseurs (climat des affaires favorable), une notation avantageuse en risque-pays (pour une attractivité des IDE) et une favorisation de la croissance économique et la création d’emploi.

 

F.N.H. : Quels sont les principaux indicateurs économiques ayant contribué à la résilience de l'économie marocaine en 2023 ?

R. A. : A travers une optique systémique, la vision stratégique de SM le Roi et la synchronisation des efforts des acteurs de l’écosystème socioéconomique ont incarné une intelligence collective et fondatrice d’une résilience aux chocs économiques louables par le FMI. Des chocs intelligemment amortis à travers des mesures correctives et proactives, qui s’étalent sur une double dimension temporelle, à savoir le court et long terme. En ce qui concerne les politiques conjoncturelles dites de stabilisation, le Maroc a fait preuve d’une synchronisation de la politique monétaire et budgétaire de manière à corriger le taux d’inflation et relancer les dépenses publiques. Quant aux politiques structurelles, le Royaume s’est inscrit dans de grands chantiers orientés vers l’accumulation du capital physique, du capital humain et le développement durable. En conséquence, la consolidation de ces ingrédients a permis au pays de soutenir sa croissance économique et de la préserver même face aux chocs divers. En outre, et afin d’assurer un climat favorable à son épanouissement économique, le Maroc a su introduire des stratégies correctives des défis aussi bien en interne qu’en externe. Au niveau interne, face au stress hydrique, il a lancé la construction de stations de dessalement de l’eau de mer. Et au niveau externe, face au ralentissement de la croissance économique de l’UE, il a étoffé ses partenariats commerciaux et diversifié les débouchés de sa production dans une relation gagnant-gagnant.

 

F.N.H. : Comment les progrès réalisés par le Maroc dans le respect des conditions de l'accord avec le FMI impactent-ils la perception des investisseurs internationaux et la confiance dans l'économie marocaine ? 

R. A. : Pour chaque investisseur au niveau mondial, une grille d’indicateurs macroéconomiques s’avère indispensable pour sa décision d’investissement. Sur cette grille, on y trouve la notation des agences financières spécialisées (Standard & Poor's, Moody's et Fitch Ratings), le rapport de la Banque mondiale (Doing business), le rapport du FMI et bien d’autres. A ce titre, les éloges adressés par le FMI aux efforts déployés par le Maroc, sont jugés d’un grand apport au rayonnement du pays à l’égard de l’attractivité des IDE. Toutefois, il est capital de rappeler qu’il faut se protéger contre le fléau de délocalisation des capitaux, qui sont séduits partout dans le monde. Une menace qui s’accentue chaque jour à coté de cette rude compétitivité internationale. Par conséquent, un investisseur avisé peut conclure, que si un pays a réussi à avoir les éloges du FMI et à dépasser ses challenges aussi bien en interne qu’en externe dans un contexte turbulent, c’est qu’il possède toutes les conditions nécessaires pour faire réussir les IDE qui vont atterrir.

 

F.N.H. : Quels sont les défis persistants auxquels l'économie marocaine est confrontée malgré les avancées notables saluées par le FMI, et quelles sont les stratégies recommandées pour consolider cette résilience à long terme ?

R. A. : Comme je l’ai déjà souligné, la vision stratégique proactive du Roi a su intégrer les méga et les macro tendances dans les grilles décisionnelles du pays. On peut citer à titre d’exemple, les investissements environnementaux, la digitalisation des services publics, la modernisation du cadre réglementaire, etc. En dépit de cela, le Maroc n’est pas épargné de certains défis qui menacent tant sa stabilité macroéconomique que sa croissance économique. Ces défis sont fortement associés aux remous géopolitiques, aux changements climatiques, à l’endettement excessif, au progrès technologique... Afin d’éviter ces aléas, les décideurs doivent intégrer des stratégies d’accompagnement du capital humain au progrès technologique, améliorer la position internationale vis-à-vis des indicateurs de développement humain (IDH), indice de la compétitivité mondiale (ICM), indicateur du climat des affaires (Doing business), indicateur de «Transparency», …etc. Et bien entendu, une évaluation des répercussions desdits efforts sur le bien-être économique et social des citoyens marocains.

 

F.N.H. : En quoi l'ambitieux plan d'infrastructure annoncé par le Maroc, notamment dans les secteurs de l'eau et de l'énergie, pourrait-il stimuler l'investissement étranger et favoriser la croissance économique dans les années à venir ?

R. A. : Le Maroc a identifié les secteurs les plus influents sur ses équilibres macroéconomiques, à savoir l’agriculture et l’énergie. La forte contribution de l’agriculture dans le PIB a orienté les efforts vers une diversification des activités à valeur ajoutée, notamment l’automobile et l’aéronautique. Vis-à-vis de la dépendance des ressources énergétiques, le Maroc s’est engagé dans une autosuffisance en matière d’énergie propre et aussi d’être exportateur de cette ressource. C’est un ensemble de signaux lancé par le Maroc, qui cherche à stabiliser son économie par la correction des anomalies qui peuvent menacer son équilibre macroéconomique, et aussi qui cherche à se positionner sur l’échiquier des grands pays en développement. 

 

 

 

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