À Ormuz, le bras de fer entre Washington et Téhéran fait de nouveau flamber le pétrole

À Ormuz, le bras de fer entre Washington et Téhéran fait de nouveau flamber le pétrole

Cinq mois après le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le détroit d’Ormuz reste au cœur du bras de fer entre Washington et Téhéran. Alors que l’espoir d’une réouverture durable de cette artère stratégique semblait reprendre forme ces dernières semaines, les nouvelles exigences formulées par les deux camps ont brutalement refroidi les marchés.

Lundi 10 août, les cours du pétrole ont bondi d’environ 5%. Le Brent a gagné 4,17 dollars, soit 4,99%, pour clôturer à 87,72 dollars le baril. Le pétrole américain WTI a progressé de 4,12 dollars, soit 5,29%, à 82,07 dollars. La hausse s’est poursuivie mardi, les deux références atteignant leurs niveaux les plus élevés depuis le 31 juillet.

Cette nouvelle poussée intervient alors que les perspectives d’un compromis permettant de normaliser le trafic dans le détroit d’Ormuz s’éloignent. Donald Trump a réclamé des compensations à l’Iran, après que Téhéran a lui-même posé plusieurs conditions à une réouverture complète de la voie maritime.

 

Ormuz, épicentre du choc pétrolier

Depuis le début du conflit, le détroit est devenu l’un des principaux leviers de pression de Téhéran. Cette voie maritime étroite constitue un passage essentiel pour les exportations énergétiques du Golfe et représente environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole.

Sa perturbation a donc immédiatement bouleversé le marché mondial de l’énergie.

Face à l’ampleur du choc, les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avaient décidé en mars de mettre à disposition 400 millions de barils issus de leurs réserves d’urgence. Il s’agit de la plus importante opération coordonnée de ce type jamais décidée par l’organisation.

Cette intervention donne une idée de l’ampleur du problème : les stocks stratégiques permettent d’amortir temporairement le choc, mais ne peuvent remplacer durablement les volumes normalement acheminés par Ormuz.

 

Washington et Téhéran durcissent leurs positions

Ces derniers jours, les négociations ont de nouveau buté sur les conditions posées par les deux parties.

L’Iran réclame notamment des compensations pour les dégâts subis pendant la guerre. Un projet examiné côté iranien prévoit également la possibilité de facturer aux navires commerciaux des droits pouvant atteindre entre 5% et 7% de la valeur de leur cargaison pour traverser le détroit.

Cette hypothèse constitue l’un des principaux points de friction. Elle soulève des difficultés juridiques, commerciales et assurantielles considérables pour les compagnies maritimes et se heurte à l’opposition américaine.

Washington refuse notamment le principe d’un péage iranien sur le passage.

Donald Trump a, de son côté, ajouté une nouvelle exigence lundi. Le président américain estime désormais que l’Iran doit lui aussi verser des compensations, notamment pour les victimes américaines liées au conflit et à plusieurs décennies d'actions attribuées à Téhéran.

Il a parallèlement affirmé que les États-Unis avaient déminé le détroit et qu’il était ouvert à la navigation. Sur le terrain, toutefois, le trafic reste très inférieur à la normale. Lundi, seuls six navires auraient traversé le détroit, contre une moyenne d’environ onze au cours des dix jours précédents.

 

Oman tente de maintenir une porte ouverte

Malgré cette surenchère, la voie diplomatique n’est pas complètement refermée.

L’Iran et Oman travaillent sur un dispositif destiné à organiser la circulation des navires dans le détroit. Les deux pays se sont notamment entendus sur les coordonnées de nouveaux itinéraires de navigation : le trafic entrant passerait par une voie située dans les eaux territoriales iraniennes, tandis que les navires sortants emprunteraient une voie située dans les eaux omanaises.

Mais ce dispositif technique ne règle pas le différend politique entre Washington et Téhéran.

Et c’est précisément ce que sanctionnent actuellement les marchés : après plusieurs semaines durant lesquelles l’hypothèse d’une normalisation progressive avait pesé sur les cours, les investisseurs réintègrent une prime de risque géopolitique.

 

Le pétrole redevient le thermomètre de la crise

Le conflit a déjà profondément désorganisé le marché pétrolier mondial. En mars, l’AIE avait annoncé la mobilisation exceptionnelle de 400 millions de barils de réserves d’urgence pour tenter de compenser les perturbations d’approvisionnement.

Le transport maritime a lui aussi payé un lourd tribut. L’Organisation maritime internationale avait annoncé en juin une opération destinée à évacuer plus de 11.000 marins bloqués dans la région. L’organisation faisait alors état de 14 marins tués depuis le début du conflit.

Cinq mois après le déclenchement de la guerre, la situation à Ormuz reste donc déterminante pour l’évolution des prix.

La réaction des marchés lundi et mardi le montre clairement : il suffit désormais que les perspectives d’un accord entre Washington et Téhéran s’éloignent pour que plusieurs dollars viennent immédiatement s’ajouter au prix du baril.

Tant que les deux camps ne s’entendront pas sur les conditions de navigation dans le détroit, Ormuz restera l’un des principaux facteurs de volatilité du marché pétrolier mondial.

 

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