La Coupe du monde 2030 au Maroc : coûteuse vitrine ou catalyseur du développement socioéconomique ?

La Coupe du monde 2030 au Maroc : coûteuse vitrine ou catalyseur du développement socioéconomique ?

La patience et la détermination conquièrent tout, dit l’adage, et il a bien raison. Après 5 tentatives d’organisation infructueuses en 1994, 1998, 2006, 2010 et 2026 perdues face aux États-Unis, à la France, à l'Allemagne, à l'Afrique du Sud et enfin aux Canada- Mexique-États-Unis, le pays n’a pas cédé face aux preuves ratées.

 

Mehdi Alaoui Mhammedi, enseignant-chercheur en sciences de gestion à l’ISC Paris. 

Mais il a fait preuve de flexibilité en renonçant à une candidature unilatérale, qui paraît peut-être utopique, et a décidé de présenter une candidature commune avec deux pays de la rive nord de la Méditerranée. 

Cette candidature a fait couler beaucoup d’encre et de salive en doutant du caractère réaliste du projet. Contrairement aux dires, la Fédération internationale de football (FIFA) et sa Majesté le Roi Mohammed VI ont annoncé, mercredi 4 octobre 2023, que l’édition 2030 de la Coupe du monde serait organisée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Ainsi, le pays devient l’incarnation parfaite de la patience, de la détermination et de la flexibilité dans la réalisation d’un objectif qui a pris 29 ans avant d’aboutir, et le communiqué du mercredi 4 octobre 2023 en est témoin. 

L’organisation de la Coupe du monde 2030 : une liste interminable d’attentes 

Les retombées sont multiples, et tous les secteurs sont concernés. Plusieurs articles de presse se sont penchés sur les impacts de cette co-organisation sur des secteurs stratégiques privés comme la banque, le tourisme et le BTP. Or, l’évènement aura également des retombées sur le quotidien du citoyen marocain, à savoir au niveau de l’amélioration de la qualité du service public à travers la modernisation du transport en commun routier, ferroviaire et aérien; la révision urgente et primordiale des cahiers des charges avec les opérateurs privés opérant dans le secteur des transports et l’accélération de la refonte du système de santé,… La revitalisation des centres-villes à travers la mise en valeur de l’espace public et du patrimoine, la réhabilitation des habitations traditionnelles, la proposition de solutions adaptées pour gérer au mieux l’accessibilité et la mobilité au sein des centres-villes,… L’augmentation des nombres d’associations sportives et des licenciés, la multiplication des équipements sportifs de proximité et l’amélioration de l’accessibilité des stades. Globalement, l’espoir est grand de pouvoir combiner le développement des infrastructures avec l’amélioration durable des équilibres macroéconomiques sans compromettre le pouvoir d’achat des citoyens.  

Il faut d’abord semer pour récolter !

Combien coûtera l’organisation de cette Coupe du monde ? Comment sera-t-elle financée ? Quelle est la part du financement public ? Quel est le rôle de l'État et des collectivités territoriales ? Quels seront les investisseurs privés ? Peu d’informations sont disponibles sur le sujet du financement. Or, ces questions sont légitimes, puisque les finances publiques sont en difficulté (par exemple, 268.5 millions d’euros  à fin juillet 2023) et l’économie mondiale est en convalescence.  

L’organisation de la Coupe du monde : plutôt une vitrine pour le pays hôte 

Au Brésil, le bilan de l’organisation de la Coupe du monde de 2014 est qualifié d’amère, car les investissements réalisés ne sont pas rentables, les promesses de modernisation et de développement des infrastructures en milieu urbain n’ont pas été tenues et les frais d’entretien des infrastructures sportives sont insupportables (Bertrand, 2015) . En Russie, l’organisation de la Coupe du monde de 2018 avait très peu d’effets sur l’économie du pays. En effet, la croissance à long terme générée par le mondial n’a pas dépassé 1%. Pour les secteurs hôteliers, de la restauration et des télécoms, ils n’ont connu qu’une augmentation temporaire de leurs revenus (Chaudel, 2018) . Au Qatar, l’organisation de la Coupe du monde 2022 a coûté plus de 220 milliards d’euros. Un investissement pharaonique qui la différencie à tous les niveaux des autres éditions. En revanche, le constat est le même : les investissements réalisés ne sont ni rentables, ni récupérés (Silic, 2022) .

Des signes rassurants pouvant faire de cette co-organisation une exception à la règle  

Contrairement aux exemples cités ci-dessus, le Maroc peut présenter un modèle combinant les objectifs de vitrine à prix rationnel avec l’accélération du développement, et ceci à plusieurs niveaux : 

• Organisation vs co-organisation : une organisation tripartite présente des avantages économiques considérables : la répartition des coûts entre les trois pays, la mutualisation des ressources et des infrastructures, ce qui permettra de réduire la facture globale d’organisation, d’éviter les projets surdimensionnés, et par conséquent d’atténuer le goût amer du bilan après compétition. 

• Les grands chantiers de réforme sont déjà sur les rails : avant l’annonce par la FIFA de la Coupe du monde 2030 au Maroc, plusieurs réformes et chantiers prioritaires sont déjà en cours ou programmés : la réforme du secteur sanitaire avec l’ouverture aux capitaux et compétences étrangers et l’inauguration de plusieurs pôles de santé publique pour améliorer l’offre de soins, l’extension du réseau routier et la mise à niveau des infrastructures routières des villes, le lancement de plusieurs projets portuaires, de plusieurs barrages et des études techniques pour réaliser une deuxième ligne à grande vitesse en Afrique. Cela laisse espérer que cet évènement sportif n’est qu’un déclencheur de projets de développement de second plan (stades, infrastructures autour des stades). 

• Un tourisme en bonne santé : la richesse culturelle diversifiée et le développement d’un transport aérien régulier et à bas prix ont permis au Maroc d’attirer plus de 13 millions de touristes en 2023 . Contrairement aux expériences citées, les autorités ne tablent pas sur l’évènement pour faire du Maroc un pays de tourisme, mais une occasion pour renforcer la dynamique du secteur et augmenter les capacités d’accueil. 

• Une économie plus ou moins stable : plus de 620.000 emplois créés en 2023, les flux des investissements directs étrangers (IDE) ont atteint 1.2 milliard d’euros à fin octobre 2023 . Cette attractivité est soutenue par une main-d’œuvre à bon marché, par un emplacement géographique à seulement 15 km de l’espace européen qui fait du pays un point d’entrée privilégié vers l’Afrique, et par l’attribution d’exonérations fiscales aux investisseurs. Il reste à savoir comment les autorités pensent associer le secteur privé. 

Tous ces éléments rassemblés représentent une lueur d’espoir pour que l’organisation de cet évènement sportif ne tourne pas au drame, mais permet de valider la liste interminable des attentes sans impact négatif sur les équilibres macroéconomiques et la poche du citoyen marocain.

 

 

 

 

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